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La toute dernière bouée de sauvetage de Theresa May

Kamiel Vermeylen Journaliste Knack.be

Jeudi soir, l’Union européenne a repris en mains la gestion du dossier Brexit. Mais lorsque l’accord de May sera de nouveau rejeté la semaine prochaine, la menace d’un Brexit dur réapparaîtra.

Jeudi, lors du sommet européen de Bruxelles, les chefs d’État et de gouvernement européens ont discuté du report du Brexit au 30 juin, comme le proposait le Premier ministre britannique Theresa May. Or Bruxelles ne souhaitait accorder un tel report que si l’accord était approuvé par le Parlement britannique la semaine prochaine. Or, il est très clairement apparu ces derniers jours que cette possibilité est pratiquement inexistante.

Discussion particulièrement difficile

Avant même que le sommet ne commence, il était clair pour tout le monde qu’un report au 30 juin n’était pas possible, principalement en raison des incertitudes juridiques entourant les élections européennes.

Le président européen Donald Tusk avait initialement proposé de reporter la date au 22 mai, un jour avant le vote néerlandais. Mais ce n’était pas au goût d’Emmanuel Macron, qui voulait, lui, avancer la date au 7 mai, qu’un accord ait été trouvé ou non. Les Roumains, qui assurent la présidence du Conseil européen, étaient également favorables à cette date, car un sommet européen sur l’avenir de l’Union doit se tenir le 8 mai. C’était cependant sans compter la chancelière allemande Angela Merkel, qui fait face à un ralentissement de l’économie allemande et qui veut éviter à tout prix un Brexit dur. Un avis également partagé par la Belgique, qui sera le deuxième pays, après l’Irlande, le plus touché par le Brexit.

Les dirigeants européens devaient donc trouver un compromis qui donnerait suffisamment d’espace à la politique britannique pour trouver des solutions créatives. Après une longue et très difficile discussion, l’Union a mis au point une sorte de fusée à deux étages qui permettrait d’éviter un Brexit dur tout en fixant un délai clair et garderait toutes les options sur la table.

Qu’est-ce qui a été convenu ? Si l’accord de May est approuvé la semaine prochaine au Parlement britannique, les Britanniques se verront accorder un report jusqu’au 22 mai pour mettre en ordre les questions techniques et juridiques nécessaires. C’est le scénario idéal, mais très improbable. Si, en revanche, l’accord est une nouvelle fois retoqué, les Britanniques ont jusqu’au 12 avril pour décider ce qu’ils veulent faire.

Cette date n’a pas été choisie par hasard

Le 11 avril est le dernier jour où les États membres de l’Union européenne peuvent s’inscrire pour participer aux élections européennes, auxquelles les Britanniques devront participer en cas de retard plus important.

L’Union européenne attend de Londres des scénarios alternatifs clairs : soit une proposition d’accord, de nouvelles élections ou un second référendum. Si ce n’est pas le cas, le Royaume-Uni quittera irrévocablement l’Union européenne le 12 avril.

Les Britanniques peuvent aussi décider d’inverser l’ensemble du processus de Brexit. Une option qui est devenue possible depuis que la Cour de justice des Communautés européennes a décidé, en décembre de l’année dernière, que Londres ne devait pas demander l’approbation de Bruxelles pour cela. Bien que le Parlement britannique puisse désactiver l’article 50 de sa propre initiative, May a déjà indiqué à plusieurs reprises que la décision finale de cette désactivation lui revenait.

Ce qui s’est surtout passé hier, c’est que l’Union européenne a repris le contrôle. Bruxelles ne veut plus rester en marge alors que les partis britanniques se battent pour des intérêts purement électoraux. L’Union argue depuis longtemps que le Brexit est surtout un problème de politique intérieure, mais les dirigeants européens se rendent aujourd’hui compte que la volatilité britannique n’a pour issue qu’un Brexit dur.

Pourtant, pour l’essentiel, rien n’a changé dans la dynamique du Parlement britannique. Le DUP d’Irlande du Nord a déjà annoncé qu’il votera à nouveau contre l’accord la semaine prochaine. Et maintenant que la date butoir a été reportée au 11 avril, même le parti travailliste ne se sent plus obligé de lancer une bouée de sauvetage à May. En outre, les profondes divergences au sein du parti conservateur ne vont pas disparaître par magie en 11 jours.

Par ailleurs, on ne sait si un nouveau premier ministre changera la donne sur le Brexit. Westminster votera de nouveau la semaine prochaine sur un amendement de la députée travailliste Yvette Cooper qui permettrait au Parlement britannique de prendre le contrôle du gouvernement. La dernière fois, cette proposition n’a échoué que de trois voix, mais on s’attend à ce que l’amendement obtienne cette fois la majorité.

L’Union européenne est parvenue hier à sortir un instant les charbons du feu, mais elle n’a pas réussi pour autant à éviter pour de bon un scénario apocalyptique. Entre-temps, le Brexit s’enlise, tandis que l’incertitude s’accroît encore davantage. Reste à voir si May ne choisira pas de jeter l’éponge face à un nouveau refus la semaine prochaine. Ce qui obligera les conservateurs britanniques à trouver un nouveau leader dans les dix jours qui suivent.

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