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Friedrich Merz, l’anti-Merkel (portrait)

Nathalie Versieux Journaliste, correspondante en Allemagne

L’ancien rival de l’emblématique chancelière prend la direction de la CDU et prône un retour aux valeurs traditionnelles de la droite pour reconquérir le pouvoir.

La troisième tentative aura été la bonne. Friedrich Merz, un ancien rival d’Angela Merkel et l’un de ses plus féroces opposants au sein de la CDU, a été élu, le samedi 22 janvier, à près de 95% des voix par les quelque mille délégués du parti pour diriger la principale formation de droite d’ Allemagne. Ce géant d’1,98 mètre au ton souvent cassant avait par deux fois déjà tenté d’arracher la direction de son parti. En 2018 et en 2021, il avait finalement dû s’incliner face à la ligne Merkel, plus centriste. Annegret Kramp-Karrenbauer puis Armin Laschet lui avaient été préférés.

Mais après des mois d’errements pour les conservateurs après la cuisante défaite aux élections législatives de septembre, Friedrich Merz s’est finalement imposé en sauveur à l’issue d’une inhabituelle élection en deux temps. En décembre dernier, il avait été choisi à 62% des voix lors d’une consultation informelle des 400 000 militants de la base ; un choix finalement confirmé le week-end dernier lors d’un congrès en ligne aux allures de plébiscite.

Friedrich Merz incarne un recentrage de la CDU sur les valeurs traditionnelles et l’adieu aux années Merkel. Son entourage fait peu de place aux femmes, aux jeunes ou aux personnes issues de l’immigration, avec une surreprésentation des milieux d’affaires. Après avoir claqué la porte de la politique en 2009 en constatant qu’il ne pourrait jamais faire carrière tant qu’Angela Merkel serait aux manettes, Merz s’était lancé avec succès dans les affaires. Devenu millionnaire à la tête de BlackRock Deutschland, cet homme décrit comme très ambitieux, propriétaire de deux jets privés, dont l’un qu’il pilote personnellement, a finalement réussi, à 66 ans, son retour en politique.

Son élection est une étape importante dans le processus de reconstruction de la démocratie chrétienne allemande, laminée par le départ d’ Angela Merkel. « Avec le score qu’il a obtenu, Friedrich Merz dispose d’un pouvoir certain et c’est une très bonne nouvelle pour la CDU », souligne le politologue Volker Kronenberg, de l’université de Bonn. L’une de ses tâches sera de restaurer les relations tendues avec les conservateurs bavarois de la CSU. Leur chef, Markus Söder, pourtant mieux placé dans les sondages, avait dû renoncer à diriger la liste conservatrice à la suite d’intrigues internes aux deux formations.

Friedrich Merz s’est aussitôt mis au travail, présentant ses priorités dans un discours belliqueux: « Nous devons être une opposition forte à l’échelon fédéral ; nous allons devoir gagner les élections régionales des prochains mois. Et il nous faudra devenir une alternative crédible à l’actuelle majorité, en adoptant un programme fort. » Il a aussitôt attaqué le nouveau chancelier Olaf Scholz, accusé de manquer de leadership sur la question de la vaccination obligatoire et, surtout, sur le dossier ukrainien.

Pour couronner son retour, il reste encore à Friedrich Merz à franchir une étape importante, en raflant, en avril, le titre de chef du groupe parlementaire conservateur au Bundestag, un poste stratégique occupé par un rival sérieux. Cumuler la direction de la CDU et celle du groupe parlementaire le placerait sur la rampe de lancement en vue des prochaines élections. Ce serait aussi une revanche personnelle pour celui qui, en 2002, avait été évincé de ce poste par… Angela Merkel.

Dates clés

  • 1955: Naissance, à Brilon (Rhénanie-du-Nord-Westphalie).
  • 1994-2009: Député du Bundestag.
  • 2000: Elu chef du groupe parlementaire CDU.
  • 2002: Evincé de ce poste par Angela Merkel.
  • 2009: Quitte la politique pour le monde des affaires.
  • 2018: Annonce son retour en politique.

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