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“Don’t Pay UK” : quand les Britanniques protestent en refusant de payer leurs factures d’énergie

Excédé par la hausse des tarifs de l’énergie, un groupe de protestataires anglais lance un appel aux citoyens britanniques pour cesser de payer leurs factures d’électricité. Une campagne qui ne compte pas s’arrêter là puisqu’en cas de non-réaction du gouvernement, des actions seraient organisées pour le 1er octobre.

Depuis quelques semaines, un mouvement social fait trembler le Royaume-Uni, son gouvernement et les fournisseurs d’énergie. Avec la campagne « Don’t Pay UK », des protestataires, voulant rester anonymes, viennent avec une revendication… et une date, le 1er octobre. Si leur demande est ignorée avant cette échéance, ils menacent d’annuler les prélèvements automatiques, de ne plus payer leurs factures d’énergie et de lancer des actions aussitôt. Le groupe précise que « pour que cela fonctionne, nous visons la participation d’un million de personnes ». Si cet objectif est atteint, le groupe estime qu’1,4 millard de livres sterling (1,65 milliard d’euros) n’irait pas dans les coffres des compagnies énergétiques pendant l’hiver.

Mais que demande-t-il exactement?  Une seule chose : une réduction des factures énergétiques « à un niveau abordable ». Sur leur site, les activistes indiquent : « Des millions d’entre nous ne pourront pas payer la nourriture et les factures cet hiver. Nous ne pouvons pas permettre que cela se produise. »

Il faut dire qu’au Royaume-Uni, le coût de l’énergie ne cesse d’augmenter. D’après l’analyse du cabinet de conseil Cornwall Insight, la facture devrait monter à 3970 euros sur l’année en octobre. A titre de comparaison, il avait fallu payer 1655 euros en octobre de l’année dernière. Avec une hausse de 54% du plafond du prix du gaz et de l’électricité en avril, la facture pourrait encore augmenter pour atteindre l’équivalent de 350 euros par mois dès le début de l’automne.

Un « déjà-vu » au Royaume-Uni

Les organisateurs du mouvement ne s’en cachent pas, pour créer la compagne « Don’t Pay », ils se sont inspirées des « Poll Tax Riots ». Entre la fin des années 80 et le début des années 90, plus de 17 millions de personnes ont appelé au boycott du règlement du paiement de la « poll tax », un impôt locatif forfaitaire par tête jugé inégal puisqu’il touchait les individus et non les foyers, sans distinction de revenu ou de capital.

Le mouvement avait conduit à une série de manifestations, dont la plus grande s’est déroulée le 31 mars 1990 et où 113 personnes avaient été blessées et 339 arrêtées. Elle s’est soldée par l’abolition de la taxe, mais a aussi grandement contribuer à la chute du gouvernement de Margaret Thatcher.

Le gouvernement réplique

Dès le lancement de la campagne, le gouvernement a souhaité réagir et a aussitôt condamné les activistes et leur action. Relayé par « The Guardian », un porte-parole du gouvernement a indiqué qu’il s’agit d’« un message hautement irresponsable qui, en fin de compte, ne fera qu’augmenter les prix pour tout le monde ». Pour limiter la casse, il a ajouté que « bien qu’aucun gouvernement ne puisse contrôler les prix mondiaux du gaz, nous fournissons 37 milliards de livres d’aide aux ménages, y compris la réduction de 400 livres sur les factures d’énergie, et 1 200 livres d’aide directe aux ménages les plus vulnérables pour les aider à faire face au coût de la vie ». Une liste de mesures déjà prises par le gouvernement pour remédier à la crise qui n’a pas convaincu les lanceurs du mouvement.

Les experts financiers ont également voulu avertir les activités. Dans le cas des factures de gaz et d’électricité, celles-ci sont considérées comme prioritaires. Cela signifie que si ces factures ne sont pas payées, le fournisseur d’énergie aurait la possibilité de demander l’installation d’un compteur à prépaiement tout en réclamant le paiement de frais supplémentaires.

Pas de changement de cap pour autant du côté des activistes, qui considèrent que s’ils lancent cette action, c’est qu’ils n’ont pas d’autres choix. La difficulté à payer les factures est déjà grande et risque de s’amplifier. D’après une analyse de l’association « End Fuel Poverty Coalition(EFPC) », environ 10,5 millions de ménages seront en situation de précarité énergétique au cours des trois premiers mois de l’année prochain, c’est-à-dire UE leur revenu après avoir payé les charges tombera en dessous du seuil de pauvreté.

Lancé il y a quelques semaines, le mouvement a déjà rassemblé près de 100 000 personnes.

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