Comment la désinformation tente de s’immiscer dans les élections européennes

Olivia Lepropre
Olivia Lepropre Journaliste

La Russie et l’extrême droite diffusent de la désinformation à l’approche des élections européennes, selon une enquête. Une méfiance des Européens que le Premier ministre russe qualifie de « paranoïa aberrante ».

Les Belges se rendent aux urnes dans moins de deux semaines. Outre les scrutins régional et fédéral, nous devrons aussi voter pour les futurs élus du Parlement européen, comme tous les États membres de l’UE. Alors que la campagne bat son plein, de nombreux sites web et réseaux sociaux liés à la Russie ou à des groupes d’extrême droite répandent des fausses informations, rapportent plusieurs médias, dont The Independent. Les enquêteurs affirment que les procédés analysés partagent les mêmes tactiques que celles utilisées lors de cyberattaques russes, y compris l’ingérence dans la campagne présidentielle américaine de 2016.

Les élections européennes sont un véritable test de la montée des partis populistes dans l’UE. Mais les responsables du renseignement n’accusent pas publiquement le Kremlin de soutenir des candidats, à l’inverse des autorités américaines qui estiment que Vladimir Poutine a cherché à promouvoir Donald Trump. Il est d’ailleurs presque impossible de quantifier l’ampleur de la désinformation. D’autant qu’elle peut comprendre plusieurs degrés, de théories du complot aux informations incomplètes données via un biais spécifique. Ces contenus atteignent des millions de personnes. Les enquêteurs ont trouvé des centaines de comptes Facebook et Twitter, plus d’un millier de messages WhatsApp partageant des contenus suspects, et de nombreux sites Web douteux avec divers degrés de désinformation. Selon POLITICO, qui se base sur un rapport d’une société américaine spécialisée dans la cybersécurité, c’est plus de la moitié des Européens qui ont peut-être vu une forme de désinformation promue par des acteurs russes sur les réseaux sociaux.

Pas que la Russie

Selon les enquêteurs, la Russie ne se laisse donc pas décourager dans sa campagne visant à élargir les divisions politiques et à affaiblir les institutions occidentales. Malgré les efforts des « cyberpolices », il reste aujourd’hui encore beaucoup plus facile de diffuser de fausses informations que de les arrêter. Si la Russie semble rester la cheville ouvrière de cette pratique, les chercheurs ont également identifié de nombreux imitateurs, notamment du côté de l’extrême droite.

Comme ces mouvements se font souvent l’écho des points de vue du Kremlin, il est cependant difficile de distinguer la propagande russe, la désinformation d’extrême droite et le véritable débat politique.

Semer la division

Parfois, ces messages viennent d’organes de propagande puis sont répétés et amplifiés ailleurs. Parfois, ils sont mieux cachés. La semaine dernière, Facebook a fermé deux pages en Italie qui dissimulaient des messages politiques d’extrême droite dans ce qui semblait être des sites sur le mode de vie ou les sports. On apprend aujourd’hui, via l’ONG de cybermilitantisme Avaaz, que le réseau social a fermé 23 pages véhiculant des fausses nouvelles et des contenus haineux, dont plus de la moitié soutenant les deux partis au gouvernement en Italie. « Tout cela représente l’énième preuve qu’il existe des réseaux qui partagent de la désinformation et de fausses informations dans le but de propager la haine et les divisions justement en vue des élections européennes », affirme Christoph Schott, directeur de campagne d’Avaaz. Des pages similaires ont également été identifiées en Espagne ou en Allemagne.

Comment la désinformation tente de s'immiscer dans les élections européennes
© REUTERS

Le but premier est de brouiller la conversation, de faire en sorte que les gens se demandent ce qui est vrai et d’éroder la confiance. Mais selon Daniel Jones, ancien analyste du FBI, cité par le New York Times, « l’objectif est plus grand que pour une autre élection. C’est de diviser, accroître la méfiance et miner constamment notre foi dans les institutions et dans la démocratie elle-même. Ils travaillent à détruire tout ce qui a été construit après la Seconde Guerre mondiale ».

Méfiance européenne

Le gouvernement allemand annonce rester vigilant : « Je ne peux pas vous informer de cas concrets, mais une attention accrue à ce sujet est depuis un certain temps non seulement nécessaire, mais aussi pratiquée, en Allemagne comme au niveau européen », a déclaré le porte-parole de la chancelière Angela Merkel, Steffen Seibert, qui assure que ce n’est pas « sans fondement ». La commissaire européenne à la justice, Vera Jourova, a également lancé une mise en garde à ce sujet dans une interview à un quotidien allemand. « Nous ne devons pas permettre que les résultats des élections soient falsifiés à cause de manipulations dans un seul des États membres » de l’UE, a-t-elle expliqué. « L’Europe doit être sur ses gardes, les élections européennes sont un test pour voir si les mécanismes de défense contre l’influence russe fonctionnent », a quant à lui déclaré le ministre lituanien des Affaires étrangères Linas Linkevicius. « Nous ne devons pas être naïfs: Moscou essaie de créer un état permanent d’instabilité dans l’Union européenne et de l’exploiter pour ses intérêts propres », a-t-il ajouté.

De son côté, la Russie rejette les accusations d’ingérence et qualifie cette méfiance de « paranoïa aberrante » : « les élections n’ont pas encore eu lieu et nous sommes déjà soupçonnés d’avoir fait quelque chose de mal », déclarait le Premier ministre russe, Dmitri Medvedev, en mars. D’autant qu’il est difficile, même pour les services de renseignement, de distinguer une tentative ingérence et des articles aux titres exagérés ou orientés.

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