La cheffe de l'extrême droite française Marine Le Pen rencontrera Viktor Orban fin octobre © belga

Benjamin Biard (Crisp) sur l’extrême droite en France: « Un effet de la crise de la démocratie représentative »

Gérald Papy
Gérald Papy Rédacteur en chef adjoint du Vif/L'Express

Pour Benjamin Biard, politologue au Centre de recherche et d’information socio-politiques (Crisp), les attentats et la crise migratoire de 2015 expliquent aussi l’essor de l’extrême droite.

Y a-t-il, dans l’histoire ancienne ou contemporaine de la France, des éléments qui expliquent l’audience importante de l’extrême droite?

Pour éclairer la situation actuelle, il faut regarder dans l’histoire récente. Deux types de facteurs motivent l’implantation de l’extrême droite. Des facteurs endogènes liés aux stratégies développées par ces partis. La dédiabolisation opérée par Marine Le Pen au Rassemblement national en est un exemple. Plus généralement, les formations d’extrême droite arrivent souvent à mobiliser les nouveaux outils de communication avec une longueur d’avance sur les autres partis. Il y a aussi des facteurs exogènes. Au premier rang de ceux-ci, je pointerais la crise de la démocratie représentative qui commence à être particulièrement durable dans nos pays occidentaux. La recherche scientifique, fournie sur ce sujet, a pu établir un lien entre la méfiance que le citoyen exprime sur le fonctionnement de la démocratie ou des institutions qui l’incarnent et le vote pour une formation d’extrême droite. D’autres crises plus ou moins durables, comme le mouvement des gilets jaunes ou plus frontalement la question des réfugiés syriens et les attentats terroristes de 2015, ont nourri le discours de ces partis en France puisque les questions de migration et de sécurité constituent leur fonds de commerce. Enfin, plus récemment, l’épidémie de Covid a alimenté la rhétorique de ces partis, même si, selon les premières études sur la question, tous ne réussissent pas à profiter de cette « fenêtre d’opportunité » en Europe.

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L’affaiblissement des partis traditionnels bénéficie-t-il presque mécaniquement à l’extrême droite?

La tendance est générale en Europe. Elle se traduit en termes d’adhésions – les membres de ces partis sont de moins en moins nombreux – mais aussi en termes électoraux. Les électeurs se tournent alors davantage vers de nouvelles formations ou vers des partis populistes au sens large, à l’extrême droite ou à l’extrême gauche. Il est significatif que ce soit deux formations non traditionnelles, La République en marche et le Rassemblement national, qui aient qualifié leur candidat pour le deuxième tour de l’élection présidentielle française de 2017. Enfin, n’oublions pas qu’un nombre croissant de citoyens décide de ne plus se rendre aux urnes ou d’opter pour des modes de participation moins conventionnels.

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