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Au procès du 13-Novembre, une juge belge démonte les arguments des accusés

Le Vif

La juge antiterroriste belge Isabelle Panou a la réputation d’être coriace, en plus d’une fine connaisseuse des réseaux islamistes du plat pays, et elle a fait preuve de pugnacité au procès des attentats du 13-Novembre en mettant les accusés face à leurs contradictions.

Pendant plus de quatre heures, la magistrate a tenté de démonter les arguments des accusés pour se dédouaner – notamment ceux de Salah Abdeslam et de Mohamed Abrini – n’hésitant pas à croiser le fer, parfois de manière peu amène, avec la défense.

Sur les quatorze accusés qui comparaissent devant la cour d’assises spéciale de Paris (six autres personnes étant jugées en leur absence), douze sont passés par son bureau à Bruxelles.

Isabelle Panou avait déjà témoigné devant la cour d’assises spéciale peu après l’ouverture du procès. À l’occasion de sa nouvelle audition, le président Jean-Louis Périès lui résume ce qui s’est dit devant la cour depuis septembre.

Ainsi, rappelle le juge, Mohamed Abrini a reconnu qu’il devait faire partie des commandos du 13-Novembre tout en soutenant qu’il y avait renoncé quelques jours avant les attentats, s’était tout de même rendu dans la planque de Bobigny en compagnie des futurs assaillants venus de Belgique, avant finalement de rentrer précipitamment à Bruxelles dans la nuit du 12 au 13 novembre.

« Que vous inspirent les déclarations de Mohamed Abrini ? », demande M. Périès.

« Un petit peu de vrai, beaucoup d’étonnement », répond en souriant la magistrate belge qui, tout au long de son témoignage, s’exprime sans pratiquement jeter un coup d’oeil à ses notes.

Mohamed Abrini « a le droit d’évoluer dans ses déclarations ». Pour autant, poursuit-elle, « la défection n’est pas admise » dans les rangs de l’organisation État islamique. « Je suis très étonnée qu’avec l’enjeu qu’étaient les attentats de Paris (…) on laisse quelqu’un, fort informé du projet, vaquer à ses occupations sans difficulté et même le laisser renoncer en dernière minute », dit-elle.

« Mohamed Abrini était quelqu’un dont le radicalisme et la volonté de commettre des attentats étaient acquis », estime la juge installée sur une chaise face à la cour. « Si on est allé le chercher, c’est qu’il y avait des raisons pour aller le chercher ». « Ce n’est pas une candidature, hein, vous ne candidatez pas à un poste », insiste-t-elle.

Mais alors, s’interroge le président, pourquoi a-t-il regagné Bruxelles le 12 novembre ?

« Parce que c’est un être humain et comme tout être humain, il est face à son destin (…) Vous pouvez être qui vous voulez, à un certain moment vous avez des hésitations », dit la magistrate. « Mais, ajoute-t-elle, le fait qu’il a hésité ne veut pas dire qu’il n’est pas acquis à la cause ».

Isabelle Panou se montre tout aussi inflexible à l’encontre de Salah Abdeslam, seul membre des commandos encore en vie. Au procès, Salah Abdeslam a soutenu qu’il avait volontairement renoncé à activer sa ceinture explosive (par ailleurs défectueuse).

« Magie de la cour d’assises », ironise la magistrate. « Le radicalisme de Salah Abdeslam est ancien, ancré et affirmé », insiste-t-elle. « Salah Abdeslam se balade avec une ceinture explosive au coeur de Paris. Alors a-t-il renoncé ? Pas renoncé ? L’acte de participation est en tout cas avéré », dit-elle.

Dans un fichier retrouvé après les attentats de mars 2016 à Bruxelles, Salah Abdeslam expliquait avoir « renoncé à aller en Syrie parce qu’il était plus efficace ici » en Europe, rappelle Mme Panou.

Le ton monte

Martin Vettes, un des avocats de Salah Abdeslam, s’agace de l’intransigeance de la magistrate.

« Votre audition, j’ai l’impression que c’est retour vers le futur. On a l’impression qu’entre votre premier passage ici et aujourd’hui il ne s’est rien passé », regrette-t-il. « Je m’étonne que vous restiez à ce point figée ».

Le ton monte du côté de la défense. Mme Panou en appelle au président en rappelant qu’elle est devant la cour « en tant que témoin ». « J’aimerais que le ton diminue. Je pense que je le mérite », dit-elle en réclamant « élégance et cordialité ». « Je suis tout à fait d’accord avec vous », la conforte le président.

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