La famille royale britannique unie derrière le souvenir de la reine Elizabeth II. © getty images

Elizabeth II, Charles III et le pouvoir du symbolique

Gérald Papy
Gérald Papy Rédacteur en chef adjoint du Vif/L'Express

La période hors du temps qu’ont vécue les Britanniques du décès aux obsèques d’Elizabeth II ne devrait pas avoir de conséquence politique durable. Mais elle restera comme un repère dans la mémoire collective.

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Les funérailles d’Elizabeth II, le 19 septembre, et la période de deuil qui les a précédées ont été l’occasion de l’expression d’une ferveur impressionnante des Britanniques envers la reine défunte. Une «période hors du temps», analyse Olivier Luminet, professeur à l’UCLouvain, spécialiste des émotions collectives.

Existe-il des précédents à la ferveur populaire qui a présidé aux funérailles de la reine Elizabeth II?

J’ai eu l’occasion de suivre de près le décès du roi Baudouin, en 1993. Son règne avait été moins long mais il avait tout de même duré plus de quarante ans (NDLR: entre juillet 1951 et juillet 1993). Il suscitait des opinions contrastées dans la population belge ; c’était peu de temps après le fameux épisode sur l’avortement. Malgré cela, il y a eu une unanimité et une émotion populaire très forte au moment de son décès. Un phénomène similaire s’est passé au Royaume-Uni. Au départ, un petit groupe de gens est affecté. Puis, par effet d’entraînement, le mouvement finit par toucher à peu près tout le monde, ce qui montre que les émotions sont aussi construites. Le phénomène a été accentué au Royaume-Uni par le fait que l’ensemble de la population a eu le sentiment d’assister à un tournant après septante ans de règne d’Elizabeth II. Sur trois ou quatre générations, les grands- parents, les enfants, les petits- enfants ont fait référence à la même personne alors que, d’habitude, aucun référentiel ne traverse les générations.

Pour les citoyens britanniques, le deuil aura été une période hors du temps qui aura duré une dizaine de jours. C’est très rare dans l’histoire d’une nation.

Ce moment particulier peut-il avoir une dimension politique et entretenir un sentiment durable d’unité? Ou sera-t-il nécessairement éphémère?

Au moment où il se passe, on a l’impression que le phénomène est tellement intense qu’il aura un effet majeur qui se prolongera. Mais en général, il est assez éphémère. Après la mort du roi Baudouin, on voyait accolé sur des milliers de voitures un petit autocollant rectangulaire avec un drapeau belge à gauche et à droite et un message en faveur de l’unité de la Belgique. D’un autre côté, certains affirmaient que Baudouin représentait l’unité du pays et qu’avec sa disparition, il y aurait un changement majeur. Il n’y a pas eu de changement majeur mais d’autres épisodes et une continuité. L’impact se situe plutôt dans la mémoire collective. Pour les citoyens britanniques, le deuil aura été une période hors du temps qui aura duré une dizaine de jours. C’est très rare dans l’histoire d’une nation. Lors du décès du roi Baudouin, je me rappelle que de la musique classique était diffusée dans les supermarchés et que toutes les publicités avaient été enlevées sur le parcours du cortège lors des funérailles. Ce sont des petits éléments comme ceux-là qui marquent les esprits.

Les funérailles ont été l’occasion de la venue au Royaume-Uni d’un parterre inédit de chefs d’Etat et de gouvernement étrangers.
Les funérailles ont été l’occasion de la venue au Royaume-Uni d’un parterre inédit de chefs d’Etat et de gouvernement étrangers. © isopix

N’est-il pas paradoxal de voir un tel engouement pour une personnalité qui avait si peu de pouvoir?

La royauté britannique conserve beaucoup de signes d’apparat. Sa charge symbolique est très forte. Cela explique qu’elle suscite une telle ferveur.

Ces symboles peuvent-ils servir de repères pour certains citoyens dans leur vie quotidienne?

Absolument. C’est parfois sur des points très précis que, symboliquement, des personnes deviennent des icônes. Sophie Wilmès a été Première ministre à l’époque du Covid, marquée par une intensité émotionnelle extrême et une anxiété très forte dans le pays. Elle a géré cette crise d’une manière différente des autres politiques, sur un ton très consensuel et très maternel. Cela a frappé les esprits. Maintenant qu’elle n’est même plus ministre des Affaires étrangères, qu’elle est juste conseillère communale, elle reste la personnalité politique la plus aimée des Bruxellois et des Wallons, selon le «Grand Baromètre» du Soir. Cela montre le pouvoir du symbolique.

Des heures d’attente pour rendre un dernier hommage à la reine défunte: le sentiment de participer à un tournant de l’histoire du pays.
Des heures d’attente pour rendre un dernier hommage à la reine défunte: le sentiment de participer à un tournant de l’histoire du pays. © belga image

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