Le samedi 5 février, Eric Zemmour tenait meeting à Lille, sur les terres de Marine Le Pen, et celle-ci faisait de même à Reims, la "cité des rois" où fut baptisé Clovis, cher à l'ancien journaliste. © Getty images

Elections françaises: le poids du boulet russe trainé par les rivaux de Macron

Olivier Rogeau
Olivier Rogeau Journaliste au Vif

Le retour de la guerre en Europe bouleverse la campagne pour les présidentielles françaises. L’invasion russe de l’Ukraine pourrait conduire une partie de l’électorat à revoir son jugement sur Zemmour, Le Pen et Mélenchon, critiqués pour leurs positions pro-russes et leurs erreurs d’analyse. Embarras aussi dans le camp Pécresse.

Eric Zemmour, président de Reconquête ! (extrême droite), voyait en Poutine l’ « allié le plus fiable ».

Poutinophile au point d’être rebaptisé sur Twitter « Vladimir Zemmour« , le polémiste est le candidat à la présidentielle française qui a accumulé ces dernières années le plus de propos favorables au maître du Kremlin. Le président du nouveau parti d’extrême droite Reconquête !, qui condamne aujourd’hui l’usage de la force contre l’Ukraine, a non seulement relayé avec constance la propagande de Moscou, ce qui brouille son image de « patriote », mais il s’est aussi discrédité par ses erreurs d’analyse sur les intentions du Kremlin à l’égard de l’Ukraine.

Il l’a dit (entre autres) :

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Marine le Pen, présidente du Rassemblement national (extrême droite), a été adoubée par Poutine en 2017.

Dès son arrivée à la tête du Front national, en 2011, la fille de Jean-Marie Le Pen clame son « admiration » pour Vladimir Poutine et se présente comme « peut-être la seule en France qui défend la Russie ». Fin mars 2017, en pleine campagne pour la présidentielle, Marine Le Pen est adoubée par Poutine au Kremlin. Ses relations avec le pouvoir russe sont non seulement idéologiques, mais aussi financières.

En 2014, son parti a obtenu un prêt de plus de 9 millions d’euros d’une banque russe, la First Czech-Russian Bank, qui a fait faillite deux ans plus tard. La dette, rééchelonnée mais pas encore remboursée, a été rachetée par Aviazaptchast, une société d’entretiens d’avions et d’hélicoptères dirigée par d’anciens militaires russes proches de Poutine.

Fin janvier 2022, à Madrid, où s’étaient rassemblées des formations souverainistes et d’extrême droite alliées du Rassemblement national, Marine Le Pen a refusé de valider un paragraphe sur l’Ukraine d’une déclaration commune qui appelait à la « solidarité » face aux « actions militaires de la Russie à la frontière orientale de l’Europe », actions qui conduisent « au bord de la guerre ». La prétendante à l’Elysée a minimisé jusqu’à ces derniers jours la menace russe sur l’Europe, avant de reconnaître, tardivement, après l’invasion, que l’opération militaire de la Russie en Ukraine « rompt l’équilibre de la paix en Europe ».

Elle l’a dit:

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Jean-Luc Mélenchon, candidat de La France insoumise (extrême gauche), tente de faire oublier ses positions pro-russes.

Depuis l’annonce de l’attaque lancée par la Russie contre l’Ukraine, l’insoumis Mélenchon a tenté de faire oublier ses nombreuses prises de position pro-Poutine. « La Russie prend la responsabilité d’un recul terrible de l’histoire, indique-t-il dans un communiqué publié sur Twitter. Elle crée le danger immédiat d’un conflit généralisé qui menace toute l’Humanité ». Un virage à 180 degrés, après une succession de sorties ambiguës du candidat LFI à propos de la politique de Vladimir Poutine. Comme ses rivaux Eric Zemmour et Marine Le Pen, il répétait, jusqu’à la veille de l’invasion russe de l’Ukraine, que cette offensive n’aurait pas lieu (d’autres voix que celles de ces trois candidats à la présidentielle ont, certes, fait la même erreur d’analyse).

Il l’a dit (entre autres):

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Valérie Pécresse, candidate des Républicains (droite), a deux cailloux dans sa chaussure

Russophone depuis l’adolescence, Valérie Pécresse a participé plusieurs années d’affilée à des camps de jeunesse communiste en URSS. La candidate des Républicains (LR) à la présidentielle de 2022 n’est pas pour autant suspectée de poutinophilie. Elle-même n’a pas hésité, après l’invasion russe de l’Ukraine, à affirmer que Marine Le Pen, Eric Zemmour et Jean-Luc Mélenchon étaient « discrédités pour gouverner la France » en raison de leurs positions pro-russes.

Reste que l’influent lieutenant de la candidate dans la campagne, le député Eric Ciotti, dont les accointances avec Eric Zemmour ont défrayé la chronique, a plaidé en septembre dernier pour une « révision » des « alliances internationales » de la France en vue d’un rapprochement avec Moscou, et pour une sortie du pays du commandement intégré de l’Otan (ce que réclament aussi Zemmour, Le Pen et Mélenchon).

Autre caillou dans la chaussure de Valérie Pécresse : François Fillon. Dans la course à l’Elysée, la garde rapprochée de la candidate de la droite est composée essentiellement d’anciens proches de l’ex-Premier ministre. Un Fillon qui a quitté la politique en 2017, mais qui a beaucoup refait parler de lui ces derniers jours. Conspué de toutes parts en tant qu' »employé de la Russie » (dixit Raphaël Glucksmann, eurodéputé du mouvement Place publique) et « complice de Poutine » (selon le secrétaire d’État aux Affaires européennes Clément Beaune), l’ex-locataire de Matignon a attendu le lendemain de l’offensive russe contre l’Ukraine pour annoncer sa démission des conseils d’administration de deux entreprises russes, Zarubezhneft, groupe pétrolier public, et Sibur, un géant de la pétrochimie contrôlé par des oligarques proches de Vladimir Poutine. La veille de l’invasion, malgré le flot de critiques contre Fillon, Valérie Pécresse déclarait encore, sur BFM-TV : « François Fillon a quitté la politique » et « a le droit de faire sa vie, on doit le laisser tranquille« . Le jour de l’attaque russe, l’ancien Premier ministre embarrassait les Républicains en campagne en déplorant « le refus des Occidentaux » d’entendre les revendications russes concernant l’Otan.

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