Ukraine: le Bélarus annonce que les troupes russes vont rester pour des manoeuvres © belga

Crise Russie-Ukraine : à quel point le portefeuille des Belges pourrait être touché ? (analyse)

Eglantine Nyssen
Eglantine Nyssen Journaliste au Vif

Alors que le Conseil de l’UE va décider ce mardi des sanctions à prendre contre la Russie, l’Europe risque aussi d’être impactée financièrement si Moscou décide de contre-attaquer. Doit-on s’attendre à quelques euros en plus sur nos factures de gaz ou le problème irait beaucoup plus loin ? La réponse avec Francesco Contino, professeur expert en énergie à l’UCLouvain.

Depuis l’annonce du Vladimir Poutine d’une reconnaissance de l’indépendance des régions séparatistes ukrainiennes de Donetsk et Lougansk, l’Occident est en émoi. Le commissaire européen Didier Reynders parle d’un « acte de guerre » tout en indiquant qu’il existe un « jeu complet » pour sanctionner la Russie. Sans pour autant rentrer dans les détails, le Premier ministre Alexander De Croo s’est aussi exprimé en affirmant que l’Union européenne doit prendre « des mesures qui font mal ».

Pourtant à plus de 2000 km de la Belgique, ce qu’il se passe en Ukraine et les conséquences de cette situation risquent aussi d’être lourdes pour les Belges et les autres citoyens européens en cas de conflit armé avec la Russie. À commencer par les plus évidents : la consommation de gaz et du pétrole. Un effet déjà ressenti à la pompe au vu la hausse du prix de l’essence, mais qui pourrait s’empirer brutalement à court terme puisque 30% de la consommation de pétrole en Belgique vient de Russie.

Pour ce qui est du gaz, l’inquiétude est européenne. L’UE dépend à 40% de l’exportation russe de gaz, avec un pic en Allemagne de 65%. Dans le cas d’une coupure de gaz par les Russes, la Belgique ne serait cependant pas le pays le plus touché. Pour Francesco Contino, professeur expert en énergie à l’UCLouvain, plusieurs scénarios seraient à prévoir.« Il y a un cas peu probable où il faudra se rationner. Mais dans la plupart des autres cas, cela pourrait avoir un impact sur les prix, bien que maintenant nous sortons de l’hiver. Dans le cas d’une coupure du robinet, on ne sait pas comment vont se rééquilibrer les différentes consommations d’énergie. »

Du gaz, mais aussi des conséquences indirectes

En dehors des besoins énergétiques domestiques, les conséquences d’une coupure de l’approvisionnement russe en Europe, et donc aussi en Belgique, ne sont pas à négliger puisqu’un bon nombre de secteurs industriels seraient touchés. Certaines industries ne pourraient plus répondre à la demande et donc les prix flamberaient automatiquement. « Il y a des industries très consommatrices en énergie. Il y en a notamment qui produisent leur hydrogène à partir de gaz naturel comme la production d’engrais. La production de verre serait impactée aussi, ainsi que le secteur alimentaire. »

Ces secteurs nécessitent énormément d’énergie pour leur production, mais aussi pourle stockage et le transport. « Toutes ces industries qui sont énergivores seront impactées directement si ces tensions continuent, et donc sur les prix aussi. Le coût du transport et de fabrication augmentera, donc on a une forme d’inflation liée à cela qui partira à la hausse », indique le professeur de l’UCLouvain.

Une alternative possible ?

Très réactive, la commission européenne aurait déjà un plan dans ses tiroirs en cas de coupure. Ce mardi matin sur les ondes de La Première, le commissaire européen Didier Reynders n’a pas caché son inquiétude tout en présentant une solution possible pour limiter la casse. « C’est vrai que le gaz russe tient une place importante, plus dans certains pays que dans d’autres mais dans l’ensemble de l’énergie consommée en Europe, c’est significatif. Un risque de rupture ou de diminution d’approvisionnement existe, mais nous avons déjà travaillé sur d’autres sources d’approvisionnement, notamment du gaz liquéfié qui peut venir du Qatar, des États-Unis ou d’Azerbaïdjan. Il y a une diversification qui peut intervenir et il y a des accords économiques pour limiter la consommation dans un certain nombre d’entreprises. Mais il est évident qu’une vraie rupture d’approvisionnement avec la Russie va nous poser des problèmes. »

Une solution qui est déjà appliquée en Belgique puisque d’après Fransisco Contino, «  le terminal de Zeebrugge nous permet déjà d’importer 100 Tw par an, c’est l’équivalent de la moitié de ce que consomme la Belgique par an. »

Quoi qu’il en soit, le professeur de l’UCLouvain souligne que cette crise ramène en parallèle le problème de dépendance aux autres pays, mais aussi d’une transition écologique qui tarde en Europe. « C’est une crise pédagogique. On se rend compte qu’on est encore dépendant à ce point-là et c’est la triste réalité. C’est grave qu’il ait fallu attendre cette situation de crise pour se rendre compte à quel point on est dépendant du gaz. On attend d’être au pied du mur et ça n’annonce rien de très bon par rapport aux effets du changement climatique et à notre challenge pour arriver en 2050 à être net en CO2 dans le cadre du Green Deal. »

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