Donald Trump. © REUTERS

Contacts USA-Russie : où en est l’enquête ?

Olivia Lepropre
Olivia Lepropre Journaliste au Vif

Depuis plusieurs mois, le feuilleton sur la possible ingérence russe dans l’élection présidentielle américaine passionne. Que sait-on et à quel point l’enquête se rapproche-t-elle de Donald Trump ?

L’histoire peut être résumée comme suit : un président en exercice et son entourage sont soupçonnés d’avoir eu, durant la campagne, des contacts avec un pays étranger – la Russie – dans le but d’influencer le cours d’une élection présidentielle. Trump et son entourage nient fermement. Mais l’enquête se poursuit et les enjeux pour le président et les Etats-Unis sont plus élevés que jamais. De nouvelles révélations ont été faites début de semaine sur l’entourage de Donald Trump vis-à-vis de cette enquête, visant notamment Paul Manafort, son ancien directeur de campagne, et George Papadopoulos, ancien conseiller en politique étrangère. En tout, trois personnes, membres de l’équipe de campagne, ont été mises en accusation.

Le début de l’affaire

Les agences américaines du renseignement ont accusé en octobre 2016 – un mois avant le scrutin -, la Russie d’avoir piraté et diffusé pendant la présidentielle des emails de proches conseillers de la démocrate Hillary Clinton dans le but de la discréditer.

Au crépuscule de son mandat, Barack Obama annonce le 29 décembre des sanctions contre Moscou et l’expulsion de 35 agents russes. Le 6 janvier, les agences de renseignement publient un rapport affirmant que le président russe Vladimir Poutine se trouvait derrière cette interférence présumée. (avec AFP)

Paul Manafort
Paul Manafort© Reuters

Collusion et obstruction, les allégations les plus graves

Les enquêteurs tentent de répondre à deux questions fondamentales : la campagne présidentielle a-t-elle été influencée à quelque niveau que ce soit ? Et certains ont-ils enfreint la loi pour empêcher les enquêteurs de poursuivre leurs pistes ? Si l’ingérence de la Russie dans l’élection ne fait plus guère de doute aux Etats-Unis, alors qu’elle est catégoriquement démentie par la Russie, l’autre volet de l’enquête désormais menée par le procureur spécial Robert Mueller, celui sur une possible collusion entre l’équipe de campagne du président Trump et les Russes reste très incertain.

Les accusations de collusion pourraient prendre différentes formes. Cela peut concerner des échanges d’informations avec des hackers liés à la Russie, la publication de certains documents piratés ou encore des informations sur des cibles potentielles de piratage. Pour l’instant, on est toujours au stade de l’enquête et des suppositions puisqu’aucune preuve n’a encore émergé formellement en ce sens.

Démissions et licenciements

Moins d’un mois après l’entrée du président à la Maison Blanche, son conseiller à la sécurité nationale est forcé à la démission le 13 février. Il a menti au vice-président Mike Pence sur ses discussions avec l’ambassadeur russe aux Etats-Unis, Sergueï Kisliak. Paul Manafort, aujourd’hui inculpé, avait lui aussi démissionné, avant l’élection. Le lobbyiste et homme d’affaires qui a longtemps conseillé l’ex-président ukrainien Viktor Ianoukovitch s’est retiré après que les autorités ukrainiennes eurent révélé qu’il avait reçu un paiement de 12,7 millions de dollars du dirigeant pro-russe.

James Comey
James Comey© BELGAIMAGE

Le directeur de la police fédérale américaine, James Comey, qui supervisait une enquête sur les contacts entre les membres de l’équipe du républicain et le gouvernement russe, a lui été brutalement limogé le 9 mai par Donald Trump, agacé de la direction que prenait l’investigation. Lors d’une audition extraordinaire au Sénat, James Comey révèle quelques semaines plus tard les pressions venues de la Maison Blanche, le fait que le président ait exigé sa « loyauté », et qu’il lui ait demandé d’abandonner un volet de l’enquête portant sur le général Michael Flynn. James Comey admet également avoir fait fuiter à la presse en mai des notes dans lesquelles il avait consigné certains rendez-vous en tête-à-tête avec Donald Trump. (avec AFP)

Un autre volet important du dossier concerne l’obstruction à la justice. Trump s’est-il volontairement mis en travers de la justice pour brouiller les pistes ? Le licenciement de James Comey est en effet vu par certains comme étant une manière de mettre un terme à l’enquête russe. Mais Trump nie, arguant que c’est la façon dont Comey gérait le FBI qui était en cause.

Pour l’instant, nous ne savons pas exactement sur quoi se basent les enquêteurs dans ce dossier. Mais l’ordonnance officielle nommant Robert Mueller l’autorise à enquêter très largement, sur « tout lien et/ou coordination entre le gouvernement russe et les individus associés à la campagne du président Donald Trump ».

Quelles conséquences pour Donald Trump ?

Pour l’instant, l’enquête tourne autour de Donald Trump sans jamais le toucher directement. De plus, comme les républicains ont la majorité au Congrès, Trump ne risque pas de faire face à une procédure d’impeachment ou d’être démis de ses fonctions. L’opinion publique pourrait également jouer un rôle d’influence et faire plier les républicains s’ils ont peur de perdre la main.

Robert Mueller.
Robert Mueller. © Reuters

Outre une éventuelle destitution, Trump pourrait être amené à faire face à des accusations criminelles. Robert Mueller, le procureur général, en a en effet le pouvoir s’il dispose de preuves suffisantes. Cependant, les experts se demandent si en tant que président en exercice, il pourrait effectivement être poursuivi. Le cas ne s’est jamais présenté auparavant.

S’il est accusé d’un acte répréhensible, le prix le plus cher que Trump pourrait payer serait de perdre l’élection présidentielle de 2020. Mais rien n’indique à ce jour que le milliardaire souhaite être réélu après son mandat présidentiel. Le taux d’approbation ne lui est cependant pas favorable, bien en-deçà de ses prédécesseurs, et ce nombre pourrait encore tomber plus bas.

https://twitter.com/realDonaldTrump/status/925006418989715456Donald J. Trumphttps://twitter.com/realDonaldTrump

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Le président, de son côté, continue de qualifier l’enquête de « chasse aux sorcières ». Si des liens ou des relations peuvent avoir existé entre des membres de la campagne de l’actuel président américain et la Russie, une collusion directe destinée à influencer la présidentielle semble à cette heure loin d’être prouvée. « Il n’y a AUCUNE COLLUSION! », a d’ailleurs réagi Donald Trump sur Twitter.

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