Wout van Aert, double champion du monde de cyclo-cross en titre. © Belgaimage

Ces sports qui sont toujours dominés par le même pays

Le Vif

Les meilleurs pongistes du monde, tous chinois ou presque, sont ce week-end à Liège. Les meilleurs cyclo-crossmen du monde, tous flamands ou presque, sont ce week-end à Coxyde. Zoom sur ces sports encore toujours confisqués par un seul pays.

Le football écrase tout mais, de la pelote basque au football gaélique en passant par le rugby dans le sud-ouest de la France ou le Super Bowl aux Etats-Unis, chaque peuple ou presque a ses propres passions sportives, souvent impénétrables pour ses voisins. Avec, à la clé, une surreprésentation dans les résultats des sports en question. Souvent, il s’agit d’une tradition ancestrale, parfois de l’établissement d’une véritable école sur le long terme (le cyclisme sur piste britannique, le plongeon chinois, le tir à l’arc sud-coréen), parfois de périodes plus éphémères résultant de l’émergence d’un grand champion (le tennis suédois, le sprint jamaïcain) ou d’une volonté politique (la gymnastique roumaine), parfois d’un hasard (le duo Clijsters-Henin ne signifiait pas une  » domination belge  » sur le tennis féminin). Mais il y a toujours, sauf dans le dernier cas, des explications culturelles (la voile en solitaire française versus la voile en régate anglo-saxonne, la boxe et le baseball cubains), géographiques (le ski alpin en Suisse et en Autriche plutôt qu’au Sénégal, c’est assez évident), historiques (le cricket en Inde)… Il existe donc encore des disciplines presque entièrement dominées par un seul pays, à l’image de la Corée du Sud en tir à l’arc. On en verra en février prochain aux JO d’hiver à Pyeongchang et, dès ce week-end en Belgique, à Liège, avec la Coupe du monde de tennis de table (20-22 octobre) et à Coxyde avec la première manche belge de la Coupe du monde de cyclo-cross (22 octobre). Dans ces deux cas typiques, l’affiche sera presque moins relevée qu’aux championnats de Chine de l’un ou de Belgique de l’autre…

La Belgique et le cyclo-cross

tit à l’arrivée d’une épreuve de  » veldrijden « , ce n’est jamais pour un Wallon. Cet hiver à Valkenburg, Wout van Aert tentera de remporter son troisième titre mondial consécutif. Les Belges ont été champions du monde à 29 reprises. Soit plus que… tous les autres pays réunis ! Les Liboton, Wellens, Albert, De Clercq, Vervecken et Nys ont collectionné les titres. Avec comme sommet inégalé et inégalable, ce Mondial 2012 dans les dunes de Coxyde où les sept coureurs belges ont terminé aux sept premières places.

Pourquoi ? Après la Seconde Guerre mondiale, de nombreux grands coureurs participaient aux compétitions de cyclo-cross durant l’hiver pour entretenir leur forme. L’hyperspécialisation du cyclisme a eu pour corollaire celle du cyclo-cross et l’entrée du VTT aux Jeux olympiques, en 1996, a achevé de ringardiser la discipline. Depuis vingt ans, cette  » non- internationalisation  » permet aux Flamands de multiplier les succès, et la popularité ne se dément pas (plus d’un million de téléspectateurs en Flandre pour les Mondiaux). Karel Van Wijnendaele, le créateur du Tour des Flandres, a exalté le coureur flamand, dur au mal, endurant, fermier ou ouvrier, bravant les pavés, la boue, la pluie, le gel. Le vélo comme ascenseur social. Le cyclo-cross grossit encore le trait et transforme les courses en kermesse.

L’anecdote. Depuis une vingtaine d’années, les Belges entretiennent le rêve de parvenir à imposer le cyclo-cross aux Jeux olympiques d’hiver. En 2014, le CIO (Comité international olympique) a poliment repoussé la candidature de ce sport (et celle des échecs !) en limitant les JO aux sports de neige et de glace.

Ding Ning, médaillée d'or aux JO de Rio.
Ding Ning, médaillée d’or aux JO de Rio.© XIN YUEWEI/REPORTERS

La Chine et le tennis de table

Qui et comment ? Jeux olympiques, championnats du monde, Coupe du monde, classement mondial : tant chez les hommes que chez les femmes, la Chine détient actuellement tous les titres mondiaux. Aux JO, où le tennis de table n’est présent que depuis 1988, la Chine a remporté 53 médailles, dont 28 en or. Elle a raflé tous les titres à Rio en 2016, grâce à Ma Long et Ding Ning, champion et championne du monde par ailleurs.

Pourquoi ? Sport britannique, dominé par les Hongrois pendant longtemps, le tennis de table est devenu la propriété des Chinois depuis les années 1960. Et une direction politique : Mao, dont le Premier ministre Zhou Enlai avait pratiqué ce sport introduit en Chine par les missionnaires, choisit de l’imposer comme sport national et d’envoyer tables et raquettes jusque dans les campagnes les plus reculées du pays. Aujourd’hui, la formation dès l’enfance et le programme de préparation sont tels que la domination est sans partage sur ce sport pratiqué par des dizaines de millions de Chinois.

L’anecdote. Si le tennis de table est appelé là-bas  » ping pang qiu « , le ping-pong n’est, malgré les apparences, pas du tout un mot chinois : c’est le bruit de la balle sur la table qui a donné son nom à la marque qui a commercialisé les premiers éléments de ce jeu aux Etats-Unis.

Les Pays-Bas et le patinage de vitesse

Sven Kramer, 5 médailles dont 3 d'or aux JO.
Sven Kramer, 5 médailles dont 3 d’or aux JO.© RYAN PIERSE/GETTY IMAGES

Qui et comment ? 105 médailles, dont 35 d’or : les petits Pays-Bas sont rien moins que le pays le plus titré dans cette discipline aux Jeux olympiques d’hiver. Les Néerlandais ont ramené de Sotchi (2014) 8 médailles d’or et 4 podiums 100 % oranje ! Si les Pays-Bas ont créé la fédération internationale en 1892, c’est depuis 1998 seulement qu’ils écrasent totalement la discipline. A tel point que la ville suisse de Sion, candidate aux JO 2026, envisage de délocaliser cette épreuve chez nos voisins !

Pourquoi ? Pour le Belge Bart Swings, devancé par trois Néerlandais sur 5 000 m à Sotchi,  » ce sont les Kenyans du patinage  » : grands et minces, ils seraient idéalement constitués pour ce sport. Mais, surtout, l’usage intensif du vélo dès l’enfance favorise le même travail musculaire que pour le patin à glace. Un Néerlandais sur trois possède des patins qu’il chausse dès l’enfance. Comme on le voit sur de nombreux tableaux du Siècle d’or hollandais, les Néerlandais se déplacent depuis la nuit des temps sur des patins en bois ou en peaux de bêtes lorsque les innombrables canaux qui irriguent le pays sont gelés.

L’anecdote. La seule médaille belge dans la discipline, on la doit… à cette prédominance néerlandaise, puisque, en 1998, Bart Veldkamp, déjà médaillé deux fois pour son propre pays, s’est aligné à Nagano (bronze sur 5 000 m) car il risquait de ne pas se qualifier dans le contingent hollandais.

Marit Bjorgen, six fois championne olympique et dix-huit fois championne du monde.
Marit Bjorgen, six fois championne olympique et dix-huit fois championne du monde.© FREDRIK SANDBERG/REPORTERS

La Norvège et le ski de fond

Qui ? Comment ? La Norvège constitue un cas extraordinaire : elle ne compte que cinq millions d’habitants mais, malgré un dernier cru décevant, a remporté 107 médailles en ski de fond aux Jeux olympiques d’hiver, soit 30 % de plus que ses voisins suédois et finlandais. Elle compte dans ses rangs le champion le plus titré aux Jeux d’hiver, Björn Dæhlie (12 médailles).

Pourquoi ? Evidemment, les Norvégiens ont inventé le ski de fond, se déplacent de la sorte depuis des siècles et vivent encore aujourd’hui dans des villages très reculés, selon le  » frilustliv « , le style de vie typique de ces régions froides, où l’on cultive l’effort en solitaire dans les champs ou les bois et la résistance à la douleur et aux éléments. Mais la modernité du pays n’est pas en reste : la Norvège est riche au point que personne n’y pratique le sport même de très haut niveau pour gagner sa vie, mais pour le prestige, et son éducation égalitariste est tellement performante que le sport n’est ni un palliatif ni un substitut. La formation est assurée au centre Olympiatoppen avec une philosophie toute scandinave :  » Rendre les meilleurs un peu meilleurs.  » Et ça marche !

L’anecdote ? Longtemps, on n’a pratiqué le ski de fond que d’une seule façon, en glissant sur la neige. Mais c’est un Norvégien évidemment, Bjarne Nilsen, qui a révolutionné le sport, un peu à la façon de Fosbury au saut en hauteur, en introduisant dès 1900 le  » pas du patineur « , qui consiste à lever la jambe en utilisant le ski à la façon d’un patineur, ce qui accélère considérablement l’allure.

Conseslus Kipruto, champion olympique et du monde du 3 000 m steeple.
Conseslus Kipruto, champion olympique et du monde du 3 000 m steeple.© ALEXANDER HASSENSTEIN/GETTY IMAGES

Qui et comment ? Soyons clairs : quand La Brabançonne reten

Le Kenya et le (demi-)fond

Qui et comment ? Depuis quarante ans, deux pays d’Afrique de l’Est dominent sans partage toutes les compétitions de demi-fond (de 800 m à 3 000 m) et de fond (au-delà de 3 000 m) ainsi que de cross-country et le marathon : l’Ethiopie et, encore plus nettement, le Kenya. Aux championnats du monde, ce dernier était le deuxième pays le plus titré après les Etats-Unis et, aux derniers JO de Rio, il a remporté 13 médailles, toutes en athlétisme et toutes sur ces distances, à une exception près.

Pourquoi ? Beaucoup d’explications ont été avancées mais aucune ne satisfait pleinement les spécialistes qui hésitent à s’engager dans la direction d’une interprétation génétique, mal vue en ces temps de politiquement correct. Elles concernent essentiellement une tribu de l’ouest du pays. Toutes ces explications ont leurs limites, à commencer par celle selon laquelle les enfants font des dizaines de kilomètres à pied pour aller à l’école alors qu’une étude a montré que la plupart des champions actuels se déplaçaient en bus.Il y a d’abord un entraînement important mais aussi l’altitude (ces coureurs évoluent toujours entre 1 800 m et 3 000 m), le terrain particulier et difficile qui permet de courir partout ensuite et le régime alimentaire (l’ugali, plat local à base de farine de maïs aux avantages nutritionnels avérés). Mais, d’une façon ou d’une autre, on revient toujours à la morphologie de ces coureurs très typés et à une spécificité génétique, des mollets plus légers et plus fins de 400 grammes que ceux des autres humains qui leur donneraient un avantage en nombre et en rapidité des foulées.

L’anecdote ? Tribu de cinq millions d’âmes de l’ouest du Kenya, dans la vallée du Rift, les Kalenjin ont fourni 40 % des médailles du pays en fond et en demi-fond depuis le mythique Kip Keino aux JO de 1968, alors qu’ils représentent moins de 15 % de sa population. Surnommés  » the running tribe « , ils ont aussi inspiré à Decathlon le nom de sa marque de produits liés au running (Kalenji).

Par Jean-François Lauwens.

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