Stewart Rhodes © Reuters

Assaut du Capitole : les Oath Keepers, une milice d’extrême droite, auraient planifié la révolte

Rudi Rotthier
Rudi Rotthier Journaliste Knack.be

L’accusation de sédition contre 11 membres de la milice d’extrême droite les Oath Keepers donne un nouvel élan à l’enquête sur la prise d’assaut du Capitole.

Les accusations ont été confirmées par l’arrestation du leader et fondateur d’Oath Keepers, Stewart Rhodes, à son domicile au Texas à la fin de la semaine dernière. S’il n’a pas été prouvé formellement que Rhodes a lui-même pénétré dans le Capitole le 6 janvier 2021, il était bien en contact avec deux groupes de Oath Keepers en uniforme militaire. Ceux-ci ont non seulement été parmi les premiers à entrer, mais ont également incité d’autres personnes à prendre d’assaut le bâtiment. Un troisième groupe de Oath Keepers était armé et séjournait dans un hôtel d’Alexandria, en Virginie, à deux pas de la capitale, où ils se préparaient à intervenir.

Assaut du Capitole : les Oath Keepers, une milice d'extrême droite, auraient planifié la révolte
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L’acte d’accusation, de plus de 40 pages, décrit en détail comment les Oath Keepers ont coordonné leurs actions depuis l’élection présidentielle de novembre 2020, et comment, par le biais de messageries cryptées, ils ont planifié une éventuelle attaque armée à la date du 6 janvier.

Rhodes a acheté des armes pour une valeur de 6 000 dollars le 3 janvier, puis pour 4 500 dollars le 4 janvier. Ces armes, ainsi que d’autres, ont été stockées dans et autour de la capitale. Des plans ont aussi été fomentés avec une autre milice pour traverser le fleuve Potomac avec un bateau chargé de fusils afin d’approvisionner les membres non armés de la capitale.

Rhodes, selon l’acte d’accusation, a coordonné ce complot visant à « empêcher par la force le transfert légal du pouvoir présidentiel « .

« Sédition » contre « visite touristique

L’accusation officielle est la « sédition », un terme qui définit comme « une incitation à la révolte ou à l’émeute contre une autorité légitime ». La « sédition » est passible d’une peine pouvant aller jusqu’à 20 ans de prison. Cette accusation est d’un tout autre acabit que celles prononcées jusqu’à présent. Auparavant, on reprochait principalement aux personnes d’être entrées illégalement dans le Capitole et d’avoir perturbé une activité officielle. Le chaman de QAnon (l’homme avec les cornes), par exemple, n’a été condamné qu’à 41 mois de prison.

Assaut du Capitole : les Oath Keepers, une milice d'extrême droite, auraient planifié la révolte
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Des condamnations légères qui autorisaient les commentateurs de Fox News ou les républicains proches de Trump de continuer à soutenir qu’il était frénétique de parler de complot. Certains iront même jusqu’à minimiser ce qui s’est passé en le qualifiant de « visite touristique ». Un point de vue difficilement défendable au regard des morts et des blessés.

Serment sur la Constitution

Les Oath Keepers sont un groupe qui, depuis sa création en 2009 (soit lors de l’investiture du président Obama), a recruté principalement dans la police et l’armée. Le Oath dans le nom fait référence au serment que prêtent les membres de la police et de l’armée, dans lequel ils s’engagent à défendre la Constitution. Le fondateur, Stewart Rhodes, 56 ans, avait espéré faire carrière dans l’armée. Mais il va se blesser à la colonne vertébrale lors d’un saut en parachute raté et sera déclaré inapte au service. Il va ensuite travailler comme instructeur en armement, mais va perdre son oeil gauche après avoir laissé tomber une arme chargée. Il se tournera alors vers les études de droit et devient un blogueur libertaire avant de passer à l’extrême droite.

Ses messages au groupe montrent qu’il s’attendait à ce que le Parlement confirme l’élection de Biden le 6 janvier. Le président Trump, pensait-il, n’interviendra pas. « Tout ce que je vois, c’est que Trump se plaint. Les patriotes vont prendre les choses en main ». Selon Rhodes, les États-Unis sont au milieu d’une nouvelle guerre civile, dans laquelle les « patriotes » devront défendre les droits fondamentaux inscrits dans la Constitution, notamment le droit de porter des armes et de s’armer, contre les citadins et les démocrates et des groupes comme Black Lives Matter. Les Oath Keepers sont l’une des plus grandes milices d’extrême droite aux États-Unis, bien que l’on ne sache pas exactement combien elle compte de membres. Les fourchettes d’estimations sont larges puisqu’elles vont de 5 000 à 38 000.

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