Joe Biden et Vladimir Poutine. © iStock

Armes lourdes, risque nucléaire: se dirige-t-on vers le climax de la guerre en Ukraine ?

Noé Spies

Des véhicules blindés, de l’artillerie, des hélicoptères: Joe Biden a donné son feu vert à une nouvelle aide militaire massive à l’Ukraine, avec des équipements plus lourds que ceux livrés jusqu’ici. Un nouveau pas est franchi, alors que la CIA alerte sur le risque nucléaire posé par Poutine.

Lors d’un coup de fil avec son homologue ukrainien Volodymyr Zelensky, le président américain lui a annoncé avoir débloqué une nouvelle tranche d’aide d’une valeur de 800 millions de dollars. Ces nouvelles livraisons américaines comporteront certains des équipements « très efficaces que nous avons déjà livrés » à l’Ukraine, mais aussi « de nouvelles capacités », dont notamment « des systèmes d’artillerie » et des « véhicules de transport de troupes blindés », a précisé l’exécutif américain.

Le porte-parole du Pentagone a d’ailleurs publié une liste des équipements, précisant qu’ils proviennent des stocks de l’armée américaine et qu’ils sont tous disponibles immédiatement et seront livrés « dès que possible ».

Armes lourdes

Il s’agit de 18 canons M777, des pièces d’artillerie de dernière génération utilisées encore récemment par l’armée américain en Afghanistan, accompagnés de 40.000 obus de 155mm, de 10 radars anti-artillerie mobiles et de deux radars anti-aériens AN/MPQ64 « Sentinel ».

Par ailleurs, cette nouvelle tranche comprend 300 drones « kamikazes » Switchblade, ainsi que 500 missiles Javelin et « des milliers d’autres systèmes antichars », auxquels s’ajoutent 200 véhicules blindés de transport de troupes M113 et 100 blindés légers Humvee.

Joe Biden a également donné son feu vert au transfert d’hélicoptères supplémentaires. Il s’agit de 11 hélicoptères Mi-17 de fabrication soviétique qui étaient destinés à l’armée afghane, avant qu’elle ne capitule devant les talibans.

Certains médias américains ont assuré que ces hélicoptères avaient été retirés de la liste après y avoir figuré, et la porte-parole de la Maison Blanche Jen Psaki a pris soin de noter que ces hésitations étaient dues à la partie ukrainienne et non à Washington.

« Pendant un moment, ils n’ont pas été très clairs sur leur désir de recevoir d’autres hélicoptères », a-t-elle déclaré à la presse. « Aujourd’hui, ils ont dit qu’ils les voulaient ».

Un tournant

C’est la première fois que l’administration Biden fournit de l’artillerie à l’Ukraine. Pour les Etats-Unis, cette évolution s’explique dans le fait que la bataille du Donbass sera différente de celle de Kiev car les forces russes sont moins dispersées qu’au début de l’invasion et que le terrain dans l’est du pays est différent.

« Cette partie de l’Ukraine ressemble un peu au Kansas, c’est un peu plus plat, un peu plus ouvert » que dans le nord, a expliqué le porte-parole du Pentagone. « C’est le genre d’endroit où on peut s’attendre à ce que les Russes utilisent des chars et de l’artillerie lourde pour atteindre leurs objectifs avant d’envoyer les soldats ».

Kiev a appelé la population de ces régions à fuir au plus vite, avant que l’armée russe ne lance un grand assaut pour le contrôle total du Donbass, que les troupes ukrainiennes et leurs ennemis séparatistes prorusses se partagent depuis 2014.

Au moment où l’armée russe est en passe de prendre le contrôle du port stratégique de Marioupol, sur la mer d’Azov, et risque d’étendre son offensive à partir de la mer Noire, la nouvelle tranche d’aide militaire de Washington comprend également des navires de défense côtière sans équipage, dont le nombre n’est pas précisé.

Ces « drones » flottants, dont l’US Navy commence juste à s’équiper, sont notamment conçus pour le dragage antimine, mais ils peuvent aussi être équipés de capteurs pour la surveillance maritime et sous-marine.

9 mai

Les Etats-Unis avaient jusqu’ici rechigné à livrer les équipements lourds demandés par les Ukrainiens, faisant valoir que cela ne ferait qu’alimenter encore les tensions entre Washington et Moscou, avec le risque que les Américains soient considérés comme partie prenante à la guerre.

La Maison Blanche a toutefois semblé abandonner récemment la distinction qu’elle faisait entre la livraison d’équipements « défensifs », qu’elle autorisait, et « offensifs », qu’elle refusait au contraire de fournir.

Les Etats-Unis ont donné à l’Ukraine le plus gros de l’aide militaire internationale reçue par Kiev depuis l’automne. Le montant total de cette assistance militaire, avant la nouvelle annonce, atteignait 2,4 milliards de dollars.

Des analystes estiment que le président russe Vladimir Poutine, embourbé face à la résistance acharnée des Ukrainiens, veut obtenir une victoire dans le Donbass avant le défilé militaire du 9 mai marquant sur la Place Rouge la victoire soviétique sur les nazis en 1945.

La CIA prévient du risque nucléaire posé par un Poutine confronté à des revers

Les revers militaires en Ukraine pourraient inciter le président russe Vladimir Poutine à recourir à une arme nucléaire tactique ou de faible puissance dans ce pays, a estimé le chef de la CIA, William Burns.

« Vu qu’il est possible que le président Poutine et les dirigeants russes sombrent dans le désespoir, compte tenu des revers qu’ils ont subis jusqu’ici d’un point de vue militaire, aucun de nous ne peut prendre à la légère la menace que représente le recours potentiel à des armes nucléaires tactiques ou des armes nucléaires de faible puissance ».

Le Kremlin a évoqué la mise en alerte de ses forces nucléaires « mais nous n’avons pas vraiment constaté de signes concrets comme des déploiements ou des mesures militaires qui pourraient aggraver nos inquiétudes », a ajouté le patron de la principale agence de renseignement américaine.

« Il est évident que nous sommes très inquiets. Je sais que le président Joe Biden est profondément préoccupé par le risque d’une Troisième Guerre mondiale et fait tout pour éviter de parvenir au point où un conflit nucléaire devient possible », a-t-il ajouté.

La Russie dispose de nombreuses armes nucléaires tactiques, d’une puissance inférieure à la bombe d’Hiroshima, conformément à sa doctrine « escalade-désescalade » qui consisterait à faire usage en premier d’une arme nucléaire de faible puissance pour reprendre l’avantage en cas de conflit conventionnel avec les Occidentaux.

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Mais cette hypothèse implique que « l’Otan intervienne militairement sur le terrain en Ukraine au cours de ce conflit, et ce n’est pas une chose, comme le président l’a clairement fait savoir, qui est prévue », a-t-il souligné.

Rappelant avoir été ambassadeur des Etats-Unis à Moscou, M. Burns n’a pas eu de mots assez durs pour un Vladimir Poutine « revanchard », « têtu », qui a sombré au cours des ans dans un « mélange explosif de griefs, d’ambition et d’insécurité ».

« Chaque jour, Poutine démontre qu’une puissance en déclin peut être aussi déstabilisante qu’une puissance ascendante », a-t-il ajouté.

Avec AFP.

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