Gustavo Petro © AFP

Présidentielle en Colombie: le candidat de gauche Petro affrontera l’inclassable millionnaire Hernandez au 2e tour

Le Vif

L’opposant de gauche Gustavo Petro est arrivé largement en tête du premier tour de l’élection présidentielle en Colombie, et affrontera au deuxième tour un candidat inclassable et indépendant, résultat surprise qui marque une déroute historique de la droite traditionnelle.

Favori des sondages durant toute la campagne, le sénateur Petro, un ex-guérillero converti à la social-démocratie, économiste et ancien maire de Bogota, a obtenu 40,32% des voix, selon les résultats officiels portant sur 99% des suffrages. Il sera opposé le 19 juin au millionnaire Rodolfo Hernandez, personnage polémique, souvent surnommé par la presse locale le « Trump colombien » et aux allures de Berlusconi, arrivé deuxième avec 28,20%.

Pourtant soutenu par tout l’establishement et les traditionnelles élites du pays, le candidat conservateur Frederico Gutierrez, alias « Fico », est arrivé troisième avec 23,87%, et a appelé à voter Hernandez au second tour. De l’avis de tous les observateurs, M. Petro, 62 ans, a su exploiter la soif de changement manifesté par les Colombiens face aux inégalités et à la corruption. Un besoin dont il a fait son emblème avec son slogan « pour la vie ».

Changement « suicidaire » ?

Les quatre années de mandat du président conservateur sortant Ivan Duque, qui ne pouvait se représenter, n’ont vu aucune réforme de fond. Elles ont été marquées par la pandémie, la récession, des manifestations antigouvernementales massives dans les villes et une aggravation de la violence des groupes armés dans les campagnes. « Ce vote est un message au monde qu’une ère touche à sa fin« , a commenté M. Petro, sous les acclamations de ses partisans.

C’est la troisième fois que M. Petro participe à une présidentielle. Cette fois-ci, il a comme colistière pour la vice-présidence Francia Marquez, une Afro-colombienne, charismatique activiste au discours féministe et antiraciste.  Son accession à la magistrature suprême serait un séisme politique dans un pays où les conservateurs monopolisent le pouvoir depuis des décennies. Mais « il peut y avoir des changements qui sont un vide, des changements qui seraient un suicide », a-t-il mis en garde, en claire référence à son adversaire du second tour Rodolfo Hernandez.

« Nous voulons inviter l’ensemble de la société colombienne à faire un vrai changement. Aujourd’hui, nous devons définir quel changement nous voulons, s’il s’agit de se suicider ou d’avancer », a-t-il insisté. Et d’apostropher: « mon adversaire est accusé de corruption, est-ce que c’est ça qu’on veut? Va-t-on encore aller dans cette voie? ».

Rodolfo Hernandez, 77 ans, ex-maire de la ville de Bucaramanga (nord) et homme d’affaires aux déclarations souvent outrancières voire excentriques, vilipende à longueur de discours la corruption, même s’il a lui-même été mis en cause dans des affaires similaires. « Aujourd’hui, le pays a gagné parce qu’il ne veut pas continuer un jour de plus avec les mêmes personnes qui nous ont amenées à la situation douloureuse que nous connaissons », a commenté M. Hernandez depuis son fief de Bucaramanga.

« Nous savons désormais qu’il existe une volonté ferme des citoyens de mettre fin à la corruption en tant que système de gouvernement », s’est-il félicité, jugeant que « les prochains jours seront décisifs pour déterminer l’avenir du pays ». Alors que M. Gutierrez a été considéré tout le long de la campagne comme le challenger de Petro, ces résultats surprise marquent la déroute historique de la vieille droite colombienne, à l’image de son mentor, l’ex-président Alvaro Uribe, aujourd’hui englué dans les démêlés judiciaires.

La droite pour Hernandez

Reconnaissant sa défaite, le candidat de droite a immédiatement appelé à voter pour Hernandez le 19 juin. « Nous ne voulons pas perdre le pays et nous ne mettrons pas en danger l’avenir de la Colombie, de nos familles et de nos enfants », a-t-il déclaré. « Gustavo Petro (….) n’est pas bon pour la Colombie. Il serait un danger pour la démocratie, pour les libertés et les droits », a affirmé « Fico ». « Il y a quinze jours, personne n’aurait pu imaginer qu’un tiktokero (fan de Tiktok) serait la force de ce premier tour » et qu’il pourrait devenir « le pire cauchemar de Petro », commentait en soirée le média en ligne Cambio, à propos de M. Hernandez.

« Cet ingénieur presque octogénaire et grossier est sorti de nulle part, a commencé à monter dans les sondages et a réussi, sans sortir de chez lui et à la faveur d’une campagne éclair sur les médias sociaux, à rencontrer les aspirations d’une partie de la population et à devenir le seul candidat capable de battre Petro », s’est étonné Cambio. « Beaucoup de gens ont réalisé qu’il avait une meilleure chance de battre Petro que Fico« , analyse Michael Shifter, professeur à l’Université américaine de Georgetown, interrogé par l’AFP.

Au final, Hernandez s’est affirmé comme « la figure anti-establishment et anti-politique la plus attirante. Il a capté le vote des électeurs en colère, mais toujours méfiants » envers Petro. « Les sondages montrent qu’Hernandez a de bonnes chances de battre Petro », selon M. Shifter.

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