Le président Gustavo Petro et la vice-présidente Francia Márquez, un ticket gagnant pour un tournant historique en Colombie. © GETTY IMAGES

Amérique du Sud : il ne manque plus que Lula pour compléter le tir groupé de la gauche

Gérald Papy
Gérald Papy Rédacteur en chef adjoint du Vif/L'Express

L’accession historique du leader de gauche Gustavo Petro à la présidence de la Colombie confirme le mouvement de rejet des politiques de droite en Amérique du Sud. Lula, l’ancien président brésilien, le confortera-t-il en évinçant Jair Bolsonaro?

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Le président Gustavo Petro et la vice-présidente Francia Márquez, un ticket gagnant pour un tournant historique en Colombie.
Le président Gustavo Petro et la vice-présidente Francia Márquez, un ticket gagnant pour un tournant historique en Colombie. © GETTY IMAGES

Le tournant est historique pour la Colombie, quatrième puissance économique d’Amérique du Sud. En remportant l’élection présidentielle, le 19 juin, avec 50,44% des voix au détriment du candidat de la droite radicale Rodolfo Hernández, l’ancien guérillero Gustavo Petro, 62 ans, devient le premier président de gauche de l’histoire du pays. Il s’inscrit ainsi dans un mouvement d’adhésion à des politiques plus sociales d’une grande partie des populations d’ Amérique du Sud.

«Le gouvernement qui entrera en fonction le 7 août sera celui de la vie, de la paix, de la justice sociale et de la justice environnementale», a déclaré, lyrique, le nouveau président élu. Comme s’il voulait marquer aussitôt la rupture avec les années de pouvoir exercé par la droite dure personnifiée par les présidents Alvaro Uribe, entre 2002 et 2010, et Iván Duque, en poste depuis 2018 et dans l’impossibilité de se représenter. Présenté comme le dauphin d’Uribe, Juan Manuel Santos, en fonction de 2010 à 2018, s’émancipa de sa radicalité et fut, quant à lui, un des artisans des accords de paix signés en 2016 avec les Forces armées révolutionnaires de Colombie (Farc), la plus ancienne rébellion du pays.

Le camp de la droite ne compte plus que quatre chefs d’Etat dans les douze Etats sud-américains.

Passé par l’UCLouvain

Ce n’est pas dans celle-ci que milita le nouveau président. A la fin de l’adolescence, Gustavo Petro, né dans un milieu modeste, s’engage dans les rangs du Mouvement du 19 avril. Mêlant nationalisme et marxisme, cette guérilla urbaine s’illustre principalement par une prise d’otages au palais de justice de Bogota avec l’objectif de faire juger le président Belisario Betancur Cuartas (1982-1986), accusé d’avoir saboté les négociations de paix avec les insurgés. L’ opération se termine dans un bain de sang. En perte de popularité, le M-19 accepte de se dissoudre en 1990 après avoir obtenu du gouvernement de l’époque la création d’une assemblée constituante en vue de l’adoption d’une nouvelle Constitution.

La guérilla se mue en parti politique, l’Alliance démocratie M-19. Gustavo Petro suit la même voie. Après un premier mandat de député entre 1991 et 1994, il entreprend, à l’instar d’un homologue sud-américain, Rafael Correa, président de l’Equateur entre 2007 et 2017, un cursus en études de développement à l’université catholique de Louvain, dont il sort diplômé en 1996. Il est à nouveau élu député en 1998, dans la circonscription de la capitale Bogota, dont il devient maire en 2012.

Révolte sociale

Candidat défait au second tour de l’élection présidentielle de 2018, Gustavo Petro doit sa victoire, quatre ans plus tard, au rassemblement des forces de gauche autour de sa personne. Cette union s’est imposée à la suite du puissant mouvement social qui s’est exprimé en Colombie en avril 2021 pour protester, à l’origine, contre un projet de réforme fiscale du gouvernement d’Iván Duque avant de s’élargir à une contestation, partagée par de plus en plus de Colombiens, de son autoritarisme. D’autres manifestations d’ampleur avaient déjà entaché son mandat en 2019 et 2020. Cette fois-ci, la répression sera particulièrement brutale, faisant au moins 74 morts.

Le discrédit de la droite radicale de gouvernement a pourtant failli ne pas suffire pour propulser Gustavo Petro à la présidence. Après l’élimination au premier tour du scrutin de son représentant Federico Gutiérrez, arrivé troisième, le camp des anciens présidents Duque et Uribe s’est rallié au candidat surprise du second round, Rodolfo Hernández, politicien d’extrême droite issu du monde des affaires qui a axé sa campagne sur la lutte contre la corruption. Quelque 760 000 voix supplémentaires ont permis l’élection du premier président de gauche de la Colombie. Gustavo Petro les doit aussi à la popularité de sa colistière. Modeste villageoise devenue militante écologiste, Francia Márquez, 40 ans, est la première afro- descendante de Colombie à accéder à la vice-présidence.

De Buenos Aires à Santiago

En tournant le dos à la droite de manière inédite, la Colombie de Gustavo Petro accroît le poids des Etats d’Amérique du Sud dirigés par la gauche. L’ Argentine, avec Alberto Fernández depuis décembre 2019, le Chili, qui a élu Gabriel Boric à la présidence le 19 décembre 2021, le Pérou, aux mains de Pedro Castillo depuis juillet 2021, la Bolivie, qui s’est offerte à Luis Arce à l’issue de l’élection présidentielle du 18 octobre 2020, le Guyana, qui a élu Irfaan Ali en août 2020, et le Surinam, présidé par Chan Santokhi depuis juillet de la même année, complètent ce tir groupé déclenché au tournant des années 2020, sans compter le controversé leader vénézuélien Nicolás Maduro, au pouvoir depuis 2013.

Le camp de la droite ne compte plus que quatre chefs d’Etat dans les douze Etats sud-américains: Mario Abdo Benitez au Paraguay, qui remettra son mandat en jeu en 2023, Luis Alberto Lacalle Pou, élu en Uruguay en mars 2020, Guillermo Lasso aux commandes de l’Equateur depuis mai 2021 et le président du pays le plus étendu et le plus riche d’Amérique latine, Jair Bolsonaro, au Brésil. Or, une élection présidentielle se tiendra les 2 et 30 octobre prochains pour renouveler ou non son mandat, lui qui est au pouvoir depuis le 1er janvier 2019 et qui s’est illustré par une gestion de la crise du Covid plus fantasque et irresponsable encore que celle de Donald Trump.

A trois mois environ de l’échéance, les sondages le donnent perdant. D’après une étude de l’institut Datafolha, publiée le 26 mai, son rival du Parti des travailleurs et ancien président de 2003 à 2010, Inácio Lula da Silva, l’emporterait par 48% des voix contre 27% au premier tour. Il le supplanterait largement au second. Pour le coup, l’automne consacrerait définitivement le printemps de la gauche en Amérique du Sud.

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