Sur ces terres occupées par les Massaïs, la brigade joue un rôle de médiateur. Récemment, elle a dû dissuader les villageois d'organiser une expédition punitive contre un éléphant qui avait tué un des leurs. © Patrick Meinhardt

À la traque des préjugés, au Kenya (en images)

Au Kenya, des femmes massaïs sont devenues rangers et veillent sur la vie sauvage. Réunies dans la « brigade des Lionnes », ces pionnières combattent tout à la fois le braconnage et les stéréotypes de genre, pour mieux s’émanciper.

Elles sont les premières femmes kényanes à intégrer l’univers très masculin des rangers. Treillis kaki et gps en poche, les Lionnes veillent sur 150 000 hectares de savane. Pas d’armes, juste leur connaissance du bush pour lutter contre le braconnage dans le Parc national d’Amboseli, au pied du Kilimandjaro. Recrutées pour leurs capacités de commandement et leur intégrité, ces huit jeunes femmes âgées de 20 à 26 ans protègent les terres communautaires des Massaïs et surveillent les corridors migratoires empruntés par les éléphants, zèbres et girafes. Leur présence est dissuasive. En deux ans, les exactions des braconniers ont chuté de moitié.

Sur le front des mentalités, ces pionnières ont fait sauter un verrou. « Engager des femmes permet de donner un autre modèle aux jeunes et de sortir des rôles genrés traditionnels », insiste Jacqueline Nyagah, représentante de l’ONG canadienne Ifaw qui finance cette initiative. La création de cette brigade exclusivement féminine, en 2019, a fait grincer quelques dents. Chez les Massaïs, les femmes sont cantonnées à l’éducation des enfants et la garde du bétail. « Nous, les filles, nous sommes vues comme le maillon faible. En devenant rangers, nous sommes enfin reconnues », apprécie Beatrice, 26 ans. En cas de conflit avec une communauté, c’est cependant un ranger homme qui est appelé à la rescousse pour négocier avec le chef du village. Le sexisme a la vie dure.

Leur salaire – même modeste – leur confère aussi un pouvoir nouveau: il finance l’éducation des enfants et les soins médicaux. Cette émancipation implique d’importants sacrifices personnels: trois semaines sur quatre, les Lionnes vivent en caserne loin de chez elles. Le prix à payer pour bousculer les normes sociales.

Les Lionnes s'entraînent tous les matins avant le lever du soleil. Etre en bonne condition physique est indispensable quand on parcourt tous les jours une vingtaine de kilomètres à pied dans le bush pour repérer des traces de braconnage.
Les Lionnes s’entraînent tous les matins avant le lever du soleil. Etre en bonne condition physique est indispensable quand on parcourt tous les jours une vingtaine de kilomètres à pied dans le bush pour repérer des traces de braconnage.© Patrick Meinhardt
A la caserne, la vie en chambrée crée des liens.
A la caserne, la vie en chambrée crée des liens. « Nous sommes comme des soeurs. »© Patrick Meinhardt
Beatrice s'accommode du confort spartiate. L'éloignement de sa famille lui pèse davantage.
Beatrice s’accommode du confort spartiate. L’éloignement de sa famille lui pèse davantage. « Je les appelle tous les jours au téléphone. Mais c’est mon choix. Je ne voulais pas rester mère au foyer toute ma vie. Les autres femmes du village m’envient. »© Patrick Meinhardt
Le dimanche est consacré à l'entretien des chambres et du matériel.
Le dimanche est consacré à l’entretien des chambres et du matériel. « Ma grand-mère m’a poussée à m’engager. C’est elle qui garde ma fille de 3 ans. Dans mon village, je suis la première femme à gagner un salaire. J’ai acquis de l’autorité. »© Patrick Meinhardt
Contrairement aux hommes, les Lionnes ne patrouillent que la journée. Leur mission est avant tout dissuasive. Y compris auprès de leur propre communauté, pour prévenir le
Contrairement aux hommes, les Lionnes ne patrouillent que la journée. Leur mission est avant tout dissuasive. Y compris auprès de leur propre communauté, pour prévenir le « braconnage alimentaire ».© Patrick Meinhardt
Les Lionnes sont fières de leur job:
Les Lionnes sont fières de leur job: « C’est important pour l’émancipation des femmes. Sans emploi, on dépend complètement des hommes. »© Patrick Meinhardt
Les Lionnes s'entraînent tous les matins avant le lever du soleil. Etre en bonne condition physique est indispensable quand on parcourt tous les jours une vingtaine de kilomètres à pied dans le bush pour repérer des traces de braconnage.
Les Lionnes s’entraînent tous les matins avant le lever du soleil. Etre en bonne condition physique est indispensable quand on parcourt tous les jours une vingtaine de kilomètres à pied dans le bush pour repérer des traces de braconnage.© Patrick Meinhardt

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