© getty images

« Je suis bien plus qu’un livreur Amazon »: le grand retour des épiciers ambulants

Longtemps, des épiciers faisaient le tour des campagnes pour approvisionner les habitants des petits villages. L’ère des grandes surfaces commerciales en a condamnés beaucoup. Une nouvelle génération veut encore y croire.

Ils avaient presque disparu des campagnes belges. Emportés, comme la plupart des petits commerces, par la prise de pouvoir des supérettes, puis des supermarchés, puis des hypermarchés. C’était sans compter sur la volonté de quelques irréductibles qui souhaitaient coûte que coûte, ces dernières années, lancer leur épicerie itinérante. Si la pandémie de Covid-19 fut un formidable terreau pour ces entrepreneurs, beaucoup ont réussi à survivre au retour des «bonnes vieilles habitudes».

Parmi eux, Marie-Isabelle Wilmet, 37 ans, gérante de La Vroum à vrac. Active entre Namur et Andenne, la jeune femme a réalisé son rêve de sillonner les petites bourgades de sa région pour y proposer des produits en vrac, bio et, pour la plupart, locaux tels que des flocons d’avoine, des biscuits, des céréales, des pâtes, des fruits secs, des huiles… «L’idée d’un commerce ambulant m’est venue en 2019, en discutant avec mon compagnon, lorsque je me suis rendu compte de la disparition des commerces dans de nombreux villages, raconte cette ancienne employée dans l’informatique et diplômée en biologie. C’est, selon moi, une bonne façon de continuer à offrir un service à la population locale, notamment aux personnes qui ne peuvent plus se déplacer.»

J’assure vraiment une fonction sociale car je suis bien plus qu’un livreur Amazon.

Six mois de cours de gestion à horaire décalé et un achat de camion plus tard, Marie-Isabelle lance son entreprise, en août 2020. Depuis, son planning hebdomadaire est bien rôdé. «Chaque jour de la semaine, je m’installe à un endroit différent, précise-t-elle. A Namêche, je me place devant la gare. A Loyers, c’est à côté de la boucherie. Cela permet aux clients de faire leurs courses dans différents commerces situés à proximité en même temps qu’ils viennent « chez moi ». S’il s’agit d’un endroit privé, je dois juste obtenir l’autorisation du propriétaire. Si c’est une route communale, j’ai besoin du feu vert de la commune.» Un métier de contact qui lui donne l’ occasion de communiquer autour de valeurs qui lui sont chères: «Notamment faire passer le message à mes clients qu’il est essentiel d’avoir une alimentation saine, qui soit locale autant que possible et où tous les maillons de la chaîne perçoivent une rémunération juste.» Même si Marie-Isabelle Wilmet avoue se rémunérer encore difficilement, elle aimerait, en 2023, lancer la livraison de colis à vélo autour de son domicile. «Le périmètre est encore à définir et mon compagnon serait en charge de ce nouveau projet.»

Dans le camion La Vroum à vrac de Marie-Isabelle, des produits en vrac, bio et, pour la plupart, locaux.
Dans le camion La Vroum à vrac de Marie-Isabelle, des produits en vrac, bio et, pour la plupart, locaux. © dr

Se diversifier, la clé de la pérennité des épiciers

La livraison de colis alimentaires, Brice Denoz, gérant du Vrac’OliBri, en a fait son créneau. Avec sa camionnette, il achemine toute une série de commandes dans la région du grand Verviers, quatre jours par semaine. Le reste du temps, il est présent sur quelques sites d’entreprises, des parkings de magasins partenaires ou des places de marché. Chaque jour, le planning est à peu près identique. «Tous les matins, je vais m’approvisionner chez mes fournisseurs, puis je prépare mes commandes à la maison avant d’assurer les livraisons entre la fin de journée et le début de soirée, détaille ce père de famille de 41 ans qui couvre, au total, près de quarante communes. Je viens de déménager pour profiter d’un espace de stockage plus grand, où je peux entreposer produits laitiers, articles d’hygiène, articles en vrac et zéro déchet… Hormis un frigo, un lave-vaisselle et mon carburant, je n’ai finalement pas de gros frais comparé à une boutique.»

Le métier reste toutefois difficile: les rentrées d’argent sont aléatoires et la concurrence est rude avec les supermarchés qui proposent de plus en plus de produits bio et en vrac. Pour autant, Brice ne se résigne pas: «J’ai la chance d’avoir des clients réguliers, comme des écoles ou des entreprises auxquelles je livre des fruits toute l’année.» Quant au profil de ses autres clients, il est très varié. «Certains n’ont pas de véhicule ni spécialement d’argent ; d’autres n’envisagent pas de prendre le bus avec des cartons de lait sous le bras ; il y aussi des familles nombreuses à qui le temps manque, des personnes âgées dont les enfants s’occupent des commandes en ligne»

Un métier très varié dont la colonne vertébrale reste le contact avec les clients. «J’assure vraiment une fonction sociale car je suis bien plus qu’un livreur Amazon. Chez certains clients, je range même les courses dans les placards! C’est ce temps, précieux, au contact avec mes habitués que je veux pouvoir garder.» Un temps qui rend ses lettres de noblesse au commerce de proximité. Et qui incarne, à sa façon, le développement du circuit court.

Vous avez repéré une erreur ou disposez de plus d’infos? Signalez-le ici

Contenu partenaire