Au Royaume-Uni, on assiste déjà à un mouvement de désobéissance civile, sous le mot d'ordre Don't Pay UK. Bientôt chez nous aussi? © getty images

Crise énergétique: chaud, chaud, chaud sur tous les fronts

Thierry Denoël
Thierry Denoël Journaliste au Vif

Peut-on retarder la transition écologique pour éviter une surchauffe sociale due aux prix fous de l’énergie? La réponse est évidente: non! Le défi est de taille pour les politiques qui doivent se montrer à la hauteur.

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Face à la grogne sociale qui monte en Belgique et un peu partout en Europe, les gouvernements réagissent en posant des emplâtres qui reviennent à subventionner les énergies fossiles. Que ce soit avec le chèque mazout (Belgique), le bouclier tarifaire (France), le plafonnement du prix du gaz (Espagne)… La transition climatique risque d’en faire les frais. Sans parler de la relance des centrales à charbon allemandes, néerlandaises ou autrichiennes. Mais voilà, avec des factures d’énergie multipliée par deux voire trois en quelques mois, de plus en plus de ménages ont le couteau sous la gorge. L’inflation record que nous subissons est source d’incertitudes, d’inquiétude et de crispation envers des gouvernants – les belges comme les autres – qui ont pris un peu trop l’habitude de procrastiner.

On ne peut privilégier l’accessibilité de l’énergie, la sécurité énergétique ou la neutralité carbone. Tous trois sont prioritaires.

Cet attentisme, ou ce manque d’anticipation, se paie aujourd’hui au sein d’une Europe qui est le troisième consommateur d’énergie le plus gourmand (après la Chine et les Etats-Unis), où 70% de l’énergie disponible est encore d’origine fossile et qui dépend à 60% de ses importations – en bonne partie de Russie – pour sa consommation d’énergie. Il risque de se payer cher d’abord sur le plan social. Explosera, explosera pas ? Un mouvement de type «gilets jaunes», du nom de ce mouvement qui s’est développé en France en dehors des syndicats, pourrait bel et bien émerger, y compris en Belgique. Il risque de se payer cher aussi sur le plan climatique. Raisonnablement, au vu des rapports du Giec (Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat) et de la sécheresse dramatique de cet été, on ne peut se permettre de retarder la transition écologique.

Pourtant, dans l’urgence, les gouvernements sont tentés de répondre à la détresse des ménages et des entreprises en subsidiant davantage le fossile. Ils le font d’une manière ou d’une autre, par un plafonnement ou une TVA réduite par exemple, lorsqu’ils essaient d’agir sur les prix du gaz, de l’électricité ou du pétrole. De cette manière, ils privilégient le court terme, soit l’hiver qui arrive, aux dépens du moyen terme, soit le dérèglement climatique qui, en se manifestant de plus en plus régulièrement, relève désormais plutôt du court terme. En réalité, on ne peut privilégier l’accessibilité de l’énergie, la sécurité énergétique ou la neutralité carbone. Tous trois sont prioritaires. Maintenir un signal prix pour inciter à moins consommer est crucial, mais cela doit se faire, plus que jamais, dans un esprit de justice sociale. Et fiscale.

Et l’Europe? Les ministres européens de l’Energie attendent à présent les propositions concrètes de la Commission. Objectif: aboutir avant la fin du mois. Les ministres se sont déjà mis d’accord sur quatre axes de travail: le plafonnement des prix du gaz, d’où qu’il vienne ; le plafonnement des revenus des producteurs d’électricité qui jouissent d’importants profits ; la création d’une contribution de solidarité imposée aux compagnies pétrolières et gazières ; et une réduction coordonnée de la demande d’électricité dans toute l’Union.

Le défi est grand, certes, mais pas insurmontable. Les négociations actuelles de l’Union européenne autour de la réforme de la tarification carbone, outil principal pour financer la transition énergétique, sont, à ce titre, révélatrices. Qui paiera? Lucide, le Parlement européen souhaite, pour l’instant, préserver le consommateur. L’enjeu du soutien aux ménages qui ne parviennent pas à joindre les deux bouts est crucial. Ne pas les arrimer au changement nécessaire pour sauver la planète revient à les jeter dans les bras de partis populistes, hostiles à la transition. Il faut, par ailleurs, repenser le rôle de l’Etat et l’action publique qui doit permettre d’articuler le double enjeu social et climatique, à l’échelle locale et internationale. A cet égard, la prochaine conférence pour le climat (COP27 à Charm El-Cheikh) constituera un test déterminant.

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