Opinion

Pierre Havaux

Vent du Nord de Pierre Havaux: y a de l’abus sur les campus (chronique)

Pierre Havaux Journaliste au Vif

Les porcs sévissent décidément partout. Après les bars, les vestiaires, les studios télé, les voilà démasqués sur les campus.

Ça balance pas mal, et tous azimuts. Les porcs sévissent décidément partout. Après les bars, les vestiaires, les studios télé, les bus et les trains, les voilà démasqués sur les campus. Jusque dans les bureaux des profs ou dans les labos, ces nids à comportements déplacés, surtout lorsque vient la saison des examens propice aux promesses d’attribuer une bonne cote en échange d’un peu de sexe.

La Flandre est sous le choc, confrontée par vagues successives à la révélation de ce dont souffrait jusqu’ici en silence sa gent féminine. Et les cercles du pouvoir sont priés de rendre des comptes. Dernier en date à comparaître devant le tribunal de l’opinion, le monde académique flamand. VUB, UGent, KULeuven, plus d’une université est éclaboussée par les agissements présumés de professeurs aussitôt mis sur la touche, voire virés. C’est pour les autorités universitaires le temps des « sorry » pour n’avoir rien vu ou entendu. Telle la rectrice de la VUB, Caroline Pauwels, qui s’est exécutée par courriel adressé aux étudiants et collaborateurs de l’université.

La clameur se devait de gagner le parlement flamand. Bart Somers (Open VLD), commis au sein du gouvernement flamand à la gestion du vivre-ensemble en Flandre, y a fait face à un front de députées, tous partis confondus, sans qu’un homme ne se joigne à ce concert d’indignations. Une semaine auparavant, en ce même lieu, son collègue Benjamin Dalle (CD&V), ministre des Médias, était, lui aussi, au rapport. Affaire Bart De Pauw, dossier Jan Fabre ou scandale The Voice Holland, très regardé au nord du pays: ça remue sec au sein de la sphère médiatico-culturelle où, selon une enquête de 2018, sept femmes sur dix indiquaient avoir été en butte à des comportements inappropriés.

Autant de « paniers de crabes », dixit une députée Vooruit, dont il est impératif d’assainir les moeurs, étant entendu que le crabe est de genre masculin. Assez palabré, il faut frapper, au-delà de l’activation de guichets de plaintes et de l’engagement à se concerter avec recteurs et CEO pour tenter de mettre fin à tant d’outrages.

Attention tout de même à ne pas sous-estimer l’ampleur de la zone grise, s’est hasardé à faire remarquer Bart Somers au milieu de la commotion généralisée. Un pédagogue bien connu en Flandre, qui enseigne dans une école supérieure gantoise, témoigne à ce propos sur son blog avoir expérimenté un « MeToo inversé » lors d’un examen oral, lorsqu’une étudiante en fâcheuse posture finit par offrir son corps en partage dans l’espoir de grappiller de précieux points. Ou cet autre professeur d’université qui, sous couvert d’anonymat, livre à la presse le souvenir scabreux d’une jeune femme qui se pointe sans soutien-gorge, la poitrine bien en vue sous une blouse à moitié ouverte et le propos suggestif, et que l’examinateur prie illico d’aller se rhabiller. « Je ne l’ai plus jamais revue. »

La peur gagne l’autre camp. Celle de dénonciations mensongères et vengeresses, d’un geste ou d’une parole mal interprétés. A l’élue PVDA (PTB) qui clôture son interpellation à l’adresse de Bart Somers en affirmant avoir décelé un sourire sur ses lèvres, le ministre s’empresse de nier avec force avoir eu pareille expression « une seule seconde ». Vraiment?

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