Opinion

Pierre Havaux

Vent du Nord de Pierre Havaux: radars privés, douteux jackpot (chronique)

Pierre Havaux Journaliste au Vif

Que le secteur privé se soit largement immiscé dans la gestion du stationnement en prélevant au passage sa part du gâteau, passe encore. Qu’il se mette à chasser sur le terrain tout aussi juteux de la répression des excès de vitesse fait autrement froncer les sourcils. En décidant de franchir le pas, Bonheiden ouvre en Flandre un joli débat. D’ici à juin prochain, la localité proche de Malines compte équiper vingt-deux de ses rues de radars-tronçons confiés à un consortium de trois sociétés privées.

Une première, quoique suspendue à un recours en annulation de l’opposition locale auprès de la gouverneure d’Anvers, qui fait pas mal jaser mais que rien, a priori, n’interdit en Flandre depuis qu’un récent cadre décrétal y autorise une commune à avoir la haute main sur la lutte contre les excès de vitesse légers (ne dépassant pas la limite autorisée de plus de 20 km/h) commis sur son réseau routier. Voilà de quoi alimenter la caisse communale en recettes au lieu de voir filer tout cet argent de la répression dans le fonds fédéral des amendes routières. Le hic, c’est que cette prise en charge nécessite un investissement qui peut s’avérer bien lourd à supporter par les finances des localités les plus modestes. D’où la tentation d’un partenariat public-privé à laquelle Bonheiden a donc décidé de ne pas résister avant que d’autres communes ne lui emboîtent probablement le pas.

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« T’inquiète, on gère », la philosophie à la base du modèle est simple: le consortium privé jouera au gendarme moyennant une commission de 24 euros prélevée sur chaque amende (oscillant entre 53 et 163 euros) tandis que la police locale, réduite au service minimal, se bornera à valider l’infraction constatée. Deal potentiellement gagnant pour la commune et pour l’acteur privé, lequel s’emploie d’ailleurs à démarcher d’autres localités.

Jusqu’à 45% du montant d’une prune dans la poche du privé, voilà qui devrait pousser à la consommation de flashs sur les routes, par simple esprit de lucre. « Le but n’a jamais été d’élaborer un modèle de gains mais de favoriser au maximum la sécurité routière », jure Lydia Peeters (Open VLD), ministre flamande de la Mobilité, alors que les experts en sécurité routière tiquent, que les juristes font la moue et que les autorités régionales ferment les yeux en se retranchant derrière l’autonomie communale sur l’air de « la fin peut justifier les moyens ».

« Ce n’est pas à nous, pouvoir régional, d’interdire aux entreprises privées d’offrir leurs services aux pouvoirs locaux », argumente encore la madame Sécurité routière flamande. Son alter ego wallonne, Valérie De Bue (MR), ne tient pas vraiment ce langage, elle qui ferme la porte à l’introduction en Wallonie de ce type de machine à cash. Faudrait quand même pas se tromper de priorité, a-t-elle rappelé, au parlement wallon, « l’objectif des radars est d’induire un changement de comportement durable et d’améliorer ainsi la sécurité routière, non de réaliser et d’augmenter les recettes. En liant les revenus perçus par le consortium privé au nombre d’infractions verbalisées, une ligne est franchie. » Et un franchissement de ligne, cela va chercher loin: infraction grave au code de la route.

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