Opinion

Pierre Havaux

Vent du Nord de Pierre Havaux: mélange confus des genres (chronique)

Pierre Havaux Journaliste au Vif

Handicap, maladie chronique, origine étrangère: la revendication croissante de ne plus être labellisé fausse les bilans de diversité.

Où sont les femmes? Elle sont de plus en plus nombreuses aux étages supérieurs de la fonction publique flamande, et c’est là l’indice encourageant qu’elles peinent de moins en moins à gravir les échelons, à faire jeu égal avec leurs collègues masculins dans l’ascension vers le sommet. Mais l’éclaircie paraît tellement fragile aux yeux d’An Moerenhout que la députée Groen préfère scruter un horizon toujours largement bouché. L’administration flamande reste bien trop mâle et trop blanche à son goût, également trop peu peuplée de personnes porteuses d’un handicap ou atteintes d’une maladie chronique. Tout cela manque encore furieusement de diversité, notamment dans la composition des jurys, quand vient la dernière ligne droite d’une sélection qui reste largement fatale à une candidate.

Qu’attendez-vous donc, Monsieur le ministre de la Fonction publique, pour faire plus de place aux catégories discriminées, pour hisser au minimum 40% de femmes dans les hautes sphères des ministères flamands? Au rapport au parlement, Bart Somers (Open VLD) a tenu à relever une évolution encourageante et s’est engagé à redoubler d’efforts tant il est vrai que les objectifs ne sont pas atteints. Vingt fonctions dirigeantes entre des mains féminines sur 64, 93 postes de cadres intermédiaires sur 236 occupés par des femmes: si ce n’est plus très mauvais, cela reste mauvais et encore éloigné de la barre des 45%, synonyme de parité étant entendu, selon le ministre, qu’ « atteindre exactement les 50% peut avoir quelque chose d’obsessif ». Le fétichisme des chiffres montre d’ailleurs ses limites à l’heure où les repères volent en éclats et forcent à reconfigurer les logiciels.

C’est que l’affaire se corse, appuie Bart Somers. Il faut aujourd’hui faire droit aux « ni, ni », à celles et ceux, toujours plus nombreux, qui refusent de penser de façon binaire. Hé oui, il faut vivre avec son temps, une époque où « le concept binaire homme ou femme est mis sous pression. Où placer le « x » dans une organisation paritaire? » En voilà une colle posée par le ministre au Conseil flamand des femmes.

Handicap, maladie chronique, origine étrangère: la revendication croissante de ne plus être labellisé, de ne plus se faire l’étendard d’une cause, fausse les bilans de diversité. En témoigne ce sondage interne anonyme qui a établi que 6,2% des fonctionnaires flamands admettent un handicap ou font état d’une maladie chronique, au lieu du maigre taux de 2,3% officiellement recensé. L’origine immigrée ne s’affiche plus forcément non plus, par refus de se laisser enfermé dans une case et par aspiration « à se sentir Flamand parmi les Flamands », tout simplement.

Ce qui n’exonère nullement d’oeuvrer à toujours plus de diversité. Une objection dans la salle? Une voix s’élève des bancs N-VA pour apostropher l’élue Groen. Elle est féminine et d’origine immigrée. Nadia Sminate, une maman flamande et un papa marocain, invite à ne pas se tromper de combat ni perdre de vue l’ essentiel, selon elle: la compétence requise pour décrocher le job. « Suggérer que des gens d’origine immigrée ou porteurs d’un handicap doivent siéger dans un jury pour pouvoir rendre un avis correct, c’est aller trop loin. Comme si un homme blanc ne pouvait apprécier correctement le candidat qui lui fait face. Je trouve ce discours très dangereux. » Porteur d’une vision tout noir ou tout blanc.

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