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Vaccination obligatoire : « Il faut éviter à tout prix les moyens détournés pour y parvenir »

Celine Bouckaert
Celine Bouckaert Journaliste

A l’heure où les contaminations explosent suite à l’émergence du variant Omicron, extrêmement contagieux, le ministre de la Santé Frank Vandenbroucke demande d’accélérer le débat sur la question de la vaccination obligatoire. « Une obligation pourrait aider une partie des personnes non- vaccinées à passer le cap », estime Olivier Luminet, professeur de psychologie de la Santé à l’UCLouvain.

A ce jour, 88% de la population adulte belge est vaccinée contre le coronavirus, un taux élevé, mais qui cache d’importantes disparités régionales. Ainsi, 94% des Flamands adultes sont vaccinés, mais ce chiffre baisse à 84% pour les Wallons et à 73% pour les Bruxellois. Et si la campagne de rappel avance rapidement, l’administration de premières et deuxièmes doses du vaccin progresse beaucoup plus difficilement.

Face à cette constatation, la question de l’obligation vaccinale n’est plus taboue. L’Autriche l’instaure dès le mois de février, et plusieurs pays européens, tels que la France, la Pologne, l’Italie, la Hongrie, la Finlande ou encore la Grèce, l’appliquent à une partie de la population, généralement au personnel soignant, et dans certains cas comme en Italie ou en Grèce, aux personnes de plus d’un certain âge.

Professeur de psychologie de la santé à l’UCLouvain et membre de la Taskforce Psychologie et Corona, Olivier Luminet estime que la vaccination obligatoire peut motiver certaines personnes à passer le cap. Les gens qui n’ont pas encore été vaccinés ne sont pas nécessairement radicalement contre, rappelle-t-il.

« Pendant des mois, certaines personnes ont clamé haut et fort à tous leurs amis qu’elles refusaient la vaccination. Aujourd’hui, elles se rendent compte que la vaccination peut être utile et elles sont rassurées sur les effets secondaires, mais il leur est parfois difficile d’admettre qu’elles ont changé d’avis. Pour ces personnes-là, l’obligation peut faciliter la vaccination. Grâce à celle-ci, elles peuvent en effet expliquer à leurs amis qu’elles n’ont pas le choix », explique Olivier Luminet.

Un grand service

C’est également l’avis de Emmanuel André. Le microbiologiste perçoit tous les messages d’internautes qui refusent le vaccin (NDLR : publiés sur Twitter) « comme un appel à l’aide un peu maladroit de personnes qui ne savent plus comment se dépatouiller après avoir tant dit qu’elles ne se feraient jamais vacciner ». « Pour toutes ces personnes, rendre la vaccination obligatoire serait donc leur rendre un grand service. Car elles pourraient bénéficier de tous les effets bénéfiques du vaccin sans avoir à ‘changer d’avis’ face à toutes les personnes qu’elles auront bassinées depuis des mois », tweete-t-il.

Il restera cependant toujours un groupe de personnes extrêmement opposées au vaccin. Celles-ci, dont la part est estimée à environ 5%, ne se feront vacciner sous aucune condition et risquent d’encore durcir leur position face à une obligation vaccinale.

Olivier Luminet ne voit pas l’intérêt de sanctionner ces personnes pour autant, comme c’est le cas au Québec qui met en place une taxe pour les non-vaccinés. « Passer à un régime d’obligation vaccinale va aider un certain nombre de gens, mais je pense que les sanctions sont d’abord inefficaces, et ensuite pratiquement inapplicables. Je prends l’exemple de l’obligation de vote : on sait très bien qu’en Belgique il n’y a pratiquement aucun endroit où on poursuit les gens qui ne sont pas allés voter. En outre, une sanction risque de polariser encore plus les opposants s’il y a des idées de peines, d’amendes, etc. ».

Pour Luminet, la question de la solidarité joue également un rôle important. « Mardi, on a annoncé que le Covid ne serait plus nécessairement une priorité si les lits d’hôpitaux étaient remplis. Je pense que c’est important, car le problème, c’est que près de 90% des gens ont fait l’effort de se faire vacciner. Et les gens vaccinés qui tombent malades supportent assez mal l’idée que leur santé sera impactée et qu’on va retarder une opération importante pour eux ou pour leurs proches. Si elle permet de maintenir un système de soins en place, l’obligation vaccinale peut devenir importante. Les gens ont déjà eu du mal à supporter les retards et les déplacements de soins lors des premiers confinements. Ils le supporteraient d’autant moins maintenant que l’on voit qu’il y a une solution ».

Vaccination contre d’autres maladies

Une obligation vaccinale ne serait toutefois pas sans danger. Le professeur en psychologie souligne l’importance d’envisager la question de manière globale, et de réfléchir notamment à la vaccination en général. « Parfois, il semble en effet que quand on rend une vaccination obligatoire, ça peut rendre plus difficile l’adhésion à la vaccination par rapport à d’autres maladies, beaucoup plus graves que le coronavirus. Il ne faudrait pas développer une frange de la population qui deviendrait anti-vaccin de manière générale », met-il en garde.

Il souligne également l’importance de la communication. « Il faut que les autorités expliquent pourquoi elles changent de stratégie à moment donné. Elles n’envisagent pas l’obligation vaccinale depuis le début de la pandémie: ce n’est pas une stratégie sournoise. Je pense que l’obligation vaccinale est vraiment une évolution, mais qui doit être expliquée et communiquée de manière transparente. Et c’est pour cette raison qu’il faut parler d’obligation vaccinale, et non de pass vaccinal et éviter à tout prix les méthodes détournées pour arriver à cet objectif », rappelle-t-il .

« Le problème du pass vaccinal, c’est que c’est une méthode masquée et là, on l’a très clairement vu dans le baromètre de la motivation, les gens le voient comme une tentative déguisée d’imposer la vaccination, et aussi bien les vaccinés et les non-vaccinés. Je pense qu’il faut vraiment éviter les manières détournées. Et aussi cette idée que le pass vaccinal sera révélateur de ce que les gens sont vaccinés ou pas. Le statut de vaccination ne doit pas devenir public, il doit rester en partie dans la sphère privée », précise Olivier Luminet. Mardi, le président de Vooruit, Conner Rousseau, s’est exprimé en faveur du pass vaccinal.

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