Opinion

Mélanie Geelkens

Une sacrée paire de RTD par Mélanie Geelkens (chronique)

Mélanie Geelkens Journaliste, responsable éditoriale du Vif.be

Travailleuses menstruées? Posez donc un congé pour règles très douloureuses

Travailleuses, vous souffrez de menstruations éprouvantes? Posez donc un RTD ! La coopérative française La Collective vient d’instaurer ce nouveau congé pour  » règles très douloureuses » (l’appellation est de la rédaction). Une première hexagonale, se réjouit cette entreprise basée à Montpellier et embauchant une cinquantaine de personnes chargées de récolter des dons pour les ONG. Dans un article du journal chrétien La Croix, publié le 13 avril, ses responsables racontent pourquoi ils permettent à leurs employées, depuis janvier dernier, de s’absenter un jour par mois lorsqu’elles sont péniblement indisposées. Tout en étant rémunérées. Pas besoin de certificat médical, « nous préférons faire confiance », assure le patron, qui espère que son initiative fera « tache d’huile ».

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« Alors, à qui le tour? On avance », a d’ailleurs commenté dans la foulée le média féministe digital (Simone). C’est marrant, ça donnerait tout autant l’impression qu’on recule. Encore un peu plus vers les inégalités sur le marché du travail. Ainsi donc, aujourd’hui, de nombreux employeurs préfèrent:

  1. Ne pas embaucher de femmes. Surtout les jeunes, celles qui risquent d’enfanter. Puis les mûres, aussi, qui vont vouloir terminer à 16 heures pour aller rechercher leurs mioches à la garderie. Et les vieilles, pareil, de toute façon, celles-là, personne n’en veut.
  2. Les rémunérer moins que leurs collègues masculins. L’écart salarial, puisqu’il faut encore le rappeler, s’élève à 9,2% (23,1% sans correction portant sur la durée du temps de travail).
  3. Ne pas leur offrir de promotion, de fonction dirigeante, de responsabilités. Bref, les cantonner entre le plafond de verre et le plancher collant.

Et donc ces mêmes employeurs, déjà tellement sensibilisés à la parité, accepteront très certainement de débourser de bonne grâce jusqu’ à douze jours par an de congés supplémentaires, parce qu’il faut bien entendu se préoccuper du bien-être des salariées. Mais oui.

Une grande fausse bonne idée, aussi, d’alimenter le mythe des femmes fragiles, pauvres petits êtres menstrués, esclaves de leurs hormones, in- féodées à leurs humeurs, donc improductives. Peut-être faut-il rappeler, juste comme ça, que dans quelques pays les jeunes filles sont interdites d’ école certains jours par mois à cause de leurs ragnagnas. Faudrait-il prévoir dans les règlements scolaires que les étudiantes puissent s’absenter mensuellement, alors que leur bas-ventre les fait souffrir? Ça partirait aussi d’un bon sentiment, pourtant.

Restent ces fichues dysménorrhées, bien sûr. Terme bien pompeux pour désigner ces crampes plus ou moins déchirantes selon qu’elles sont classifiées « primaires » (légères) ou « secondaires » (p***** de sa mère). Les femmes ont été élevées, depuis toujours, selon le principe qu’il était normal de morfler, les jours sanguins. Or « il faut leur dire que ça ne l’est pas! » scandait déjà le gynécologue Valéry Bogne (Erasme) dans Le Soir, en 2017, alors que l’Italie étudiait l’idée (finalement abandonnée) d’instaurer le congé menstruel. « Il y a lieu de s’inquiéter à partir du moment où [la douleur] altère la qualité de vie. »

Plutôt que de renvoyer ces femmes dans leur foyer, peut-être serait-il sociétalement plus pertinent d’investir dans la recherche, la prise en charge, la reconnaissance de pathologies comme l’endométriose, dont souffriraient 10% des femmes. Qui mettent parfois près de dix ans à être correctement diagnostiquées. Et de réfléchir globalement à d’autres formes d’organisation du travail, loin des horaires rigides et du présentéisme pernicieux. Pour tous. Pas seulement pour elles.

Inégalitaires congés corona

Plus de 103 000 Belges ont interrompu leur carrière pour bénéficier d’un congé parental corona, qui était en vigueur entre mai et septembre 2020, selon les calculs de la FEB. Soit 67% de femmes et 33% d’hommes. « Ce déséquilibre est un signal important pour les responsables politiques, plaide l’organisation patronale. Nous devons évoluer d’urgence vers un nouveau régime de congé qui favorise l’égalité des genres. »

5 à 20%

de la population présenterait un trouble pédophilique, soit une fantasmatique sexuelle sur des mineurs prépubères durant plus de six mois. Cette statistique, issue de travaux scientifiques, est relayée dans un reportage réalisé par Le Monde au sein d’un hôpital psychiatrique en Seine-Saint-Denis, qui tente de soigner des auteurs de violences sexuelles à l’encontre d’enfants comme d’adultes (« Les violeurs en thérapies » publié le 17 avril). Cette structure a, jusqu’à présent, accompagné 241 personnes. 240 hommes et une femme.

Pinky, l’autre fausse bonne idée menstruelle

Deux « inventeurs » allemands ont présenté dans une émission télé populaire, le 12 avril, le produit révolutionnaire qu’ils ont créé. Un gant en plastique, censé permettre aux femmes de retirer et d’emballer hygiéniquement leurs tampons et serviettes. Qui, « après un certain temps, ne sentent pas bons », même emballés dans du papier toilette (« on les voit, c’est juste désagréable »). Ces deux anciens militaires eurent l’excellente idée de nommer leur invention Pinky, référence à la couleur rose dudit gant. Ils se sont toutefois ramassé une volée de bois vert sur les réseaux sociaux, beaucoup jugeant leur trouvaille inutile, polluante et sexiste.

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