Opinion

Mélanie Geelkens

« Une sacrée paire de congés »

Mélanie Geelkens Journaliste, responsable éditoriale du Vif.be

C’était justement le printemps, ils venaient d’acheter une maison, alors Thibaut avait profité de ses dix jours pour refaire la terrasse. Son épouse venait d’accoucher, et quoi ? C’est pas comme s’il pouvait donner le sein, lui, hein. Puis à quelques jours, un bébé, ça fait que roupiller et chialer. Deux mains suffisent pour nettoyer des fesses crottées et bercer un petit corps enragé. Autant utiliser les siennes pour carreler utilement durant son congé de paternité.

Que sa femme soit déjà bien contente qu’il l’ait pris, d’ailleurs. De plus en plus de pères font l’impasse : entre 2015 et 2018, ils étaient 3,8 % en moins à demander à en bénéficier. Quelle bonne blague, cette jeune génération soi-disant égalitaire ! Pas flagrant dans les chiffres. Comme ceux, européens, concernant les tâches ménagères : 48 % des hommes belges y consacraient au moins une heure par jour en 2005. Ils n’étaient plus que 33 % en 2017. Elles ? Stables. 81 %…

De la faute du gosse, tout ça. Les études scientifiques le prouvent : avant son arrivée, ils et elles récurent équitablement les sols et sortent les poubelles. Chacun bosse et – dingue ! – gagne le même salaire. La couple va pour le mieux dans le plus paritaire des mondes. Puis, boum !, première grossesse. Bravo, mesdames, vous voilà devenues mères. Et boniches. Et précaires.

Parce que le mouflet, dans la plupart des familles, c’est maman qui va le gérer. Paraît qu’elle sait mieux y faire, parce qu’elle l’a porté. Blablabla. Comme si elle expulsait un manuel, en même temps que le placenta.  » Si l’éducation des enfants leur était si naturelle, pourquoi de tout temps s’emploie-t-on tellement à leur apprendre comment faire, via des manuels, des accompagnements périnataux, etc. ?  » s’interroge l’historienne Claudine Marissal (ULB). La vérité, c’est qu’elles n’ont absolument aucune idée de ce qu’elles doivent faire, quand des pleurs les réveillent à 3 heures du mat. Pas plus qu’eux.

Mais les mères se lèvent. Pas illogique, puisque les pères, eux, au bout de leurs dix jours (s’ils les prennent) doivent bosser le lendemain. Alors elles se lèvent, se relèvent, se re-relèvent. Ainsi se construit l’expertise maternelle.  » Ce qui se passe juste après la naissance a des répercussions gigantesques, car c’est à partir de ce moment-là que se fixent les rôles « , assure Ilan Tojerow, économiste à l’ULB, qui a réalisé avec son collègue Sébastien Fontenay une étude sur le congé de paternité. Dix petits jours, dont vont dépendre trois grands enjeux.

Un : les chercheurs ont remarqué que les jours d’incapacité et d’invalidité, qui sont aussi fréquents chez les hommes que les femmes avant la naissance du premier enfant, augmentent de 40 % chez les secondes durant les dix années qui suivent la naissance dudit enfant. Par contre, ce nombre de jours féminins d’incapacité et d’invalidité est 20 % moins élevé… au sein des couples où le congé de paternité a été effectivement pris.

Deux : lorsque le père s’implique durant les dix premiers jours de vie de sa progéniture,  » cela a un effet sur l’espacement entre la première et la deuxième naissance, dixit Ilan Trojerow. Comme si le père se disait :  » Il y a un coût à avoir un enfant, attendons encore un peu. »  » Sans blague.

Trois : ces dix jours, utilisés à bercer et à nettoyer des fesses crottées, et non à carreler, vont induire une meilleure répartition des tâches ménagères au sein du ménage. Qui permettra aux femmes de ne plus systématiquement être celles qui sacrifient leur carrière, ou celles qui sont discriminées sur le marché du travail. Donc celles qui gagnent moins. Donc celles qui dépendent. Ni précaire, ni boniche. Il y a des messieurs que ça dérange ?

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victimes sur 10 du  » revenge porn  » sont des femmes, selon la députée fédérale Vanessa Matz (CDH), auteure d’une proposition de loi visant à mieux lutter contre ces photos de nu balancées sur le Web par un ex frustré, ou par pure méchanceté. Ce texte, qui devrait être voté avant la fin février, prévoit que le diffuseur (site Web ou réseau social) et l’opérateur risquent une amende s’ils ne suppriment pas les images dans les six heures après l’ordonnance du tribunal de première instance. Devoir débourser entre 200 et 15 000 euros pressera peut-être davantage que de mettre fin à la honte d’une fille dénudée.

C’est pas gagné

Selon une étude réalisée en 2019 par la plateforme de marketing Klear, les influenceuses Instagram génèrent 75 % du marché et gagnent en moyenne… 23 % de moins que leurs collègues masculins ! Plus nombreuses sur le réseau social, elles créeraient une concurrence trop forte pour les hommes, ce qui offrirait à ces messieurs des prix plus avantageux. Pour pallier cette inégalité, le compte féministe Les Glorieuses vient de créer une grille de tarifs stricts, calculés en fonction du taux d’horaire et de l’audience des influenceuses.

Girl Power

© GEERT VAN HOEYMISSEN/DR

En atteignant la cîme du Vinson, plus haute montagne de l’Antarctique, en janvier dernier, Sofie Lenaerts, inspectrice de police et présentatrice de Kijk uit, sur la VRT, est devenue la première Belge à gravir les  » Sept sommets « , soit les montagnes les plus élevées de chaque continent. Proficiat ! E.M.

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