Opinion

Benoît Lutgen

Un parcours citoyen pour chaque jeune: un projet juste, pertinent et ambitieux

Benoît Lutgen Eurodéputé (Les Engagés)

Défendre le parcours citoyen, c’est faire la démonstration à tous les jeunes que des utopies ambitieuses peuvent voir le jour.

J’ai présenté il y a quelques temps l’idée que chaque jeune réalise un Parcours citoyen : 100 jours de don de soi avant ses 30 ans au service des autres, brassant tous les jeunes et contribuant à leur développement personnel. Permettre à tous de s’engager pour les autres, de connaitre l’altérité et de confronter son expérience. Bien sûr, les modalités de mise en oeuvre doivent faire l’objet de discussions. Mais je me réjouis avant tout qu’il suscite un débat, dans les colonnes de ce journal également, par la voix de Bernard Devos il y a quelques jours.

Depuis plusieurs années, un Service citoyen a été mis en place en Belgique grâce à la Plateforme qui l’a créé. Son travail est exemplaire. Des centaines de jeunes en sont sortis riches d’une expérience qui marquera toute leur vie. Ce vécu est fait de rencontres, d’échanges, de découvertes, de relations humaines, de déceptions parfois, de fierté le plus souvent. Le Service citoyen contribue à forger des femmes et des hommes qui ont les pieds sur terre, confiants dans leurs forces et dans la nécessité de travailler ensemble à une société plus ouverte, plus juste, plus à l’écoute de tous.

Un jeune qui s’engage tôt pour les autres gardera toute sa vie ce goût de l’engagement.

Ce besoin de solidarité, d’ouverture vers les autres et de service pour le bien de tous est plus important aujourd’hui qu’il ne l’était hier et le sera encore davantage demain. Les besoins de liens entre nous sont immenses. L’engagement forge aussi le sentiment d’appartenance à un ensemble qui nous dépasse et nous unit, qui fonde notre citoyenneté. Seul un brassage de l’ensemble des jeunes, quelles que soient leurs origines sociales, culturelles, leurs croyances ou non croyances, est susceptible d’éviter des formes de ghettoïsation telles que nous les observons aujourd’hui. Les lieux de rencontres où cultiver cette diversité existent, mais ils sont trop rares. Le Parcours citoyen en sera une voie privilégiée et structurante.

Parce que cette expérience est créatrice de changement et de transformation, nous souhaitons l’offrir à toute notre jeunesse, sans laisser personne de côté. Nous voulons en faire un droit. Ce droit nous semble tellement important que nous voulons le protéger en le traduisant en obligation. C’est la même logique que l’obligation de vote et l’obligation scolaire. L’obligation est le reflet de l’engagement de la société, et de tous ceux qui la composent, d’offrir cette opportunité à tous les jeunes, en ce compris tous ceux qui se sentent mis de côté.

Bien sûr, de nombreux jeunes vivent déjà un Parcours citoyen sans le savoir : ils s’engagent pour les autres dans des organisations de jeunesse, des clubs sportifs, des activités caritatives ou sociales, et je les salue ! C’est leur engagement qui nous inspire et c’est celui-là que nous entendons valoriser et étendre. L’engagement dans le secteur associatif en Belgique est d’une richesse quasi inégalée en Europe. Nous avons le sens de l’autre ! Le secteur associatif dans son entièreté doit être associé à la construction de ce projet. Ma proposition vise à reconnaitre ces différentes formes de participation sociale dans le Parcours citoyen que j’appelle de mes voeux.

Défendre le Parcours citoyen pour tous, c’est faire la démonstration à notre jeunesse que des utopies ambitieuses peuvent voir le jour.

J’aimerais que chaque responsable politique, quelle que soit sa sensibilité démocratique, se saisisse du projet et que nous le portions ensemble à bras-le-corps. Il est mûr, et les réflexions ont lieu depuis plus de 10 ans. Dans les autres pays européens, de tels projets sont menés déjà depuis de nombreuses années. En France, en Italie, et ailleurs encore, des dizaines de milliers de jeunes effectuent chaque année une telle mission de service civique.

Dans l’immédiat, nous devons faciliter la vie à ceux qui s’engagent déjà et leur offrir un statut légal clair. Cela mettra fin aux confusions existantes sur le sujet et préservera les droits des jeunes concernés.

Evidemment, des pièges doivent être évités avec prudence, et sont justement relevés par les uns et les autres. Il faut veiller à l’utilité des missions réalisées, à ce qu’elles soient correctement encadrées, éviter de se substituer à des emplois existants, à ce que l’objectif de diversité soit rencontré… Tout cela va nécessiter du dialogue et une approche progressive. Bien conscients des écueils éventuels, soyons également conscients que l’inaction a un coût, parfois cruellement élevé.

Je souhaite que nous ayons un débat de fond sincère et ouvert sur cette question, sans a priori. En ayant à l’esprit que la situation que nous vivons aujourd’hui nécessite une réponse d’ampleur, structurante pour la société. Voilà pourquoi je souhaite que nous y mettions les moyens nécessaires. Quel serait le sens d’une société qui arriverait à la conclusion absurde qu’elle n’a pas les moyens d’investir dans sa jeunesse et ne leur fait pas confiance ?

Notre réponse se doit d’être à la hauteur des défis de ce siècle. Ouvrons donc les fenêtres et quittons nos a priori ! Après tout, le mieux ne serait-il pas de demander l’avis aux jeunes ? En France, un sondage réalisé pour Unis-Cité a révélé que 67% des jeunes étaient favorables à un Service citoyen obligatoire.

Défendre le Parcours citoyen pour tous, c’est faire la démonstration à notre jeunesse que des utopies ambitieuses peuvent voir le jour. L’ambition d’aujourd’hui portera les projets de demain !

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