La Belgique n'est pas l'Eldorado des complotistes mais elle n'est clairement pas immunisée. © lllustration: Julien Kremer

Théories du complot: un Belge sur trois y croit

Thierry Fiorilli
Thierry Fiorilli Journaliste

La Belgique n’est pas colonisée par le conspirationnisme mais elle n’y est pas du tout imperméable. C’est la leçon du sondage Le Vif/Knack, réalisé en ce début 2021 et révélant aussi que les jeunes, les femmes et les francophones sont les plus vulnérables face à des théories considérées par une grande majorité comme menaçant nos démocraties.

Plus d’un Belge sur trois (34,7 %) croit à au moins une des huit théories conspirationnistes du sondage. On note plus de francophones (36,5 %) que de Flamands (33,4 %). Et plus d’hommes (37,7 %) que de femmes (31, 9%). Dont un jeune sur deux âgé de 18 à 24 ans et un tiers des plus de 75 ans. C’est l’enseignement principal de notre sondage mené en ce mois de janvier (voir la méthodologie ci-dessous). Autres indications importantes : un Belge sur cinq pense que le coronavirus a été créé intentionnellement ; pour la moitié de ceux qui en sont persuadés, c’est la Chine qui en est l’auteure ; un tiers des citoyens doute de l’origine du virus ; plus de 66 % affirment qu’ils se feront vacciner, les hommes (73 %) plus que les femmes (60 %) et davantage les néerlandophones (71 %) que les francophones (60 %) ; un tiers de la population considère que les vaccins anti-Covid ont été mis sur le marché dans l’unique but d’enrichir le secteur pharmaceutique ; un Belge sur cinq est convaincu que nos gouvernements nous en cachent la nocivité ; et 64 % estiment que complotisme et désinformation sont de vrais dangers. D’autre part, les femmes sont plus nombreuses à considérer que les médias livrent une information déformée (+ de 25 %). Elles ont plus de connaissances adeptes de théories du complot (36,9 %, pour 27,7 % chez les hommes). Elles pensent, plus que les hommes (31 %), que la vaccination ne sert qu’à engraisser le secteur pharmaceutique.

Effarant ? Rassurant ? Quelque part entre les deux. Puisque des sondages à l’étranger, plus ou moins récents, ont montré des résultats équivalents (autour des 30 % d’adhérents à au moins une théorie conspirationniste en Allemagne et aux Etats-Unis) ou bien plus importants (60 % en Grande-Bretagne et jusqu’à 80 % en France). Mais la moyenne habituelle, dans des démocraties comparables à la nôtre, oscille plutôt entre 8 et 15 %.

Pas immunisée

La Belgique n’est donc pas l’Eldorado des complotistes mais elle n’est clairement pas immunisée. Sachant, comme le rappelle François Heynderickx, professeur en sociologie des médias et de communication à l’ULB, que « le niveau d’imprégnation ou de pénétration de théories conspirationnistes au sein de la population est extrêmement difficile à mesurer par du déclaratif ». D’autant qu’il s’agit de s’accorder sur ce qu’on présente comme « une théorie conspirationniste ». Grégoire Lits, docteur et professeur en sciences politiques et sociales à l’Observatoire de recherche sur les médias (UCLouvain), la définit comme « une croyance à un récit du monde dans lequel on vit. Un récit auquel on adhère. Et cette croyance finit forcément par avoir un impact sur les activités et les actions de qui y adhère. Sur la prise des vaccins, par exemple. »

François Heynderickx, lui, insiste sur la distinction à opérer entre « des croyances absurdes et factuellement démenties (la Terre est plate mais on nous fait croire qu’elle est ronde), des croyances qui reposent sur de très anciennes craintes (le vaccin peut vous donner la maladie) ou des croyances liées à un événement actuel (on a volé l’élection de Donald Trump). On n’est pas dans un seul registre et les effets à long terme ne sont pas identiques non plus. De la même façon, il y a une différence entre les fausses nouvelles et les fausses connaissances. Dire que la Terre est plate n’est pas une fausse nouvelle. Dire qu’il y a eu un attentat mais que personne n’en a parlé parce qu’on nous cache des choses, c’est une fausse nouvelle. L’éducation ou l’instruction peuvent aider à se prémunir des premières. Pour les autres, c’est plutôt la question de la confiance, de la crédibilité, de la crédulité qui va jouer. »

Le sondage indique que cette confiance, dans les institutions et dans les médias, est à géométrie très variable. En fonction de l’âge, du sexe et de la Région notamment. Ce qui expliquerait plusieurs résultats.

Méthodologie

Le sondage a été réalisé par l’institut Kantar, pour Le Vif et Knack, du 7 au 11 janvier, auprès de 1 057 personnes âgées de 18 à 75 ans et plus, hommes et femmes, diplômés ou non, ayant un emploi ou pas, en Wallonie, à Bruxelles et en Flandre.

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