Investir en Bourse est la meilleure garantie d'obtenir du rendement... à condition de ne jamais paniquer. © getty images

Spécial placements: cinq conseils pour booster son épargne et contrer l’inflation

Philippe Berkenbaum
Philippe Berkenbaum Journaliste
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Comment donner du tonus à vos économies alors que l’inflation les grignote pendant qu’elles dorment à la banque? Nos experts sont sur la même longueur d’onde: hors les actions, peu de salut.

1. Alléger son livret

« Ne laissez pas votre épargne dormir en compte avec une inflation de 5% », martèle Nicolas Deltour (Belfius). Mais ne videz pas tout pour autant! Comme le souligne Philippe Ledent (ING), « avoir 0,11% d’intérêt sur un carnet réglementé, aussi faible que ce soit, reste intéressant comparativement aux autres solutions présentant les mêmes niveaux de liquidité et de risque. En effet, les taux de marché à court terme sans risque sont tous négatifs. Donc une solution offrant 0,11% est hors marché en raison de la limite légale. Tenter de chercher plus de rendement, c’est accepter de prendre plus de risques. Dans l’absolu, le taux du carnet d’épargne est extrêmement faible mais cela reste une alternative rationnelle, surtout pour les personnes qui ne veulent ou ne peuvent prendre aucun risque. »

Privilégiez les actions d’entreprises qui ont le pouvoir de fixer leurs prix, car elles pourront répercuter la hausse des coûts et protéger leur rentabilité.

Bruno Colmant (Degroof Petercam) parle d’épargne « de précaution, c’est-à-dire une épargne mobilisable immédiatement pour couvrir des dépenses prévues ou des accrocs de vie ». Pour elle, le livret reste la meilleure option – il est inutile de la conserver chez soi ou dans un coffre puisqu’on ne peut plus payer de gros montants en cash. Question: à combien ce matelas de sécurité doit-il s’élever? Wim D’Haese (Deutsche Bank) conseille de « garder un tampon de six à douze mois de dépenses en tenant compte également, le cas échéant, d’achats importants prévus dans un an ou deux. » Un bien immobilier, par exemple, pour soi ou pour ses enfants. Serge Ivlef, conseil en investissement chez ING, évoque « un minimum de six mois de salaire ». Pour le surplus, ajoute-t-il, il convient d’établir son « profil de risque » avec un conseiller bancaire. « Une fois définis la poche investissable et le degré de risque possible, le spectre d’investissement reste large, pour autant qu’on ait un bel horizon de placement devant soi », conclut Nicolas Deltour.

Puisqu’on parle d’épargne de précaution, que reste-t-il des traditionnelles valeurs refuges plébiscitées lors de crises précédentes? « Pour l’or, il y a du pour et du contre, estime Wim D’Haese. Les craintes inflationnistes et le contexte macroéconomique incertain jouent incontestablement en sa faveur. Mais les mesures monétaires initiées aux Etats-Unis et la hausse attendue des taux rendent le contexte plus incertain, voire négatif. Malgré tout, glisser 3 à 5% d’or dans son portefeuille, à titre de diversification, reste toujours indiqué. » Sylviane Delcuve (BNP Paribas Fortis) est plus réservée: « Auparavant, les gens investissaient dans de l’or physique mais pour s’en défaire, ce n’est pas une mince affaire! Beaucoup ont été refroidis tant c’est devenu compliqué, d’autant que le cours fluctue beaucoup. »

Dans 90% des cas, les investissements durables performent aussi bien ou mieux que les investissements non durables.

Restent les obligations d’Etat qui ont longtemps joué, elles aussi, le rôle de valeur refuge. « Elles ne le sont plus dans le contexte actuel pour un investisseur individuel », prévient Wim D’Haese. En cause: les taux historiquement bas. « Même s’ils montaient de très peu, il y aurait un impact négatif sur la valorisation de ces obligations alors qu’il n’y aura (presque) pas de rendement de coupon pour compenser la perte. » Surtout, ajoute Sylviane Delcuve, « tous les gouvernements ont dépensé des sommes phénoménales pour lutter contre les effets de la crise corona sur les économies. Personne ne sait encore comment ils rembourseront tout cela et on sent bien que l’avenir des dettes publiques n’est pas très serein dans les dix ans à venir. »

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2. Privilégier les actions

« Chaque épargnant a un arbitrage à effectuer entre deux variables: son horizon d’investissement et sa tolérance au risque, rappelle Bruno Colmant. Si la perspective d’investissement est longue et que des variations de marché sont tolérables, il faut investir dans un portefeuille d’actions qui protège raisonnablement contre l’inflation, pour autant que les taux d’intérêt à long terme ne montent pas brutalement. De surcroît, après retenue du précompte mobilier, le rendement courant, constitué de dividendes, se situe entre 1% et 2%. C’est, à mon sens, le meilleur choix. »

« Plus l’horizon d’investissement est long, plus on a de chances d’obtenir un rendement satisfaisant qui protège le patrimoine contre l’inflation« , ajoute Wim D’Haese. « En gardant à l’esprit que c’est plus risqué, qu’il faut parfois avoir les nerfs bien accrochés et que la Bourse n’est pas un jackpot où on gagne à tous les coups, recadre Sylviane Delcuve. Celui qui a investi en Bourse en septembre dernier n’a fait que du surplace, avec quelques petites frayeurs de temps en temps. Mais il n’y a pas vraiment d’alternative, cela reste la meilleure garantie d’avoir du rendement à long terme. Sur une longue période, la Bourse monte toujours car elle est le reflet des résultats de toutes les entreprises qui survivent et évoluent. Il peut y avoir des secousses, des accidents, mais sur le long terme, c’est toujours bon. Il faut juste ne pas rentrer ni sortir au mauvais moment. Et surtout ne jamais paniquer. »

Même à court terme, « les actions offrent un espoir de rendement total compris entre 7 et 10% pour l’année 2022« , considère Wim D’Haese. A condition de faire les bons choix, ce qui, dans le contexte actuel, n’est pas une sinécure. D’ailleurs, les investisseurs sont plutôt mitigés, à en croire le dernier baromètre ING: 29% des répondants s’attendent à une hausse de la Bourse dans les trois prochains mois, alors que 31% prévoient une baisse du cours des actions… A qui faut-il se fier? « A des spécialistes qui choisiront pour vous un portefeuille bien diversifié. Si vous ne vous y connaissez pas assez ou n’avez pas le temps de suivre vos placements, misez sur un tracker qui suit de bons indices globaux, recommande Sylviane Delcuve. Vous ne ferez pas le coup du siècle mais vous collerez au trend de la Bourse. »

Rien ne vous empêche, bien sûr, de privilégier certains types d’actions ou de secteurs qui semblent plus prometteurs. Les possibilités sont infinies, voici quelques pistes. Nicolas Deltour suggère de privilégier les actions d’entreprises qui ont le pouvoir de fixer leurs prix, comme les grandes marques par exemple, car elles pourront répercuter la hausse des coûts et protéger leur rentabilité. Wim D’Haese recommande « une approche hybride axée sur les valeurs de croissance (de qualité) d’un côté, comme la technologie, et les valeurs cycliques de l’autre, comme les financières. »

Chez ING, qui revendique une stratégie plutôt tactique sur un horizon de six mois à un an, Serge Ivlef met aussi en avant les actions de banques qui devraient profiter des hausses de taux attendues, mais également les matières premières dont les prix sont orientés à la hausse. Selon le baromètre ING, les investisseurs placent en tête des secteurs qui devraient performer: les pharmaceutiques (70% des répondants), les matières premières (62%), les entreprises actives dans l’énergie, l’eau ou les déchets (62%) et, enfin, les technologiques (61%). Mais dans le contexte actuel, la règle de base reste, plus que jamais, de « ne pas mettre tous ses oeufs dans le même panier géographique ou sectoriel », rappelle Nicolas Deltour.

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3. Viser le durable

Toutes les institutions financières mettent aujourd’hui en avant des instruments de placements dits ESG (environnement, social, gouvernance) parce qu’ils portent une attention particulière au caractère éthique et durable des entreprises cotées et de leurs activités. « Cela correspond à une mutation profonde de l’économie », confirme Bruno Colmant. Encore faut-il que les épargnants n’investissent pas à perte. « Une étude montre que dans 90% des cas, les investissements durables performent aussi bien ou mieux que les investissements non durables, donc il y a également un impact positif dans le portefeuille du client », rassure Wim D’Haese. Le mieux est de privilégier des fonds d’investissement ciblés ESG, qui sont de plus en plus nombreux. « De quoi satisfaire les préférences individuelles de chaque investisseur. »

La cherté du pétrole et du gaz renforce encore la compétitivité des énergies vertes.
La cherté du pétrole et du gaz renforce encore la compétitivité des énergies vertes.© getty images

Mais on peut investir durable de différentes façons, sans forcément passer par des instruments financiers. « Nous entrons dans une période structurelle d’énergie chère, abonde Bruno Colmant. « Ce n’est pas passager et on peut s’attendre à une hausse du prix du pétrole. Investir dans l’isolation et les économies d’énergie est toujours un bon calcul à long terme. » Pour Nicolas Deltour, la cherté du pétrole et du gaz renforce encore la compétitivité des énergies alternatives – entendez vertes – déjà soutenues par les ambitions des autorités et des réglementations qui en découlent. « Ce secteur nous semble donc prometteur. Les porteurs de solutions qui permettent d’atténuer les chocs d’inflation sont aussi intéressants. Vu que le prix des matières premières flambe, tout ce qui permet de les recycler ou d’en diminuer la consommation a le vent en poupe: l’économie circulaire a sans doute un boulevard devant elle. » Chez Belfius, « les solutions durables sont une de nos plus fortes convictions à moyen et long terme. »

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4. Faire confiance à l’immobilier

Fidèle à ses habitudes, l’investisseur belge estime que l’immobilier constituera le meilleur placement en 2022. Pas moins de 29% l’ont désigné comme l’investissement le plus rentable cette année dans le baromètre ING. Première option, populaire en Belgique: investir directement dans la brique en achetant un immeuble de rapport. Jusqu’à nouvel ordre, les taux y sont très favorables et les rendements élevés, surtout dans le contexte Covid qui a fortement alimenté la demande. Les derniers chiffres publiés par Statbel montraient une hausse de 11% du prix des maisons en Belgique au troisième trimestre 2021 par rapport à l’année précédente.

Fidèle à ses habitudes, l’investisseur belge estime que l’immobilier constituera le meilleur investissement en 2022.

« Encore faut-il privilégier les immeubles bien situés, ce qu’on appelle les top locations, prévient Sylviane Delcuve. Et se rappeler que l’immobilier locatif n’est jamais un long fleuve tranquille. » Frais d’acquisition, état des lieux, vacances locatives, loyers impayés, incertitude sur l’évolution de la fiscalité, risque de taxation sur la plus- value à la revente… « Sans oublier son caractère très peu liquide », ajoute Bruno Colmant.

La brique présente toujours du potentiel. Reste à choisir les bons segments.
La brique présente toujours du potentiel. Reste à choisir les bons segments.© getty images

D’où l’intérêt éventuel d’investir sur le marché des fonds immobiliers, « souvent considéré comme un investissement offrant un bon rendement de dividende et une bonne alternative aux obligations » dans un portefeuille, confirme Wim D’Haese. Mais le risque est plus élevé. « Il peut encore avoir du potentiel si les taux ne remontent pas trop fortement, mais il faut bien choisir les segments. Privilégier par exemple le secteur logistique à celui des bureaux. » « Attention aussi aux centres commerciaux qui se vident à cause de l’e-commerce », ajoute Nicolas Deltour.

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5. Se méfier des cryptomonnaies

S’il est un placement qui semble avoir le vent en poupe bien que rares sont les investisseurs qui en maîtrisent le fonctionnement, c’est celui des cryptomonnaies. Pour 16% des investisseurs, elles représenteront le meilleur investissement de 2022. Comme on pouvait s’y attendre, cette catégorie obtient de bons résultats auprès des jeunes: chez les moins de 45 ans, près d’un quart des personnes interrogées considèrent qu’il s’agit du meilleur investissement pour l’année, alors que seulement 10% d’entre eux estiment qu’il s’agit des actions.

Cet enthousiasme est-il justifié? Pas pour nos interlocuteurs, en tout cas. « Il faut être très prudent parce que ces monnaies sont très spéculatives et volatiles, souligne Serge Ivlef. Le bitcoin est passé il y a peu de 65 000 à moins de 40 000 dollars. Et il ne faut pas sous-estimer le risque régulatoire: le gouvernement chinois a déjà interdit de miner des cryptomonnaies sur son territoire. D’autres pourraient débrancher la prise dans le monde et certaines monnaies virtuelles ne vaudraient plus rien du jour au lendemain. »

« Moi, je ne toucherais jamais à cela, assène Sylviane Delcuve. Sur quoi repose leur valeur? Sur des ordinateurs qui tournent, sans la moindre contrepartie. Si vous perdez votre clé d’accès, vous perdez tout. Un client me racontait qu’il avait investi sur une plateforme qui a disparu du jour au lendemain: soudain, plus d’interlocuteur au bout du lien. Un autre, qu’il avait voulu convertir ses gains auprès d’une banque belge… ce que toutes lui ont refusé. Sans même parler des problèmes de pollution, de consommation d’énergie et d’émissions de CO2 que génèrent les ordinateurs servant à miner ces monnaies, ce sont des circuits parallèles qui échappent à tout contrôle. Comme l’a dit un jour le patron de JP Morgan, « à part blanchir de l’argent, je ne vois pas très bien à quoi peuvent bien servir les cryptomonnaies« . » Sinon à doper encore les valeurs technologiques qui permettent de les faire exister… « Lors de la ruée vers l’or, ce sont les vendeurs de pioche qui se sont enrichis », rappelle Nicolas Deltour.

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Des investisseurs inquiets

Les Belges ne s’y trompent pas. Si l’on en croit le dernier baromètre mensuel publié par ING en décembre 2021, les investisseurs se montrent prudents, voire inquiets. Et surtout conscients des risques qui pèsent sur l’économie, donc sur leur situation financière. A la question de savoir quel est le plus grand risque pour les marchés en 2022, 34% des investisseurs placent toujours la Covid-19 en tête, mais l’inflation se classe désormais juste derrière avec 33% des voix – et plus de la moitié chez les plus de 65 ans, qui gardent sans doute le cuisant souvenir des années 1980. Suivent le risque d’une récession (15%) et même d’un conflit armé (10%).

Enquête menée en ligne par Kantar pour ING, avec l’UGent.

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