Yvan Mayeur et Elio Di Rupo © Belga

Samusocial: « Difficile de tomber plus bas pour un socialiste »

Stavros Kelepouris
Stavros Kelepouris Journaliste pour Knack.be

Après le scandale autour du Samusocial, le politologue Carl Devos critique vivement le bourgmestre de Bruxelles Yvan Mayeur ainsi que toute une génération de membres du PS. « La position d’Elio Di Rupo n’est plus tenable ».

Le bourgmestre de Bruxelles Yvan Mayeur (PS) a été obligé de démissionner suite aux révélations autour des jetons de présence au Samusocial. Après les scandales dans l’intercommunale Publifin, c’est une nouvelle histoire d’auto-enrichissement qui fait surface au sein des socialistes francophones, douze ans après qu’Elio Di Rupo ait annoncé vouloir en finir avec les parvenus de son parti. Le politologue Carl Devos (Université de Gand) y voit l’énième faillite du PS.

Il semble que la vieille culture politique ne disparaîtra jamais.

Carl Devos: C’est une très grande crise pour le PS, très peu de temps après l’affaire Publifin. Autrefois, les problèmes restaient limités à de plus petits cercles à Liège et à Charleroi, mais à présent la crise touche Bruxelles et Laurette Onkelinx. Et surtout : c’est la énième fois qu’Elio Di Rupo court après les faits, et c’est de pire en pire. C’est le pire qu’un socialiste puisse faire, prendre de l’argent destiné aux plus faibles de la société. Et pas un petit montant. Difficile de tomber plus bas pour un socialiste.

Et il y a aussi le cas de Laurette Onkelinx: devant les caméras elle exige une transparence maximale et en même temps son partenaire essaie de bloquer juridiquement cette transparence par le biais de son cabinet d’avocats. Cela devient impossible à expliquer. Ces dernières semaines, la base du PS a déjà fait savoir que l’opération de nettoyage ne va pas assez vite, et maintenant il y a cette saga à Bruxelles qui pourrait avoir des conséquences néfastes pour le parti.

Pourtant, Mayeur devait représenter un changement de garde pour le PS.

Mayeur était considéré comme l’homme du nouveau PS, qui ferait souffler un vent frais dans la ville. Il y avait le sentiment que la vieille culture politique de Thielemans et Picqué était révolue et que tout serait différent et tout irait mieux. Eh bien, ces vieilles pratiques n’ont jamais disparu. Elles ont été poursuivies au Samusocial, le dernier endroit à faire ça. On ne peut évidemment le faire nulle part, mais certainement pas là.

Entre-temps, Elio Di Rupo semble invisible.

Ces derniers jours, on a surtout vu que le PS ne tient jamais ses promesses. Chaque fois, le parti dit qu’il fera place nette, mais tout comme Publifin, il court derrière les faits. Sa propre base ne fait plus confiance à la direction. En tant que président, Elio Di Rupo encaisse sa énième défaite. On l’a souvent dit : il n’est pas à sa place au poste de président, et c’est ce qu’on voit à nouveau aujourd’hui. Après Publifin, il a été l’image miroir de John Crombez qui a pris la tête avec le sp.a et a fait preuve de plus de sévérité que les autres. Ils se sont imposé des règles plus poussées que stipulé dans les décrets et la loi. Di Rupo inverse la situation et se demande à voix haute pourquoi les membres du PS doivent être plus sévères pour eux que tous les autres – c’était la pire réaction possible.

Il ne réussit pas à profiler son parti ou à offrir une alternative valable au gouvernement Michel. Il est toujours associé à la politique qu’il menait comme Premier ministre – qui comportait aussi des économies en sécurité sociale, un durcissement des allocations de chômage et des pensions. Di Rupo est un président faible qui doit chaque fois constater que son opération de nettoyage annoncée en grande pompe échoue. Jeudi était une journée noire pour Mayeur et le PS à Bruxelles, la position du président du PS est également devenue intenable.

En d’autres termes: Di Rupo doit démissionner?

Absolument. Le moment est venu de le faire. S’il attend encore plus longtemps, on sera beaucoup trop près des élections. Pour le parti, c’est soit le moment où les élections de 2018 et 2019 sont irrémédiablement perdues, soit le moment où une opération de redressement est encore possible. Mais si le PS souhaite encore inverser la vapeur, il est urgent de le faire. Avec un personnage comme Di Rupo, cela n’ira plus.

Depuis Publifin, le PTB détrône le PS dans les sondages. À présent, le PS voit à nouveau partir des électeurs.

On partirait pour moins. Tout ce qui se passe maintenant ne se lit que d’une seule façon. Regardez les réactions du syndicat, où l’on hésite même à se distancier du PS et à ne pas inviter les socialistes au congrès. En même temps, les syndicats, Groen et le PTB sentent de nouveaux joueurs de gauche sur le terrain, avec qui ils souhaitent peut-être construire une relation. Tout cela ne présage rien de bon pour le PS.

Le PTB a le vent en poupe, et celui-ci n’en soufflera que plus fort. Ce succès peut entraîner des conséquences extrêmes, regardez l’implosion du parti socialiste en France. Je ne sais pas si chez nous les choses iront si loin, mais les conséquences politiques en Belgique francophone, et par conséquent au niveau fédéral, peuvent être très importantes.

Est-ce la fin de la carrière politique de Mayeur?

C’est trop tôt pour le dire, il y a déjà eu des comebacks. Si l’homme disparaît quelque temps, se refait une image et puis revient, tout n’est peut-être pas perdu. Mais ce n’est pas la première fois que Mayeur fait l’objet de critiques. Rappelez-vous la vilaine discussion après les attentats de Bruxelles, sur les troupes d’extrême droite que la Flandre avait soi-disant fait défiler à Bruxelles. Ou son refus d’assister à une conférence avec d’autres bourgmestres parce que Jambon l’avait organisée. Beaucoup d’encore ont déjà coulé à propos de Mayeur le provocateur, et avec le Samusocial, il se tire tout simplement une balle dans le pied. Il a également tout à fait gâché sa propre communication. Quoi qu’il en soit, sa carrière a subi un coup énorme.

A-t-il été naïf de ne pas réaliser qu’après Publifin on ne pouvait vraiment plus refuser la transparence?

C’était soit très naïf, soit très arrogant. Je ne sais pas ce qui est pire, mais c’est un des deux.

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