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(R)évolution Tinder| Yvon, 56 ans: « Les relations peuvent s’arrêter du jour au lendemain, sans explication »

Eglantine Nyssen
Eglantine Nyssen Journaliste au Vif

Tinder fête en 2022 ses 10 ans d’existence. En une décennie, l’application a changé la rencontre. Yvon, 56 ans, a installé l’application pendant le confinement, il y recherche du sérieux. Et a surtout été déçu, entre faux profils et relations éphémères. Témoignage.

Tinder a dix ans.Le succèsde l’application est indéniable. Sortie en 2012 aux Etats-Unis, elle a été téléchargée plus de 500 millions de fois depuis son lancement. Elle compte un nombre d’utilisateurs estimé à 75 millions dans le monde. Tinder est particulièrementrépandu chez la génération Z. Les jeunes de 18 à 25 ans constituent la moitié de ses membres. Les plus de 50 ans, comme Yvon, y sont moins représentés.

Qu’est-ce que vous cherchez en allant sur Tinder?

Je suis célibataire. Je suis à la recherche d’une relation qui pourrait durer. Pas obligatoirement emménager avec quelqu’un mais vivre une relation sur une période assez longue. Pas de coup d’un soir ou de sex friends. J’ai commencé plus par curiosité, ça s’est fait assez naturellement mais pas directement après ma séparation. Je suis très honnête dans ma présentation et dans ce que je recherche, je dis ce que je pense, ce que je veux et ce que j’attends. J’utilise aussi « Disons demain », un Tinder pour les plus de 50 ans, ainsi que Happen (NDLR: une appli de rencontre basée sur la géolocalisation). J’ai aussi tenté Badoo mais ce n’est pas le type de personnes que je recherche.

Qu’avez-vous découvert?

Qu’on pouvait rencontrer plein de gens, assez différents. Qu’il y avait des profils assez sympas mais aussi beaucoup de faux profils. On sait très rapidement voir que la personne ne correspond pas aux photos. Ce sont carrément d’autres personnes. A un moment donné, on sort de l’application pour discuter plus facilement, généralement sur Whatsapp, et 80% des faux profils veulent communiquer soit par mail, soit par Hangout. A mon avis, ce ne sont pas des gens qui habitent en Belgique, je n’ai pas essayé d’approfondir la discussion. Mais il y en a beaucoup. J’ai aussi eu des surprises lors des rencontres en réel de personnes qui correspondaient pas vraiment aux photos, où la dame avait pris 25 kilos par exemple.

Je me suis rendu compte que si on reste trop longtemps, ce sont toujours les mêmes profils qui reviennent, il faut à un moment arrêter et puis se reconnecter pour avoir du renouveau. L’application, c’est la facilité. Pas beaucoup d’engagement, peu d’investissement, beaucoup de choix. On reçoit un match, on discute un petit peu et puis ça se fait ou pas. La démarche d’aller rencontrer quelqu’un dans un bar est différente.

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Est-ce que la relation via application de rencontre est différente?

On espère rencontrer quelqu’un qui va nous correspondre. Mais avec Tinder, il y a un côté zapping. On peut être sollicité de partout sans arrêt. C’est une quête infinie. Et la relation est comme ça aussi. On rencontre des gens, on va se balader, on va boire un verre. Et puis ça s’arrête là en général, s’il n’y pas l’attirance. Il n’y a plus de contact, il n’y a plus rien. Et même si ça peut durer, un peu plus longtemps (deux/trois mois), ça s’arrête toujours assez rapidement. Peu import qu’il y ait des idées, des projets, ça peut s’arrêter du jour au lendemain. La personne peut vous dire qu’elle a rencontré quelqu’un d’autre. Ca m’a parfois choqué et déçu. Ce n’est pas hyper honnête. Parfois ça colle, enfin c’est ce que la personne vous renvoie, puis du jour au lendemain ça s’arrête. Ca arrive assez souvent. L’issue des relations génère souvent de la frustration.

J’ai eu aussi des cas où des femmes vivent quelque chose avec moi et puis on se rend compte qu’il y a quelqu’un d’autre qui revient dans sa vie d’une histoire précédente et elles arrêtent là. Par exemple, une femme qui retourne vers un homme parce qu’il avait quitté sa femme. Ce que j’ai appris relationnellement parlant sur Tinder n’est pas super positif.

« Comme au supermarché »

Camille Nérac, sexologue clinicienne et membre de la Société des sexologues universitaires de Belgique, explique comment Tinder a changé les relations amoureuses ces dix dernières années.

Quels bouleversements a induit Tinder?

Tinder a démocratisé les relations sans lendemain. Pas uniquement chez les hommes. Les femmes assument, elles aussi, d’y être uniquement à la recherche de relations sexuelles. Un tabou est tombé. La facilité de la rencontre et la multiplicité des choix sont deux autres chamboulements. Cela peut inciter à une moins grande implication. On se dit que si ça ne fonctionne pas avec cette personne-là, ça ira avec une autre…

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Ce fonctionnement a-t-il aussi ses côtés pervers?

Dans un premier temps, c’est comme si on était au supermarché, l’attrait physique prime. Or, il faut bien se rappeler qu’il n’y a pas que le physique dans l’amour. On omet le côté « personnalité » dans la rencontre. Tinder peut également rendre la séduction plus compliquée dans la réalité du quotidien: on peut craindre la possibilité d’un refus alors que sur l’ application, il n’y en a pas vraiment. Il suffit que les utilisateurs se soient « likés » pour qu’il y ait « match ». Et si on n’a pas de match, on passe à autre chose. On ne se met pas vraiment en danger. Enfin, Tinder peut créer une dépendance. Cela devient tellement banal de se liker, de se rencontrer, de coucher ensemble et de repartir chacun de son côté qu’ on en oublie l’importance de l’émotion pour se concentrer sur la seule recherche du plaisir corporel.

Un conseil à donner aux utilisateurs?

Exprimer tout de suite ses attentes. Au moins, on sait à quoi s’attendre. Et je suggérerais aussi d’échanger avec le ou la partenaire avant la rencontre, pour davantage se connaître.

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