Pour Charles Michel, la deuxième année de la suédoise fédérale fut particulièrement éprouvante. © FRED DEBROCK/ID PHOTO AGENCY

Rétro 2016 : Un gouvernement fédéral en petite forme

Olivier Mouton
Olivier Mouton Journaliste

Trou budgétaire, économies douloureuses, approximations ministérielles, commissions d’enquête, tensions politiques, réformes en souffrance, erreurs politiques… : la deuxième année de la coalition fédérale fut un chemin de croix.

 » Cela fait six mois que nous n’avons plus rien de positif à vendre.  » Le constat désabusé d’un ténor libéral francophone, fin 2016, vaut plus qu’un long discours. L’année ne restera pas dans les annales comme un cru d’exception pour la suédoise fédérale de Charles Michel, installée au pouvoir en octobre 2014. Même si elle maintient le cap. MR, N-VA, Open VLD et CD&V restent liés par leur volonté de réformer le pays sur le plan socio-économique, avec l’espoir d’en récolter les fruits, à l’issue des cinq ans. Mais en matière de perception, le dynamisme initial a cédé la place aux tergiversations, en raison d’un casting discutable et de fortes tensions internes.

Le contexte de cette année ne fut guère favorable aux dirigeants fédéraux. A peine remis du lockdown désastreux de la fin 2015, le pays est frappé, le 22 mars, par les attentats de Bruxelles avec leur cortège de remises en question sécuritaires et économiques. La croissance reste molle, à 1,3 % sur l’ensemble de l’année. Face à ces complications, la cohérence du gouvernement laisse à désirer. En termes sportifs, on dirait que l’équipe Michel est contrainte de jouer défensivement, sur un terrain enneigé, en misant sur des joueurs blessés ou individualistes. Le tout face à une opposition démontée dans un Parlement devenu champ de bataille. Difficile, dans ce contexte, de viser le titre.

Après des débuts orageux en raison de la montée de la N-VA au pouvoir fédéral, la suédoise avait pourtant imposé un rythme d’enfer : réforme des pensions, baisse des charges sur le travail, tax-shift, plans successifs de lutte contre le terrorisme… Au point de devenir légitime et de railler les gouvernements francophones, à majorité PS – CDH – DéFI, accusés de reporter les charges sur les prochaines générations. Mais, depuis l’été, la mécanique fédérale est grippée par les rivalités féroces entre partenaires flamands de la majorité.

Le désordre budgétaire

La meilleure illustration est budgétaire. En juillet, le gouvernement décide de reporter l’essentiel de la négociation après les vacances. A la rentrée, un bras de fer mémorable a lieu pour combler le trou de trois milliards d’euros, revu à la baisse après quelques entourloupes, mais aussi pour tenter de poursuivre la voie des réformes structurelles.  » Le gouvernement a démontré sa capacité à prendre des décisions « , martèle Charles Michel devant les parlementaires, tandis que sa coalition se déchire. Le 14 octobre, à 22h40, le Premier lance enfin  » Agreement  » sur Twitter, comme il en a pris l’habitude en guise de clin d’oeil, avant de défendre ledit accord un dimanche à la Chambre.

Bien joué pour la com. Mais les réformes de l’impôt sur les sociétés, la taxation des plus-values et la mobilisation de l’épargne pour relancer l’économie sont reportées à des jours meilleurs. Pire : le budget, violemment attaqué par l’opposition, est considéré comme étant  » à risque  » par l’Europe : il présente un risque de  » non-conformité  » avec les objectifs fixés par l’Union. Pour une coalition qui promettait de faire le ménage dans la maison Belgique, voilà qui fait désordre. C’est comme si un entraîneur ne parvenait désespérément pas à qualifier son club pour les compétitions européennes en dépit de la prétention affichée par ses dirigeants. En football, on le licencie.

Le MR fragilisé

Perturbé, le MR perd de son flair politique et ne voit pas venir, en novembre, le missile Ceta : le refus wallon de signer le traité de libre-échange économique avec le Canada ouvre une crise aux relents internationaux. Aux yeux de l’opinion publique francophone, c’est une victoire par KO du ministre-président PS, Paul Magnette, face au Premier ministre Charles Michel. Même si le texte final ne varie en rien de l’original.

Seul parti francophone au fédéral, le MR paie ce  » casting de merde  » dénoncé en interne : la démission de la ministre de la Mobilité, Jacqueline Galant, diminue le crédit du parti, au même titre que les remous à répétition provoqués par la ministre de l’Energie, Marie-Christine Marghem. En fin d’année, l’implication du libéral Armand De Decker dans le Kazakhgate, est encore plus désastreuse, car elle ramène le MR à la vieille image d’un parti n’ayant aucun scrupule avec l’argent. Sur fond d’explosion du PTB dans les sondages. Ce n’est pas la fronde contre le président de commission d’enquête parlementaire, le CDH Francis Delpérée, qui suffira à détourner l’attention.

L’EQUIPE TYPE

CHARLES MICHEL

Même au nord du pays, où il s’était imposé avec brio, le Premier ministre a été dépeint, en 2016, comme un simple notaire des tensions entre partis flamands. Le chef de file MR cherche de plus en plus son bonheur dans la politique étrangère. Comme un certain Elio Di Rupo avant lui.

KRIS PEETERS

Le vice-Premier ministre CD&V est la bombe émotionnelle de la suédoise. Sa « bouderie » du mois d’octobre aurait pu faire tomber le gouvernement. Il a décroché une réforme introduisant davantage de flexibilité sur le marché de l’emploi, mais peine à avancer sur la taxation du capital.

JAN JAMBON

Le vice-Premier N-VA reste controversé, notamment après avoir déclaré qu’une « partie significative de la communauté musulmane » a dansé après les attentats de Bruxelles. Le ministre de l’Intérieur est, en outre, sur le gril de la commission parlementaire pour sa gestion de l’enquête préattentats.

ALEXANDER DE CROO

Le vice-Premier Open VLD n’est plus l’irresponsable qui avait « tiré la prise » du gouvernement Leterme en 2010, provoquant une longue crise. Il reste toutefois un politique surprenant, pilotant l’Etat comme une entreprise, sans grande vision, sinon son plan pour un avenir numérique.

DIDIER REYNDERS

Le vice-Premier MR est un rusé qui sait se consacrer corps et âme à son rôle de ministre des Affaires étrangères pour passer entre les gouttes des tensions belgo-belges. Le nom de l’Ucclois d’adoption est cependant cité dans le  » Kazakhgate », une source potentielle de fragilisation.

JOHAN VAN OVERTVELDT – SOPHIE WILMÈS

Le duo N-VA – MR de la gestion budgétaire est critiqué pour son manque de rigueur. Le ministre des Finances multiplie les évaluations approximatives des recettes fiscales. La ministre du Budget a remplacé avantageusement son prédécesseur, Hervé Jamar, mais manque encore de poids politique.

MARIE-CHRISTINE MARGHEM

La ministre MR de l’Energie a hérité d’un département pourri, notamment en raison du dossier de la relance des centrales nucléaires. Elle s’y comporte comme un éléphant dans un magasin de porcelaine, snobant plus souvent qu’à son tour le Parlement et irritant dans ses propres rangs.

MAGGIE DE BLOCK

Même la ministre Open VLD de la Santé voit sa popularité s’écorner, c’est dire… « Maggie » s’était engagée à ne plus faire d’économies dans la sécurité sociale, elle a pourtant dû avaler des coupes claires à hauteur de 900 millions d’euros. Le corps médical ne le lui pardonne pas.

JACQUELINE GALANT – FRANÇOIS BELLOT

La ministre MR de la Mobilité a dû démissionner en avril après une énième gaffe. Son successeur est son opposé parfait, avare de polémiques et fin connaisseur des dossiers. Des retards de la SNCB au survol de Bruxelles en passant par les routes engorgées, il hérite toutefois d’un dossier miné.

KOEN GEENS – STEVEN VANDEPUT

Le crédit initial du ministre CD&V de la Justice est écorné : le système craque de partout faute de moyens et les magistrats dénoncent les pressions politiques. Le ministre N-VA de la Défense, suspect en tant que nationaliste, braque des militaires échaudés par le relèvement de l’âge de la pension.

THEO FRANCKEN

Le secrétaire d’Etat N-VA à l’Asile et la Migration est le feu follet de cette majorité, qui vitupère sur Twitter, n’hésite pas à exprimer son opposition au cordon sanitaire ou à critiquer la justice dans le cadre du dossier de l’octroi d’un visa à une famille syrienne. Une caution  » droitière » qui sert le MR.

Comme si cela ne suffisait pas, le parti a réussi à se fâcher avec des pans entiers de la population qui lui étaient a priori favorables : policiers, militaires, médecins, avocats… En 2017, il s’agira pour la suédoise de marquer des buts et de vendre du rêve pour relever la tête. Dans un climat qui promet d’être très difficile, en raison de la préparation des élections communales de 2018.

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