Conner Rousseau © Belga

Propos de Rousseau sur Molenbeek : « Il ne faut vraiment pas être raciste pour s’exprimer ainsi »

Celine Bouckaert
Celine Bouckaert Journaliste au Vif

Mardi, Conner Rousseau, le président de Vooruit, s’est attiré les foudres sur les réseaux sociaux pour ses propos jugés méprisants et xénophobes sur Molenbeek. Il bénéficie toutefois d’un certain soutien, et pas seulement de l'(extrême) droite.

Interviewé par l’hebdomadaire flamand Humo, Rousseau a répondu à une affirmation du journaliste sur les élections présidentielles françaises : « Lors des élections françaises, la migration a de nouveau joué un rôle important. Les trois quarts des Français disent vouloir avoir le sentiment de vivre dans leur propre pays ».

« Quand je roule dans Molenbeek, moi non plus je ne me sens pas en Belgique. Mais la plupart de ces personnes sont nées ici. Le plus important, c’est qu’elles parlent notre langue et qu’elles travaillent. A Bruxelles, à cause de la pénurie d’enseignants, des gens donnent cours en arabe en classe, parce qu’ils ne parlent pas français. C’est inacceptable. Et que fait le gouvernement flamand? Il augmente le coût des cours de langue pour réduire les listes d’attente », a-t-il déclaré.

« Lamentable et insupportable »

Immédiatement, sa sortie a suscité un tollé, y compris dans sa famille politique. « Ces propos sont intolérables, stigmatisants et xénophobes. Bruxelles est une région cosmopolite avec des quartiers connaissant une grande diversité de population. Ils méritent mieux qu’un mépris digne d’une discussion de bistrot. Lamentable et insupportable », a ainsi réagi le président du PS bruxellois, Ahmed Laaouej.

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Catherine Moureaux (PS), bourgmestre de Molenbeek s’est dit dégoûtée et en colère. « Jamais venu à Molenbeek, il se met de manière caricaturale dans la roue de la droite extrême, méprisant par là 100.000 Molenbeekois… », a-t-elle tweeté.

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Indignation postmoderne

En revanche, le président de la N-VA Bart De Wever a pris la défense de son homologue socialiste. « La ségrégation réelle dans des endroits comme Molenbeek ne peut tout simplement pas être ignorée. L’indignation post-moderne qui suit chaque fois cette analyse évidente est en contradiction avec la réalité. Elle est typique de la bêtise idéologique de l’élite intellectuelle », a-t-il tweeté.

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L’extrême droite a elle sauté sur l’occasion. Le député flamand Filip Dewinter (Vlaams Belang) et le dirigeant du parti néerlandais PVV (Partij voor de Vrijheid), Geert Wilders, ont introduit une nouvelle demande d’organiser une visite de Molenbeek le 13 mai prochain, et disent inviter Conner Rousseau à les accompagner.

Une bonne mixité sociale

Interrogé sur Radio 1, Rousseau a affirmé qu’il plaidait en réalité pour une bonne mixité sociale. Il considère que dans certaines régions, on ne parle quasiment qu’arabe et que les enfants ne sont donc pas encouragés à apprendre le néerlandais ou le français, ce qui hypothèque leurs chances à l’école et sur le marché de l’emploi.

« Si je traverse un endroit à Bruxelles où la langue n’est ni le néerlandais ou le français, je pense que c’est problématique », déclare-t-il au Laatste Nieuws. Il ne voit aucune raison de s’excuser. « Je suis un président qui appelle un chat un chat ».

Il souhaite d’ailleurs que la Flandre s’inspire du Danemark, oùles parents allophones qui vivent dans des quartiers difficiles sont contraints de suivre des cours de langue, et d’envoyer leurs enfants à la crèche avant leur premier anniversaire. « Un enfant qui fréquente une crèche connaît, en moyenne, 700 mots néerlandais de plus qu’un enfant qui passe les trois premières années à la maison avec une mère non néerlandophone. Les parents doivent également apprendre le néerlandais. Les enseignants me disent qu’ils sont souvent assis en face de parents qui ne les comprennent pas. Ce n’est pas acceptable, non ? Nous devons être beaucoup plus stricts à cet égard. Mais nous n’allons cibler aucun quartier, tout le monde est égal devant la loi », explique-t-il à Humo.

Contrairement à leurs homologues du PS, les ténors du Vooruit ne sont pas choqués par les propos de leur président. Selon le quotidien De Standaard, les déclarations de Rousseau ont fait l’objet d’une réunion, et les hauts placés du parti soutiennent la position de leur président, y compris le ministre de la Santé Frank Vandenbroucke. « Est-ce que c’était un peu grossier et partial ? Oui. Mais il met le doigt sur la plaie et pour les gens, c’est reconnaissable. S’il ne l’avait pas dit de cette façon, vous ne m’appelleriez pas », déclare Bruno Tobback, l’ancien président des socialistes flamands, au Standaard.

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« Pas très malin »

Interrogé par la VRT, le politologue Carl Devos (Université de Gand) qualifie les propos de Rousseau d’exceptionnels pour un président de parti gauche. Pour lui, si le but était effectivement de dénoncer le manque de connaissances linguistiques et de mixité sociale, ce n’était « pas très malin de sa part » de s’exprimer ainsi, surtout s’il a voulu dire autre chose.

« En même temps, il faut faire la distinction entre les réactions vives du cercle d’intellectuels, de journalistes, des médias, et de politiques et le soutien dont il bénéficie auprès de beaucoup d’autres gens. Ces derniers disent en effet partager le sentiment du président. Certains se sentiront libérés de pouvoir s’exprimer sur le sujet sans être racistes ou traités de racistes », explique Carl Devos. « Il ne faut vraiment pas être raciste pour dire ça. Mais sous les précédents présidents socialistes, c’était certainement tabou », déclare-t-il encore au quotidien Het Laatste Nieuws.

Le jeune président n’en est pas à son coup d’essai. En 2021, il en avait déjà choqué plus d’un en proposant d’interdire d’avoir des enfants dans des situations où il y a un risque de maltraitance. Fin mai 2020, il confiait au Standaard qu’il pensait à une interdiction du voile aux jeunes filles de moins de 16 ans. « Nous ne devons pas être aveugles à la pression que subissent régulièrement les jeunes filles pour porter un foulard ».

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