Sarah Schlitz

Sarah Schlitz démissionne: « Sa position était devenue intenable »

Au coeur d’une polémique au sujet de son logo personnel, la secrétaire d’État à l’Égalité des chances, Sarah Schlitz (Ecolo) annonce sa démission sur la Première. Pour le chef de groupe MR à la Chambre, Benoît Piedboeuf, sa position était devenue intenable.  

En sortant de ce studio, j’irai présenter ma démission au Premier ministre. J’ai commis une erreur pour laquelle je me suis excusée, mais aujourd’hui la polémique a pris une ampleur délétère pour le climat politique. Elle occupe toute la scène politique et médiatique, et cela devient irrespirable. Je ne me suis pas engagée en politique pour cela. Je me suis engagée en politique pour des valeurs, pour la justice sociale, pour une société qui protège les femmes et les enfants, pour une société plus égalitaire et plus juste. Aujourd’hui, je souhaite m’effacer pour permettre à ce combat d’avancer et à tous les projets qui sont en cours de continuer leur chemin », a-t-elle déclaré sur les ondes de La Première.

Il y a dix jours, la N-VA a recensé une série de communications de la secrétaire d’Etat qui portent son logo personnel sans avoir reçu ni même requis l’autorisation de la commission des dépenses électorales de la Chambre. Mme Schlitz s’en est expliquée et a reçu une réprimande de la commission, comme d’autres ministres avant elle. Mais la révélation de nouvelles pièces dans la presse, en particulier le vade-mecum d’un appel à projets qui imposait en toutes lettres d’apposer le logo de la secrétaire d’Etat a battu en brèche sa défense. Des propos polémiques sur les réseaux sociaux et la production d’éléments nouveaux ce mercredi ont fini de ruiner la crédibilité des explications de la mandataire écologiste. La secrétaire d’Etat devait se présenter au parlement ce mercredi pour répondre à diverses questions orales, et jeudi la Chambre devait se prononcer en séance plénière sur la motion de la N-VA demandant sa démission. Le soutien de toute la majorité n’était pas acquis.
« Cette démission, c’est ma décision. Le Premier ministre m’a soutenu la semaine passée en séance plénière, et m’a encore réitéré son soutien hier », a-t-elle assuré, avant de préciser qu’elle n’en voulait « à personne ».

En restant à son poste, Mme Schlitz redoutait que les projets qu’elle porte et qui doivent encore être mis en oeuvre n’en souffrent à un an des élections. « Il reste un an avant les élections et il reste énormément de victoires à engranger pour la Vivaldi. Il y a du travail qui a été réalisé mais on sait que la dernière année est cruciale pour concrétiser les victoires », a-t-elle expliqué en citant le projet de loi sur les féminicide et le renforcement des lois anti-discrimination.

« Une position devenue intenable »

La position de la secrétaire d’Etat à l’Egalité des chances, Sarah Schlitz, était devenue intenable, selon le chef de groupe MR à la Chambre, Benoît Piedboeuf.

« La position devenait intenable. Il y a eu une série d’informations qui conduisaient à cette issue. C’était une position assez légère d’un membre du gouvernement qui mettait en cause le chef du gouvernement par rapport à son équipe et qui risquait donc de mettre en cause le chef d’équipe », a-t-il déclaré sur les ondes de Bel-RTL.

Le chef de groupe libéral a épinglé « une succession de déclarations peu crédibles ».  Cette démission est la deuxième à survenir en quelques mois, après celle de la secrétaire d’Etat au Budget, Eva De Bleeker. « Dans le cas d’Eva De Bleeker, on lui a reproché d’avoir dit des choses contraires à ce que le Premier ministre disait. Elle n’avait pas totalement tort dans sa présentation des faits. Ici, on est dans un autre domaine: une illégalité qu’il ne fallait pas couvrir », a souligné M. Piedboeuf.

« On aurait pu tourner la page après la commission des dépenses électorales s’il y avait eu la reconnaissance très nette d’une erreur et non le fait de charger des collaborateurs ou l’Institut pour l’égalité entre les femmes et les hommes. On aurait pu tourner la page car chacun peut commettre des erreurs mais ce n’est pas le cas. Si la défense n’était pas forte, c’est peut-être parce que les arguments derrière n’étaient pas forts non plus », a-t-il ajouté en pointant du doigt la « naïveté »,  l' »inexpérience » et  l' »amateurisme » de certains membres du cabinet de Mme Schlitz.

« Une escalade trop importante »

« La situation était intenable et il y a eu une escalade qui a dépassé ce qui était nécessaire », a estimé la vice-première ministre Groen Petra De Sutter. Cette dernière a effectué un travail honorable dans son département et  » a fait bouger les lignes dans les domaines de l’égalité des chances et de la diversité », a souligné Petra De Sutter, mercredi, dans l’émission de Ochtend sur Radio 1.

La décision de Sarah Schlitz est courageuse, a-t-elle poursuivi en regrettant l’ampleur prise par l’affaire en raison notamment des déclarations sans doute incomplètes de la secrétaire d’Etat en commission. Rétrospectivement, elle aurait peut-être dû rectifier le tir immédiatement et dire : « ce n’était pas correct », et passer à autre chose, a ajouté Petra De Sutter en refusant de parler de ‘mensonge’ de la part de la secrétaire d’Etat.

Cette dernière a pour le reste accompli un travail « plus qu’honorable ». « Je regarde le contenu et il est certainement remarquable. Les personnes qui suivent le sujet sont très satisfaites du travail accompli. Sarah Schlitz, sur l’égalité des chances et la diversité, a déplacé beaucoup de pierres dans la rivière », a poursuivi la vice-Première.

Enfin, son collègue de parti et chef de groupe au parlement, Wouter De Vriendt, a lui aussi qualifié la démission de Mme Schlitz de « décision courageuse ». « La conclusion à laquelle elle est parvenue mérite un grand respect. C’est une femme qui a le cœur à la bonne place et qui n’a pas de mauvaises intentions. Merci pour tout le travail accompli », a-t-il écrit sur Twitter.

L’affichage de ce contenu a été bloqué pour respecter vos choix en matière de cookies. Cliquez ici pour régler vos préférences en matière de cookies et afficher le contenu.
Vous pouvez modifier vos choix à tout moment en cliquant sur « Paramètres des cookies » en bas du site.

La commission Égalité des chances annulée

La séance de la commission Santé et Égalité des chances prévue mercredi à 14h00 au parlement est annulée, annonce son président Thierry Warmoes après avoir consulté les services de la Chambre.

Cette annulation fait suite à la démission de la secrétaire d’État. La personne qui succèdera à Sarah Schlitz devra ensuite venir présenter sa note de politique générale devant la commission. Cette présentation devra avoir lieu dans un délai de 6 semaines après son entrée en fonction. Il est dès lors probable que cette séance n’ait pas lieu les 9 ou 10 mai, comme annoncé dans un premier temps.

Les questions adressées à Mme Schlitz seront conservées et adressées à la nouvelle ou au nouveau secrétaire d’État. Sauf celles concernant sa personne comme, par exemple, la question sur le fonctionnement de son cabinet, a encore précisé Thierry Warmoes. Le remplaçant de Sarah Schlitz pourra déjà y répondre avant le délai de 6 semaines octroyé pour la présentation de la note de politique générale. Sarah Schlitz était attendue mercredi après-midi en commission pour répondre aux questions des députés sur sa politique.

Une nouvelle génération féministe et engagée

Sarah Schlitz incarne une nouvelle génération d’Ecolo, féministe, engagée sur les questions de société et ne craignant pas de susciter la controverse dans des débats sensibles et polarisants. Née en 1986, la Liégeoise a été durant un peu moins de trois ans la secrétaire d’Etat à l’Egalité des chances et des genres ainsi qu’à la diversité du gouvernement De Croo, cible régulière des rangs dits conservateurs.

La jeune femme était suppléante sur la liste Ecolo de Liège pour la Chambre, aux élections de 2014. Conseillère communale liégeoise au même moment, la petite-fille de l’ancien bourgmestre socialiste Henri Schlitz devient députée fédérale en octobre 2018, à la suite de la démission de Muriel Gerkens. Elle est présentée par Ecolo comme étant une « militante cycliste et féministe », « révoltée par les injustices ».

Détentrice d’un Master en sciences politiques de l’ULiège et d’un Master complémentaire en urbanisme et aménagement du territoire dans la même université, elle a travaillé chez Inter-Environnement Wallonie, ce qui l’a amenée à co-présider la « Coalition Climat » belge. Mobilisée précédemment pour la COP21, elle avait déjà l’expérience du contact avec les médias avant de se tourner pleinement vers la politique.

Aux dernières élections, après quelques mois à la Chambre seulement, Sarah Schlitz était choisie pour tirer la liste Ecolo à la Chambre en province de Liège. Comme députée, elle a fait entendre sa voix sur la question du vote de la proposition de loi dépénalisant l’avortement et assouplissant ses conditions.

Son parcours de secrétaire d’Etat n’a pas été de tout repos. Dès son entrée en fonction, elle est brocardée par les nationalistes flamands car, si elle présente sa note de politique générale à la Chambre accompagnée d’une traduction en langue des signes, elle s’exprime uniquement en français. Plus tard, l’annonce de sa participation à une réunion en non mixité choisie, réservée aux femmes, lui vaudra de vives critiques du MR. La polémique la plus vive reste toutefois celle qui a entouré la désignation d’Ihsane Haouach, femme musulmane voilée, au poste de commissaire du gouvernement à l’Institut pour l’égalité entre les femmes et les hommes. L’intéressée finira par se retirer.

Les polémiques auront souvent recouvert son action ministérielle. Elle a participé à la révision du Code pénal sexuel qui place la notion de consentement au coeur du nouveau dispositif et a porté un projet de loi sur les féminicides et un autre qui modernise et renforce les lois anti-racisme et anti-discrimination, inscrivant les discriminations multiples ou intersectionnelles dans la législation belge. Elle avait également piloté un plan pour une Belgique « LGBTQI+ friendly ».

Les révélations autour de l’utilisation de son logo personnel sur des communications publiques et ses explications erratiques au parlement ont entraîné sa démission du gouvernement.

Partner Content