Sa situation centrale et ses rues piétonnes assurent au Carré environ trois millions de chalands par an. © National

Liège: comment les commerces du Carré survivent… malgré les travaux du tram

Malgré des circonstances peu favorables, le Carré tient bon. Ses forces: l’entraide entre ses commerçants et la qualité de ses enseignes qui misent sur le service et l’exclusivité.

Inflation, crises multiples, concurrence d’Internet… Les commerçants liégeois sont confrontés, comme tous les autres, à de multiples difficultés, auxquelles s’ajoute une problématique locale: les interminables travaux du tram. Ce contexte défavorable est surtout ressenti dans le centre-ville, notamment en Vinâve d’Ile et dans la rue Pont d’Ile, une zone historiquement prisée mais où les surfaces vides se sont multipliées ces dernières années et découragent certains commerçants encore présents. Le Carré n’échappe pas aux coups, mais il a la chance, pour y faire face, de posséder des atouts.

Le quartier a, par exemple, le rare privilège d’être animé quasiment en continu, 24 heures sur 24, grâce à la présence simultanée de commerces, restaurants, boîtes de nuit et lieux culturels. Sa situation centrale et ses rues piétonnes lui assurent environ trois millions de chalands par an, et la rue Pont d’Avroy est l’une des plus fréquentées de la Cité ardente, avec un flux hebdomadaire de plus de 100 000 piétons. Le petit périmètre peut aussi se targuer d’une offre commerciale nombreuse et variée mais, plus que la quantité, c’est la qualité des magasins qui fait la différence: «Dans le Carré, on trouve des conseils, un service et une qualité qui n’existent pas ailleurs ni sur Internet, assure Aurore Morisse, antiquaire, connue notamment pour sa collaboration à l’émission Affaire conclue, sur La Une et France 2. Beaucoup de commerces proposent une offre différente, ce qui apporte une certaine exclusivité sans que les prix soient forcément inabordables.» Liégeoise d’origine, la jeune femme a installé sa galerie à la rue Saint-Adalbert voici quelques années. Un choix qui ne doit rien au hasard: «A Liège, nous avons plusieurs beaux quartiers mais je voulais un endroit qui corresponde à ma marchandise. La rue Saint-Adalbert était idéale car elle fait partie de ce piétonnier encore luxueux et, surtout, où l’on se serre les coudes entre commerçants.»

Ici, tout le monde parle en « nous »: c’est grâce à ça qu’on est toujours là.

Aurore Morisse évoque ainsi une vraie entraide entre voisins commerçants, un travail d’orchestre pour afficher une cohérence dans les vitrines, organiser des événements et contribuer à une réussite commune. «Bien sûr, il existe des commerçants négatifs, qui estiment que Liège est une catastrophe. Mais dans le quartier, nous avons une grande chance: tout le monde parle en mode « nous », « nos » commerçants, « nos » créateurs… La dynamique est complètement différente et c’est grâce à cela qu’on est toujours là.»

Des loyers toujours élevés

Selon l’échevinat du commerce, le taux de vacance commerciale est resté plutôt stable dans le Carré ces dernières années: dans ce qui est considéré comme le «Carré au sens strict» (rues d’Amay, Tête-de-Bœuf, des Célestines et Saint-Jean-en-Isle), environ 18% des superficies sont vides – contre 20% en 2010. On observe, par contre, une légère contraction de l’offre commerciale (- 3,5%) «sans doute due à la crise vécue par le secteur de l’habillement, très dominant dans cette zone». Si des enseignes ferment, ou déménagent, et que des locaux restent longtemps vides (notamment dans la galerie Pont d’Avroy), d’autres commerces continuent de s’installer dans le quartier. En témoigne, notamment, l’ouverture remarquée du concept-store des Petits Riens, l’an dernier, à la rue du Pot d’Or.

L’antiquaire Aurore Morisse estime que le quartier doit miser sur son âme et ses spécificités.
L’antiquaire Aurore Morisse estime que le quartier doit miser sur son âme et ses spécificités. © Todayinliege

Certains Liégeois, comme Aurore Morisse, observent même une montée en gamme de la zone, qui n’est peut-être pas étrangère aux loyers qui y sont pratiqués… Malgré les crises, les prix des locations commerciales s’y sont en effet maintenus et restent plus élevés que la moyenne liégeoise. Selon les chiffres du Bureau du commerce de la Ville, les tarifs moyens dans le Carré «luxueux» (rues de la Casquette, Pont d’Avroy, Saint-Adalbert…) s’élèvent ainsi à 475 euros/m2/an. «Les loyers peuvent être prohibitifs, d’autant plus que les charges atteignent des tarifs exorbitants avec la crise de l’énergie, souligne la galeriste. Heureusement, certains propriétaires sont compréhensifs et font des gestes provisoires. C’est primordial pour conserver des commerçants indépendants en cette période difficile.»

Pour que les commerces du Carré puissent résister à l’inflation, à la concurrence d’Internet, aux travaux du tram, Aurore Morisse estime également que le quartier doit miser sur son âme et ses spécificités: «On vient dans le Carré pour se faire du bien et voir du beau et, en tant que commerçants, notre rôle est d’offrir des services et un accueil qui poussent les clients à se déplacer et à revenir. Plus que jamais, c’est maintenant qu’il faut être persévérants, optimistes et innovants.» Ensemble, évidemment.

Rénovations progressives

Ces dernières années, le Carré a subi quelques solides transformations de son paysage. L’un des changements majeurs est l’élargissement de son piétonnier. Au départ, il se limitait principalement à ses rues internes, comme celles du Pot d’Or, des Célestines ou Tête-de-Bœuf. Les rues Saint-Adalbert et du Mouton-Blanc ont rapidement rejoint la liste à la fin des années 1980, mais c’est seulement depuis les années 2000 que l’ensemble du quartier est piéton – à l’exception du boulevard de la Sauvenière. La circulation des bus dans la rue Pont d’Avroy a en effet pris fin après les travaux qui y ont été réalisés en 2008, tandis que la rue de la Casquette a été rendue aux piétons après des rénovations en 2014. Le Carré fait ainsi partie intégrante du grand piétonnier de l’hypercentre liégeois qui, dans quelques années, s’étendra jusqu’aux places Cathédrale, Saint-Paul, Xavier Neujean et autour de l’opéra.

Le quartier sera aussi, un jour (mais allez savoir quand il surviendra) desservi par le tram, qui passera à hauteur du boulevard de la Sauvenière. En attendant, les rénovations se poursuivent à l’intérieur du Carré: après la rue Tête-de-Bœuf, terminée en 2021, ce sera bientôt au tour de la rue Saint-Jean-en-Isle de subir des travaux d’égouttage et de réaménagement. Les travaux devraient débuter en 2024 ou 2025.

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