La Meuse indispensable pour l’eau potable des Flamands: se dirige-t-on vers une pénurie?

Noé Spies
Noé Spies Journaliste au Vif

La Meuse est indispensable pour l’approvisionnement de la Flandre en eau potable. Le changement climatique fait craindre des pénuries. En 2019 et 2020, on a déjà frôlé les limites.

Dans les décennies à venir, la Meuse risque davantage de manquer d’eau en été. Cela pourrait compromettre l’approvisionnement en eau potable en Flandre et dans le sud des Pays-Bas. C’est le message alarmant d’une étude de l’institut de recherche néerlandais Deltares, commandé par les compagnies d’eau potable.

Sept millions de Flamands et de Néerlandais dépendent de la Meuse pour leur eau potable, révèle le journal flamand De Standaard. En Flandre, l’approvisionnement se réalise grâce à un détour le long du canal Albert : 40% de l’eau du robinet flamande est extraite de ce canal.

La Meuse puise principalement son eau dans les précipitations. En cas de période de sécheresse, cela se fait sentir. Et en cas réchauffement brutal, l’eau peut s’évaporer de façon conséquente. La période critique est la fin de l’été, en août et septembre. « Dans presque tous les scénarios climatiques, le débit de la Meuse diminue pendant les mois d’été », explique Marjolein Mens, experte à Deltares, dans le journal néerlandais NRC.

La Flandre doit-elle s’en inquiéter ? La réponse est oui, pour le professeur Patrick Willems, ingénieur hydraulique à la KU Leuven. « Dans les scénarios moyens, le débit estival de la Meuse pourrait déjà diminuer de moitié d’ici la fin de ce siècle. Dans le pire des cas, ce sera 70 % », dit-il au Standaard.

Accord avec les Pays-Bas

La Meuse ne fournit pas seulement de l’eau potable à la Flandre. De nombreuses activités économiques dépendent également du fleuve. Les bateaux qui transitent sur le canal Albert participent à l’activité commerciale flamande. Un certain nombre d’entreprises sont aussi reliées au canal : l’industrie chimique ou les centrales à béton sont directement concernées.

Selon les chiffres de l’étude, environ 470 millions de mètres cubes d’eau de la Meuse sont consommés annuellement en Flandre. 140 millions sont destinés à l’eau du robinet, tant pour les familles que pour les entreprises. L’industrie représente 204 millions de mètres cubes supplémentaires. L’agriculture, la nature et les loisirs absorbent 100 millions de mètres cubes. Enfin, 20 millions supplémentaires sont nécessaires pour l’énergie.

La Flandre a conclu un traité avec les Pays-Bas dans lequel un débit minimum garanti de l’eau de la Meuse a été convenu. Si le débit descend en dessous de 60 mètres cubes par seconde, 10 mètres cubes doivent être laissés intacts, afin qu’il y ait encore suffisamment d’eau qui coule dans la Meuse pour ne pas mettre en danger l’écologie de la vallée. Le reste est réparti à parts égales entre la Flandre et les Pays-Bas. Si le débit chute encore à 30 mètres cubes par seconde, il y a officiellement pénurie. Dans ce cas, 10 mètres cubes seraient réservés à l’écologie, la Flandre et les Pays-Bas se contenteraient alors de 10 mètres cubes chacun.

Avec les 470 millions de mètres cubes que la Flandre utilise annuellement, la région a besoin de 15 mètres cubes par seconde, dont 4 pour l’eau potable et 7 pour l’industrie. Avec un approvisionnement de seulement 10 mètres cubes, on peut donc bien parler de pénurie d’eau pour la Flandre.

Que ferait-on, dans ce scénario ? Le « plan de débranchement » serait activé. Concrètement, il serait demandé aux citoyens de réduire ou arrêter leur consommation d’eau. Le préjudice économique pour le canal Albert s’élèverait à 450 millions d’euros par jour.

On a déjà frôlé les limites

A quel point avons-nous été proches d’une situation de crise ? En septembre 2019, le débit de la Meuse est tombé à 35 mètres cubes par seconde. En septembre 2020, il a flirté avec le seuil critique de 30. « En fait, nous sommes en difficulté à partir 40 mètres cubes, car alors la Flandre ne peut en retirer que 15, ce qui est déjà insuffisant », explique Patrick Willems au Standaard.

Alors que les Pays-Bas ont encore de grands réservoirs d’eau dans lesquels puiser, la Flandre n’en a pas, ou seulement pour tenir trois petites semaines. Transport de l’eau à partir de régions où elle est encore disponible ? Possible, mais pas durable.

Dès lors, face à ces risques, les gestionnaires de l’eau et les sociétés d’eau potable doivent anticiper des solutions. Dans un futur proche, il n’est pas improbable que entreprises doivent purifier et réutiliser leurs eaux usées, tandis qu’il serait demandé aux ménages d’être plus économes avec l’eau du robinet.

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