Un débat vit, au sein du MR de Georges-Louis Bouchez, sur la culture, comment la financer, et ce qu’elle rapporte économiquement à l’Etat. © BELGA

Le verbatim houleux d’une réunion interne au MR: «Je commence à très mal vivre qu’il faille protéger la culture et tout ce qui est non-productif»

Sylvain Anciaux

La hausse de la TVA sur la culture, et dont les tickets de festivals, a fait se confronter les visions politiques, au MR. Certains estiment que c’est un nouveau coup dur pour un secteur à la peine, d’autres qu’il faut d’abord financer les secteurs à forte valeur ajoutée.

L’accord surprise sur le budget fédéral en aura étonné plus d’un, lundi matin, y compris de par ses augmentations de TVA çà et là, notamment sur la culture et les tickets de festivals. D’abord le secteur culturel (qui tombait des nues), mais aussi des élus MR, qui n’avaient pas l’air beaucoup plus au courant. Ainsi, mercredi, Georges-Louis Bouchez et son état-major sont venus expliquer l’accord et ses surprises à la nonantaine d’élus MR qui composent le Conseil du parti.

Parmi eux, il y a Charles Gardier. Député de la Fédération Wallonie-Bruxelles, mais surtout… cofondateur et codirecteur des Francofolies de Spa. Il va sans dire que le Spadois voit d’un mauvais œil l’augmentation de 6 à 12% de TVA sur la vente des tickets de «son» festival notamment. Contacté, Charles Gardier réserve la plupart de ses commentaires à l’interne. Mais Le Vif s’est procuré un verbatim du conseil de mercredi, où Georges-Louis Bouchez défend une position plutôt toute personnelle de la culture, qui n’a pas plu au grand manitou des «Francos».

La culture, un secteur qui coûte ou qui rapporte ?

«Il faut aussi se poser la question si on n’a pas trop de festivals en Belgique, et particulièrement en Fédération Wallonie-Bruxelles», osait le Montois, qui déplore les critiques sur la hausse de la TVA. Georges-Louis Bouchez estime que si ces événements culturels ne sont pas viables, «il faut peut-être réfléchir à la manière dont on organise les choses». Le libéral ne dit pas «qu’il faut une culture qui est 100% rentable», mais il s’exaspère en revanche des aides publiques «à chaque fois que quelqu’un veut porter un festival». Une vision que ne partage pas Charles Gardier, tout en concédant que certaines structures privées, même subsidiées, sont également déficitaires. «C’est juste une vision économique. Quand je mets de l’argent public et que la structure est déficitaire, tout économiste te dira que c’est non productif. Je suis désolé de te le dire.»

«Une chose me heurte, et je ne peux m’y résoudre : le regard de désinvolture, presque d’ingratitude, que nous semblons porter aujourd’hui sur la culture.»

L’échange s’est terminé brièvement, les débats à la Chambre étaient sur le point de commencer, mais il s’est poursuivi sur WhatsApp, où Charles Gardier a étendu sa pensée. Une pensée que Le Vif s’est procurée. «Une chose me heurte, et je ne peux m’y résoudre: le regard de désinvolture, presque d’ingratitude, que nous semblons porter aujourd’hui sur la culture.» Le libéral rappelle l’importance sociale de celle-ci durant la crise sanitaire, et estime que la culture est abandonnée alors que le programme du MR démontrait son importance, y compris sur l’économie du pays. «Le secteur culturel se remettait à peine des coupes budgétaires des entités fédérées et ne s’attendait pas à nouveau à être la cible des économies, certes nécessaires. Je m’étonne par ailleurs, qu’aucune mesure transitoire ne soit mise en place… Les opérateurs devront donc rogner sur un bénéfice qui s’étiole d’année en année, s’il se présente.»

Contacté par Le Vif, Georges-Louis Bouchez a répété en substance la réponse adressée, sur ce même groupe WhatsApp, à Charles Gardier. «Je ne connais personne qui n’aime pas la culture tant elle est diverse et multiple. Mais on peut aimer la culture et s’interroger sur les subsides et leurs usages. En conclusion, si des choses doivent être modifiées dans cet accord [budgétaire], je ne pense pas que ce soit cette TVA sur les festivals mais bien des mesures qui touchent les entreprises.» Dans son message, Charles Gardier rappelait pourtant le rayonnement économique de la culture. «Demandez à votre Horeca, vos commerces et même… vos communes comment leur budget vivrait sans la culture. Leurs réponses m’intéressent. Et puis, nous avons prôné, à juste titre, une autre forme de financement de la culture. Amener du privé à se rendre compte de l’importance de cet investissement pour la vie de la cité, leur image personnelle aussi.»

Au MR, diverses visions et diverses priorités

En ce sens, Georges-Louis Bouchez affirme qu’il entamera bientôt un travail avec Charles Gardier pour réformer et encourager le mécénat (un travail déjà entamé depuis longtemps par le Spadois), et qu’ils présenteront un texte à la Chambre. Cette réforme permettra certainement au président libéral de ménager la chèvre et le chou dans son parti. «La culture crée de la valeur, mais elle est d’abord subsidiée, calcule Bouchez. On a besoin de secteurs qui créent de la valeur, pour ensuite pouvoir lever des impôts, et financer d’autres secteurs. J’attends des députés libéraux qu’ils s’inquiètent d’abord pour ces premiers secteurs», dit-il au Vif.

«Je commence à très mal vivre qu’à tous les niveaux de pouvoir, il faut préserver le non-marchand, la culture, tout ce qui, désolé de le dire, est non-productif. Et de l’autre côté, tout ce qui est productif on n’en a rien à foutre.»

Ce travail a cependant tout intérêt à faire son chemin, pour Georges-Louis Bouchez. Car le MR abrite en son sein, comme les autres partis certainement, des divergences tant sur le fond que sur la forme. «Charles n’est pas isolé, Georges-Louis n’en n’a rien à faire de la culture, et ça irrite beaucoup de monde au MR», glisse un discret libéral. Pourtant, seul Michel De Maegd a pris la défense du boss des Francofolies et manifesté une certaine inquiétude sur une hypothétique rentabilité économique nécessaire à la culture. Contacté également, le député fédéral estime qu’il faut considérer ce sujet comme un «important secteur économique, pourvoyeur de plus de 115.000 emplois et de 4% de l’emploi en Wallonie et à Bruxelles. Parler d’un secteur productif ou non n’a pas de sens, quand on parle de culture, on parle d’entrepreneurs et d’indépendants qui prennent des risques.»

En attendant, Georges-Louis Bouchez aiguise ses armes car il sait que l’accord budgétaire noué lundi n’est pas si inscrit dans le marbre. «Si les Engagés viennent avec l’idée d’avoir une exception sur la culture, nous on va venir avec d’autres choses. Mais moi il y a un truc que je commence à très mal vivre, c’est qu’à tous les niveaux de pouvoir, il faut préserver le non-marchand, la culture, tout ce qui, désolé de le dire, est non-productif. Et de l’autre côté, tout ce qui est productif on n’en a rien à foutre.»

Vous avez repéré une erreur ou disposez de plus d’infos? Signalez-le ici

Expertise Partenaire