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On voit la N-VA partout, au sens littéral du terme

Muriel Lefevre

La N-VA est omniprésente en ces jours qui précédent les élections. Panneau, publicité dans les journaux et banner sur les sites : c’est une véritable orgie. Et ce n’est pas seulement parce que c’est le parti le plus riche.

Des politiciens qui rient en groupe à gorge déployée, des courreurs cyclistes parcourant les routes de Flandre ou encore tout un livret électoral inséré dans un journal: en matière de publicité électorale, la N-VA tape fort, tape large ces derniers jours. Elle est omniprésente dit De Morgen, et ce tant dans les médias traditionnels que sur Internet.

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Les nationalistes flamands ont une tradition de grandes campagnes électorales à la pointe et donc coûteuses. Pensez aux publicités autour du Pacte de Marrakech ou encore ce qu’on a appelé le coup de tonnerre, lorsque tous ses membres ont envoyé le même message à l’approche des élections de 2014. « Déjà en 2014, la campagne de la N-VA a été notablement plus coûteuse et plus importante que celle des autres partis « , déclare le politologue Bart Maddens (KU Leuven) dans De Morgen. Mais celle de 2019 est en passe de la surpasser de la tête et des épaules.

On voit la N-VA partout, au sens littéral du terme
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Elle, comme pratiquement chaque parti flamand à l’exception du Vlaams Belang où tout est produit en interne et qui est surtout présent sur les réseaux sociaux (car en partie blacklisté sur les autres supports), a fait appel à une boite de communication pour les aider. Ainsi, la N-VA s’est à nouveau associée au flamboyant Erik Saelens de Brandhome. Grâce à lui, le parti a atteint des sommets sans précédent en 2014. Ses nains de jardin en plastique jaune avec le signe V sont restés dans la mémoire. Une participation qui se veut pourtant discrète puisque lui-même, comme le parti, se refuse à tout commentaire dit le Standaard. Dans son livre Gebrandmerkt, Saelens révèle tout de même comment, selon lui, ils ont gagné les élections de 2014. En partie grâce au mantra : « Il faut tirer en premier ». En attaquant par la bande, la N-VA a forcé ses adversaires à endosser un rôle de suiveur. Une stratégie qui s’appuie, forcément, beaucoup sur les réseaux sociaux. Un domaine où le fait d’avoir d’importantes finances est un avantage.

Les partis flamands consacrent près de 230.000 euros à leur campagne sur Facebook

Les partis flamands ont consacré au moins 229.900 euros à des publicités sur le réseau social Facebook au cours des derniers mois, ressort-il d’une analyse réalisée avec l’outil en ligne inzicht.io. Entre le 15 mars et le 14 mai, les partis du nord du pays et leurs présidents ont donc dépensé près de 230.000 euros. Le budget réel investi par ces formations politiques est probablement plus élevé, estiment les quotidiens. Le plus grand diffuseur de publicités est le Vlaams Belang, qui a libéré au moins 149.800 euros à cette fin. Le CD&V est celui qui a dépensé le moins, tandis que le PVDA n’a pas eu recours du tout au système, si ce n’est son président Peter Mertens. Les annonces sur Facebook peuvent coûter de 100 à 50.000 euros. Selon l’institut de recherche Vives de la KU Leuven, si les dépenses consacrées aux campagnes numériques peuvent sembler élevées, elles restent faibles par rapport aux dépenses totales. Les chercheurs se réfèrent à leurs propres recherches sur la campagne des élections municipales du 14 octobre 2018. Comme échantillon, ils ont choisi le district de Louvain, qui se compose de trente municipalités. Même s’il est toujours un peu hasardeux de généraliser des résultats à partir d’un cas particulier, l’étude montre que seulement 7,8 % en moyenne ont été consacrés à la campagne numérique. Le Vlaams Belang étant le parti qui lui aura accordé la plus grande part avec 17 % .

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L’institut de recherches Vives de la LU Leuven a aussi fait une projection des dépenses électorales de cette année en se basant sur les données de 2014. Les chercheurs prévoient que tous les partis et candidats, flamands et francophones, dépenseront pas moins de 32,5 millions d’euros sur l’ensemble de la campagne cette année. La N-VA devrait mener la campagne la plus coûteuse avec un coût total estimé de 5,9 millions d’euros. Les sommes que les partis dépensent pour les médias en ligne peuvent donc surprendre, mais par rapport au budget total, ce n’est en fait pas grand-chose. Les dépliants électoraux et les affiches de politiciens ne disparaîtront donc pas immédiatement des rues.

La N-VA, le plus riche des partis

La N-VA est le plus riche de tous les partis en Belgique, en partie, grâce au fait que c’est le plus important en nombre de votes et qu’il peut donc compter sur une confortable dotation.

Lire aussi : La très riche N-VA

Cela ne l’autorise tout de même pas à faire exploser le budget. Depuis 1989, il existe en effet un plafond à ne pas dépasser en période électorale. Ainsi, chaque parti a une limite budgétaire. Par exemple, pour la N-VA, il se situe à 1 million d’euros par campagne électorale. Qu’importe qu’il y ait trois élections ce dimanche, cela reste plafonné à 1 million. En plus de cela, une somme est octroyée à chaque candidat dépendant à la fois de sa place sur les listes, de ses résultats aux précédents scrutins et enfin, de la circonscription dans laquelle il se présente. Le plafond de ce montant dépend donc de la taille de la circonscription. Pour celle d’Anvers, la plus importante de Flandre, c’est 54.937 euros par siège +1. Dans les faits, cela signifie que la N-VA en ayant onze sièges peut dépenser cette somme douze fois. Pour les autres candidats de la liste, ceux qui n’étaient pas élus et le premier suppléant, c’est un maximum de 5.000 euros. Pour les autres suppléants, c’est 2.500 euros chacun. Les partis qui n’ont pas de candidat élu, comme le PVDA, peuvent tout de même nommer un candidat qui pourra, lui, dépenser un peu moins de 55.000 euros.

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Les candidats ne paient généralement pas la campagne de leur poche. Les partis supportent une partie de ces frais. Cela représente, en moyenne, 79.9 % des coûts. « Ils proposent par exemple d’imprimer un dépliant les représentant. En échange, chaque candidat offre une partie de son montant maximum. En fait, c’est de cette façon que les partis transfèrent l’argent aux listes provinciales « , dit encore Maddens.

Ce système de financement entraîne néanmoins de grandes différences dans les budgets électoraux des différents partis. En supposant qu’elle utilise son maximum, celui de la N-VA s’élève à 6,6 millions d’euros. Le CD&V a lui 5,2 millions d’euros. Suivent ensuite l’Open Vld (4,8 millions), le sp.a (4,6 millions), Groen (4 millions) et le Vlaams Belang (3,7 millions). Cela ne choque pas plus que ça Maddenspour qui la Belgique est encore relativement égalitaire dans ce domaine: « après tout il est normal que le plus grand parti puisse mener la campagne la plus chère », précise-t-il dans De Morgen.

Et en Wallonie ?

Comme en Flandre, chaque formation se voit attribuer un million d’euros maximum par campagne électorale, peu importe le nombre de scrutins différents. Ici aussi une somme est octroyée à chaque candidat dépendant à la fois de sa place sur les listes, de ses résultats aux précédents scrutins et enfin, de la circonscription dans laquelle il se présente. Du coup, pour le PS, le mieux loti, le budget est 4,4 millions. C’est 4,1 millions pour le MR, 3,5 millions pour le cdH et 3,3 millions pour Ecolo. Enfin le PTB/PVDA est lui plafonné à un peu plus de 5 millions.

Ce qui fait que, pour toute la Belgique et tous les partis confondus, c’est 59 millions d’euros qui pourront être utilisés par les candidats. Il s’agit de limites théoriques et tous les partis ne vont pas jusque-là dans leurs dépenses. On estime qu’en moyenne, on utilise un peu plus de la moitié des dépenses autorisées. Soit que sur les 59 millions, seuls 32,5 millions sont réellement utilisés.

Les chiffres définitifs de frais de campagnes ne seront connus que d’ici quelques mois. On notera tout de même que si, par mégarde, un parti devait dépasser le plafond imposé, il verrait son élection tout simplement invalidée. Le contrôle des budgets de campagne est réalisé par une commission instituée à la Chambre, composée de députés et de trois experts indépendants.

Aux communales, c’est le cdH qui a été le plus dépensier

La Commission de contrôle des dépenses électorales a publié en avril le montant dépensé par les partis politiques reconnus, pour les élections communales, provinciales et CPAS du 14 octobre dernier. Chacun des quatre grands partis francophones était limité à 372.000 € de dépenses. Ici aussi, tous les partis sont restés sous le maximum autorisé. Le plus dépensier a été le cdH avec 302.186,65 €. Il est suivi par le MR qui arrive en deuxième position avec 271.152,22 €. Le PS arrive en 3e avec des dépenses pour 222.763,32 €. Ecolo est loin derrière avec 148.569,92 euros. Le PTB, qui était lui limité à 75.000 € car il présentait moins de 50 listes dans les différentes communes, est lui aussi resté en dessous en affichant 49.853,46 €.

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