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Novak(x) Djokovic, le champion impopulaire (portrait)

Noé Spies
Noé Spies Journaliste au Vif

Caractère instable, le Serbe fait souvent parler de lui et sait se rendre impopulaire. La saga diplomatique et sanitaire qui le concerne en marge de l’Open d’Australie en est une nouvelle preuve. Effet rétro sur une carrière glorieuse mais mouvementée.

Le contexte

La Cour fédérale australienne a rejeté le recours de Novak Djokovic contre son expulsion du pays, ordonnée par le gouvernement qui estimait que le numéro un mondial, non-vacciné contre le Covid-19, représentait un « risque sanitaire ».

Cette décision, prise à l’unanimité par les trois juges de la Cour, enterre définitivement les espoirs du Serbe de 34 ans de conquérir, lors de l’Open d’Australie qui débute lundi, un 21e titre record en Grand Chelem.

Des titres en veux-tu en voilà. Un des plus beaux palmarès de l’histoire du tennis. Novak Djokovic a tout du champion parfait. A quelques détails près. A 34 ans,  » Djoko  » semble toujours en recherche constante de reconnaissance de la part du public. Il se sent mal-aimé.  » Nonante pour cent du temps, voire plus, je joue contre mon adversaire et aussi contre le stade. J’ai l’habitude, mais je suis humain, j’ai des émotions, et il m’arrive d’être agacé quand on me provoque « , avouait-il, en juillet dernier, à Wimbledon. D’où vient ce manque de popularité envers le Serbe que l’AFP qualifiait récemment d' »affable, respectueux, disponible, drôle, patriote et ouvert sur le monde, intelligent, cultivé, polyglotte » ?

Pour endiguer ce désamour du public, le N°1 mondial n’a cessé de multiplier les initiatives. Au risque d’être accusé de surjouer. A Roland-Garros, il s’exprime chaque année dans un français toujours meilleur et plaisante avec les spectateurs. Après sa première victoire, en 2016, il trace même un grand coeur sur la terre battue. Opération séduction. Quand le gazon de Wimbledon lui sourit, il n’hésite pas à le goûter. Djokovic est capable d’amuser la galerie, même dans les rencontres à haute tension. Blagueur dans l’âme, il prend un malin plaisir à imiter les autres joueurs du circuit.

Passé la trentaine, « Nole » adopte des petites astuces bien personnelles pour maintenir son haut niveau de performance. Un régime sans gluten qui l’a rendu, dit-il, plus résistant, du yoga et d’autres méthodes plus ou moins étranges : une chambre à oxygène pour la récupération, un gourou pour le mental, des visites à une mystérieuse  » pyramide  » en Bosnie (en fait, une colline) pour l' » énergie « , selon l’AFP.

Seulement voilà. Il se saborde régulièrement par des initiatives malheureuses, ou des coups de sang en plein match. Hors du terrain, ses prises de position sont rarement neutres. Récemment, il s’est clairement affiché contre le vaccin anti-Covid. Son discours sur la science a toujours été marginal, flirtant avec le complotisme, la paranormalité, voire l’extrême droite. Au printemps 2020, il déclarait, lors d’un live Instagram, connaître « des gens qui, grâce aux pouvoirs de la prière, ont réussi à transformer la plus polluée des eaux en eau la plus pure. Parce que l’eau réagit à nos émotions.  » En juin 2020, il organisait un tournoi dans les Balkans, en pleine pandémie, qui a viré au cluster de coronavirus. Le tollé fut général.

Alors, quand les ondes sont positives, le joueur laisse transparaître ses émotions. Sentir le public de l’US Open le pousser dans sa tentative de réussir le Grand Chelem sur une année lui avait tiré des larmes en plein match. Mais comme si la balance ne pouvait jamais se stabiliser, l’imbroglio sanito-diplomatico-politico-sportif actuel à Melbourne fait à nouveau plonger sa cote de popularité.

Novak n’a pourtant rien d’un enfant gâté. Issu d’une famille modeste, il a passé la majorité de son enfance entre Belgrade et la petite station de ski de Kopaonik où son père tenait le restaurant familial, non loin d’un court de tennis. Le jeune prodige, qui a éclos dans un club en Allemagne, a aussi traversé des périodes traumatisantes. La guerre du Kosovo, alors qu’il n’avait que 12 ans, l’a profondément marqué, lui qui a passé ses nuits dans des abris antiaériens pendant deux mois et demi pour échapper aux bombardements de l’Otan. Aujourd’hui, il s’investit pour le destin des enfants serbes. Ne jamais oublier d’où l’on vient, c’est aussi la marque des champions. Populaires ou non.

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« Personnellement, je suis opposé à la vaccination et je ne voudrais pas être forcé par quelqu’un à être vacciné afin d’être apte à voyager. Mais si ça devient obligatoire, que se passera-t-il ? »

Lors d’un Live Facebook, en avril 2020.

« Ces dernières années, j’ai le sentiment que l’âge n’est qu’un nombre. Je ne me sens pas si vieux. Je suis un joueur de tennis plus complet que je ne l’ai jamais été. »

A Eurosport, le 11 juillet 2021.

« Mon rêve est que chaque enfant, en Serbie et partout dans le monde, puisse développer son potentiel. »

Dans un communiqué de la Banque mondiale, le 26 août 2015.

Dates clés

1987 Naissance, à Belgrade.

2008 Remporte son premier Grand Chelem, en Australie.

2011 Devient 1er mondial à l’ATP, le 4 juillet.

2021 Remporte son 20e Grand Chelem, le 11 juillet, à Wimbledon.

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