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Mohamed Toujgani: l’imam indésirable (portrait)

L’interdiction de séjour de l’imam molenbeekois Mohamed Toujgani, annoncée le 13 janvier dernier, a fait l’effet d’une bombe à Bruxelles. De tendance fréro-salafiste, il est considéré comme « un grave danger pour la sécurité nationale ». Portrait.

Arrivé en Belgique dans les années 1980, l’imam marocain Mohamed Tojgani (graphie officielle) a été banni pour dix ans par le secrétaire d’Etat à l’Asile et à la Migration, Sammy Mahdi (CD&V), sur la base d’une note de la Sûreté de l’Etat faisant état d' »extrémisme », d' »ingérence » et d' »espionnage » au profit du Maroc. Le caractère tardif de cette décision ne laisse pas d’étonner. La mosquée Al-Khalil de Molenbeek, où il officiait encore il y a quelques mois, fut créée en 1985 par la branche syrienne des Frères musulmans. Depuis l’émergence du PJD marocain (Parti de la justice et du développement, de la même obédience), elle a évolué. Jamais, cependant, Al-Khalil n’a demandé sa reconnaissance officielle. Sa salle de prière accueille plus de trois mille fidèles et ses centres de formation sont fréquentés par des centaines d’adultes et d’enfants, hors de tout contrôle de l’Exécutif des musulmans de Belgique (EMB). Apparemment, les dons de ses fidèles lui ont suffi pour s’étendre au coeur du vieux Molenbeek.

Sur les appels diffusu0026#xE9;s sur le Webu003cemu003eu003cstrongu003e: u0022J’appelle […] les jeunes u0026#xE0; prendre garde u0026#xE0; certains messages sur Internet, comme l’appel au djihad, l’annonce du nouveau califat, l’appel u0026#xE0; la haine envers ceux qui ne sont pas musulmans, l’allu0026#xE9;geance u0026#xE0; un qui s’autoproclame guide des croyants.u003c/strongu003eu003c/emu003eu0022

Dans Le Soir, le 11 fu0026#xE9;vrier 2016.

Mohamed Toujgani (à ne pas confondre avec l’Anversois Taher Tusgani, président du Conseil belge des théologiens et du Conseil européen des oulémas marocains financé par le Maroc) a été l’un des interlocuteurs privilégiés de feu le bourgmestre Philippe Moureaux (PS) et, plus récemment, du ministre de la Justice, Koen Geens (CD&V), auteur, en 2016, d’une courbette mémorable devant le prédicateur devenu indésirable. C’était l’époque où, après les attentats islamistes organisés et perpétrés par une phalange majoritairement issue de Molenbeek, l’Etat recherchait le soutien de la Turquie et du Maroc pour enseigner une version plus modérée de l’islam que celle de Daech.

Sur les sionistes: « Seigneur, fais que le sang des martyrs soit une arme sous les pieds des sionistes oppresseurs, et que ce sang soit un feu ardent qui les brûle et un vent qui les fustige. […] O Seigneur, démolis-les. »

Aujourd’hui, le ton a changé. La relation avec l’Etat marocain s’est dégradée. Le ministre de la Justice, Vincent Van Quickenborne (Open VLD), ne craint plus de dénoncer son ingérence (le fait de vouloir infléchir secrètement la politique d’un autre pays) et l’espionnage de ses ressortissants souvent binationaux. Autre élément neuf: l’affaire Ihsane Haouach, du nom de la Bruxelloise que Sarah Schlitz (Ecolo), secrétaire d’Etat à l’Egalité des genres, voulait propulser à la tête de l’Institut pour l’égalité des femmes et des hommes. Cet épisode a mis en lumière l’entrisme des héritiers putatifs des Frères musulmans. Selon nos informations, le service de renseignement civil a d’ailleurs fourni au ministre de la Justice un nouveau rapport sur la confrérie.

Par le passé, l’imam Toujgani n’a pas toujours été en phase avec les volontés de Mohammed VI, ni même, dit-on, du père de celui-ci, Hassan II. A Tanger, il était considéré comme un salafiste formé aux traditions saoudiennes (ce qui n’est pas nécessairement un défaut pour le Maroc), alors qu’en Belgique, il s’est inscrit dans la mouvance FM, participant à diverses manoeuvres en vue de contrôler l’EMB et la Grande Mosquée. Au début des années 2000, il a combattu la réforme de la Moudawana (code du statut personnel) promue par Mohammed VI en vue de donner plus de droits aux femmes. Lui-même est un exemple d’archaïsme patriarcal, puisque, selon la Sûreté de l’Etat, il pratique la polygamie (bigame). Antisémite camouflé en antisioniste, ses éructations de 2009 contre l’Etat d’Israël et son appel à tuer les « sionistes » (il avait déjà dérapé en 2006) ont été rendus publics en 2019. Un peu contraint, il s’était excusé, plaidant la solidarité avec Gaza. Des associations musulmanes prennent sa défense, louant sa « modération » et sa « volonté d’ouverture », tandis que d’autres voix dénoncent une « islamophobie d’Etat ».

Dates clés

1955 Naissance à Assifane (près de Tanger, au Maroc).

2017 Président de la Ligue des imams de Belgique.

1er octobre 2021 Le tribunal de la famille de Bruxelles statue positivement sur sa demande de nationalité belge. Le parquet fait appel de la décision.

12 octobre 2021 Retrait pour dix ans de son permis de séjour.

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