Les "boulets", de g. à dr.: Paul Magnette, Egbert Lachaert, Georges-Louis Bouchez, Tom Van Grieken, Bart De Wever. © ID/Fred Debrock/Belga Image

Magnette, Lachaert, Bouchez, Van Grieken, De Wever: les cinq boulets d’Alexander De Croo

Nicolas De Decker
Nicolas De Decker Journaliste au Vif

Les sondages pour le parti d’Alexander De Croo sont catastrophiques. S’ils se confirment aux élections de 2024, ils sonneront le glas de sa carrière de Premier ministre qui n’aura duré qu’une législature. Il est pourtant populaire. Mais (au moins) cinq présidents de parti compromettent son avenir politique.

C’était un moment comme un autre, de l’ordinaire d’un homme élevé pour que tout lui réussisse, mais que le quotidien condamne depuis plusieurs mois aux plus déprimants échecs. Il venait, en deux fois, de faire avaler aux écologistes la prolongation, pour dix ans, de deux réacteurs nucléaires contre une fort incertaine « accélération de la transition énergétique ». C’était une décision sur laquelle les sept partenaires avaient marqué leur accord, d’abord le 14 mars sur les prix de l’énergie, puis le 18 mars sur le nucléaire et la transition.

Ça avait même été plus facile que ce qu’il avait redouté, d’ailleurs. Alexander De Croo, ce vendredi 18 au soir, se disait qu’il allait enfin être un peu tranquille avec cette histoire de nucléaire, qu’il allait enfin pouvoir s’occuper de questions un peu moins déchirantes pour lui et sa majorité, par exemple, disons, l’Ukraine: rien de tel qu’une guerre cruelle et pas trop lointaine pour se refaire une stature.

Trente-six heures plus tard, la guerre était redevenue proche. Tous les partenaires étaient d’accord vendredi sur le compromis de vendredi, mais dimanche était déjà un autre jour. A midi, sur le plateau du zevende dag de la VRT, le très amical président de l’Open VLD, Egbert Lachaert, s’apprêtait à débattre avec le chef de groupe N-VA à la Chambre, Peter De Roover. L’ exercice est des plus convenus pour un politique, qui célèbre quand il est dans la majorité et qui dénonce quand il est dans l’opposition. Mais ce dimanche-là allait encore cuire le cerveau d’Egbert Lachaert.

Depuis le circuit automobile où il se détendait, Georges-Louis Bouchez avait enregistré une courte interview pour la VRT dans laquelle il affirmait qu’il fallait prolonger davantage que deux réacteurs. Egbert Lachaert allait donc devoir célébrer un accord dénoncé non pas seulement par l’opposition, mais aussi par la majorité. Et Peter De Roover pouvait s’amuser de se dire d’accord avec celui qui avait validé l’ accord avant de le dénoncer. Ce n’était pas la première fois pour les libéraux flamands, mais on a beau dire, ils ont du mal à s’y faire.

Quelques jours plus tard, le sondage trimestriel Le Soir/RTL plaçait l’Open VLD sous la barre des 10% en Flandre, laissait Alexander De Croo à la première place des politiques les plus appréciés, et contenait Egbert Lachaert à la cave des popularités personnelles, confirmant le drame du centre et de la droite non séparatiste en Flandre: l’Open VLD (et le CD&V avec lui) sont en train de se faire écrabouiller de partout.

Si rien ne change, si le parti du Premier ministre se retrouve sous les 10% aux élections législatives et régionales de 2024, celui-ci aura perdu à la fois son pari et son parti. Sa carrière à lui sera finie et l’existence de son parti menacée.

Ne pas faire grand chose pour ne rien rater

Alexander De Croo avait pourtant parié, à l’été 2020, que sa Vivaldi sauverait son pays, ressusciterait son parti et, tant qu’à faire, le ferait entrer dans l’histoire. Le pari, au début, avait été assez réussi. Les sept partis de la majorité s’étaient accordés pour ne pas faire grand-chose afin de ne rien rater, et Alexander De Croo était, assuraient-ils, la personne qu’il fallait pour mener cette mission à bien.

Il reste maintenant deux ans à De Croo pour parvenir à se libérer de ses boulets

Le président du plus gros parti de sa coalition se fiait tant à lui qu’il lui avait laissé le 16 rue de la Loi, auquel pourtant Paul Magnette aurait pu prétendre.

Le président de son propre parti s’était tant appuyé sur sa popularité qu’ils avaient pu changer de coalition favorite sans qu’Egbert Lachaert n’ ait trop l’air d’un homme de peu de parole.

Le président du parti frère libéral francophone avait tant eu besoin de lui pour rester dans la coalition fédérale que Georges-Louis Bouchez n’ avait pas trop fait de misères à son partenaire.

Le président du grand parti de droite nationaliste flamande s’était si grossièrement offusqué de cette trahison libérale que Bart De Wever se drapait de l’air capricieux du mauvais perdant qui ne veut pas faire fonctionner un pays, lui.

Le président du grand parti d’extrême droite nationaliste flamande s’était si brutalement dressé contre ce gouvernement de la dernière chance pour la Belgique que Tom Van Grieken prenait l’air dangereux du révolutionnaire qui veut tout brûler, lui.

D’atouts à boulets

Ces cinq-là (dans la coalition d’Alexander De Croo, les écologistes, les chrétiens-démocrates et les socialistes flamands sont de forts sympathiques accompagnants, eux) étaient à leur manière ses principaux atouts d’octobre 2020. Ils sont aujourd’hui devenus les plus lourds boulets d’Alexander De Croo. Paul Magnette ne lui fait plus guère confiance, Egbert Lachaert ne profite pas de sa notoriété, Georges-Louis Bouchez n’a jamais brillé par sa gratitude, Bart De Wever s’amuse de voir le gouvernement du pays ne pas fonctionner et Tom Van Grieken se plaît à pouvoir faire ce qu’il veut sans être confronté.

Ils sont devenus lourds à Alexander De Croo, mais pas spécialement parce qu’ils lui en veulent, ou parce qu’ils ne l’aiment pas. Ils sont devenus ses boulets parce qu’ils ont calculé que leur intérêt était celui-là.

Ces cinq boulets d’Alexander De Croo le condamnent non seulement à ne pas faire grand-chose, mais, en plus, à le rater. Il lui reste maintenant deux ans pour parvenir à s’en libérer.

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