Karikal, 2022. © Jacques BAGE

L’oeuvre de la semaine: Le jardin des couleurs

Guy Gilsoul Journaliste

« Karikal », le titre de ce tableau de Jacques Bage pourrait renvoyer à la cité éponyme du Pondichéry et sculptures polychromes de son Saniswara Temple.

En réalité, tous les autres titres des compositions de l’octogénaire belge, évoquent des noms de villes lointaines. Leur seule évocation renvoie aux harmonies chromatiques chaque fois différentes, toujours joyeuses de l’artisanat textile, des murs peints ou encore des teintes qu’offre le soleil de l’aube aux paysages de « Sherpur » dans le Bengladesh. Et de citer Mahina en Tahiti, Occambamba au Pérou ou encore Agra, le pays du Taj Mahal.

Pourtant, on se tromperait si on imaginait le peintre cherchant, comme le fit le paysagiste abstrait Olivier Debré, à enrichir sa palette au contact des lieux les plus divers qu’il aurait visité. Non, parce que, tout simplement, Jacques Bage, quand le temps est au sec, peint dans son jardin. C’est la tiédeur du vent, le mouvement ondulatoire des graminées, celui des feuilles sur les arbres et les couleurs des pétales qu’il écoute et dont il entend l’harmonie. Il serait donc plutôt un voyageur immobile, accueillant les accords les plus fins, les plus naturels comme il s’en décline en Amérique du sud, en Inde ou ailleurs.

Mais de ce jardin, à lui seul tout l’univers, il ressent aussi la géométrie secrète faite d’entrecroisements de plans séparés les uns des autres par des contours précis, droits souvent, courbes parfois. Des limites qui sont moins des frontières rigides que des lieux de rencontres entre des couleurs pâles qui n’auront jamais de nom tant leur subtilité vient de mélanges savants et que d’autres, plus intenses encadrent afin que du centre, toujours, s’épanouisse le plaisir de l’insaisissable.

La joie aussi d’expérimenter la façon dont « une couleur, écrivait le peintre Josef Albers dans son livre sur l’interaction des couleurs, n’est jamais vue telle qu’elle est réellement ». En fonction de sa voisine immédiate, elle peut se faire plus claire ou plus chaude par exemple. « Juxtaposer deux couleurs me met dans un état d’excitation » poursuivait l’artiste allemand un temps lié à l’aventure du Bauhaus. Certaines sont même plus actrices que d’autres, plus influençables comme celles utilisées ici dans la partie centrale de la composition de Jacques Bage. La fenêtre ainsi proposée demeure ouverte comme l’est son jardin.

Une fois la toile terminée, le peintre belge ouvre un atlas et choisit un nom de ville dont la sonorité, une association de voyelles et de consonnes, est d’abord, une musicalité. Comme l’oeuvre est une musique. Comme le jardin du peintre.

MM Gallery. Place du Jeu de Balle, 68 à Bruxelles.

Jusqu’au 1er mai. Du mercredi au vendredi de 10h30 à 12h30 et de 15h à 18h. Samedi et dimanche, de 10h à 18h.

www.mmgallery.be

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