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Légiférer, repenser les maisons de repos: « Les normes sont focalisées sur certains aspects, mais en oublient d’autres »

Ludivine Ponciau
Ludivine Ponciau Journaliste au Vif

Jean Macq, professeur à la faculté de Santé publique et à l’Institut de recherche santé et société (IRSS) de l’UCLouvain, identifie des dysfonctionnements dans la réglementation du secteur mais aussi de réelles pistes d’amélioration.

Le réseau des maisons de repos et de soins a besoin d’être réformé. Quels problèmes en matière de réglementation identifiez-vous?

Entendre parler de ces établissements comme moyen pour se faire de l’argent, ce n’est pas nouveau. En juin 2020, le cabinet de Christie Morreale (NDLR: ministre wallonne de la Santé, PS) avait demandé un état des lieux des leçons à retenir de la première vague Covid, en matière d’isolement des personnes âgées mais aussi de disponibilité du personnel. Quand on parle de maisons de repos et de soins, il y a l’aspect « maison » et le fait de se sentir bien, chez soi, et il y a l’aspect « soins », qui renvoie à la sphère de l’hôpital. Il existe toujours une tension entre ces deux logiques. Ces dernières années, on observe une double tendance. La première est que l’on mise sur de plus grandes structures: la maison de repos et de soins (MRS) est devenue une extension de l’hôpital, certains groupes hospitaliers en sont d’ailleurs propriétaires. Avec un risque d’oublier l’humain. Par rapport aux soins, on constate aussi qu’il y a un problème d’encadrement, que recruter des médecins coordinateurs reste difficile. La deuxième tendance concerne l’encadrement en soins infirmiers. Là, il y a un problème de normes. Je m’explique: pour définir le financement des maisons de repos (MR) et le cadre du personnel des soins infirmiers, normalement, on catégorise les personnes âgées en fonction de l’échelle de Katz, qui repose sur une mesure de la capacité de la personne à assurer des activités de la vie quotidienne. Le problème de cette échelle, c’est qu’elle est très focalisée sur un certain type de dépendance mais qu’elle masque d’autres aspects. C’est la raison pour laquelle on utilise de plus en plus le BelRail (Belgian resident assessment instrument). Il permet d’évaluer de façon beaucoup plus globale la situation d’une personne âgée, dont son état mental, son statut cognitif, sa capacité à marcher, son traitement médical. L’objectif, à terme, c’est que le BelRail se généralise partout en Belgique – c’est déjà plus ou moins le cas en Flandre – et permette de mieux définir les ressources nécessaires dans les maisons de repos.

A priori, les contrôles se font aujourd’hui de façon inopinée mais avant ce n’était pas nécessairement le cas.

Ne faut-il pas également revoir la stratégie de contrôle des institutions?

Après la sixième réforme de l’Etat, il y a eu un transfert de compétences. Toutes ces fonctions de contrôle qui, autrefois, étaient de la responsabilité du fédéral, ont dû être réanimées et relancées à l’échelon des Régions. A priori, les contrôles se font aujourd’hui de façon inopinée mais il est clair qu’avant, ce n’était pas nécessairement le cas.

Et comment résoudre le problème de l’encadrement infirmier?

Il concerne surtout le nombre d’infirmier(e)s mais aussi l’enseignement qui ne s’attache peut-être pas suffisamment à la spécificité de la gériatrie. Il faudrait donc assurer une formation continue. L’autre difficulté, c’est qu’on a vu arriver dans les maisons de repos des personnes qui sont de plus en plus dépendantes, en moins bonne santé. Parce qu’elles arrivent plus tard, qu’elles restent plus longtemps chez elles, mais aussi pour des raisons politiques: on substitue des lits MRS aux lits MR, ce qui est une bonne chose en soi, mais qui signifie que ces personnes ont besoin de plus de soins. Ce que je veux dire, c’est que la difficulté de l’encadrement des soins infirmiers n’est pas quelque chose de neuf et s’est aggravée au fil du temps.

Jean Macq, professeur à la faculté de Santé publique et à l'Institut de recherche santé et société (IRSS).
Jean Macq, professeur à la faculté de Santé publique et à l’Institut de recherche santé et société (IRSS).© DR

Que fait-on aujourd’hui pour améliorer les choses, puisqu’on a identifié les problèmes?

En Région wallonne, on est très conscient de cette problématique. Un groupe planche sur la manière de mieux connecter les activités, notamment de soins, des MRS avec d’autres structures, soit le domicile et la première ligne, soit le milieu hospitalier. Ce qui devrait nous permettre de faire mieux que ce qu’il y a pour le moment.

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