Marie-Martine Schyns

Le Pacte d’excellence, chantier-phare de la législature en Fédération Wallonie-Bruxelles

Le Vif

Ça ne fait pas l’ombre d’un doute: quand les historiens feront à l’avenir la chronique de cette législature 2014-2019 en Fédération Wallonie-Bruxelles, ils ne devront pas réfléchir bien longtemps sur l’événement principal à en retenir.

Peinant souvent à exister médiatiquement dans la lasagne institutionnelle belge, le gouvernement de la Fédération a pourtant mis ces cinq années à profit pour lancer l’un des chantiers les plus vastes menés ces dernières décennies dans le royaume. Et ce dans un domaine ô combien important: l’enseignement.

Il est vrai qu’il y avait plutôt urgence en la matière en Fédération Wallonie-Bruxelles. Depuis des années, diverses études internationales alertaient sur les bien piètres performances de son système scolaire, tant pour la qualité des apprentissages que pour la lutte contre les inégalités sociales.

En 2015, décidé à s’attaquer à ce triste constat, le gouvernement de la Fédération lance, sous l’impulsion de la ministre de l’Éducation Joëlle Milquet, le ‘Pacte pour un enseignement d’excellence’. Avec une originalité: plutôt que les décideurs politiques, ce sont les acteurs de l’enseignement qui échafauderont eux-mêmes les solutions à mettre en place.

S’en suivront près de deux années de discussions entre les associations de parents, les syndicats enseignants et les fédérations de pouvoirs organisateurs. Ces acteurs accoucheront finalement d’un vaste plan de réformes à mettre en oeuvre sur deux à trois législatures au total!

Quand, en avril 2016, Joëlle Milquet démissionne de son poste après son inculpation pour la gestion de son cabinet lorsqu’elle était ministre de l’Intéreur, puis en juin 2017, quand Benoît Lutgen débranche la majorité PS-cdH, beaucoup d’observateurs jugent alors l’avenir du Pacte définitivement compromis.

Et pourtant, contre vents et marées, à force d’opiniâtreté et de concertation, la nouvelle ministre de l’Éducation Marie-Martine Schyns (cdH), aidée par le ministre-président Rudy Demotte (PS), parviendra à mener à bien les deux gros chantiers législatifs du Pacte, à savoir la réforme de la gouvernance des écoles et l’allongement du tronc commun.

Toujours en matière d’enseignement, d’autres dossiers auront agité la législature qui s’achève: la mise sur pied (un peu chaotique) du cours de philosophie et de citoyenneté, l’entrée en application (encore plus chaotique) du décret sur les titres et fonctions des enseignants, la création de nouvelles places scolaires, ainsi que la pénurie des enseignants.

En revanche, malgré les intentions affichées en début de législature, aucun changement n’aura finalement été apporté au controversé décret régissant les inscriptions dans le secondaire, PS et cdH ne parvenant pas à trouver un quelconque terrain d’entente.

Dans l’enseignement supérieur, ce quinquennat ne fut pas non plus de tout repos, et parfois à l’instigation du… Fédéral.

En effet, dès l’ouverture de la législature, la ministre fédérale de la Santé Maggie De Block exigea de la Communauté française qu’elle limite le nombre de ses futurs médecins diplômés pour respecter le contingentement fédéral de praticiens, sous peine de ne plus leur délivrer de numéros Inami.

Contraint et forcé, le ministre de l’Enseignement supérieur Jean-Claude Marcourt (PS), opposé à toute sélection l’entrée des études, se résoudra la mort dans l’âme à instaurer un concours en fin de 1er bachelier.

Celui-ci sera toutefois rapidement invalidé par le Conseil d’État à la suite de la polémique autour des étudiants « reçus-collés ». Toujours sous pression du Fédéral, la Fédération sera finalement contrainte de se doter d’un examen d’entrée en bonne et due forme en médecine et dentisterie, comme organisé depuis 20 ans déjà en Flandre…

Autre feuilleton: le projet controversé de fusion entre l’UCLouvain et l’Université Saint-Louis, contrebalancé ensuite par un autre projet de mariage entre l’Ihecs et l’ULB. Source de fortes tensions entre partenaires de majorité (et institutions universitaires), ce double chantier échouera finalement à quelques encablures des élections.

Plume incontestable au chapeau du ministre Marcourt, cette législature aura aussi vu l’adoption très attendue du décret révisant la formation initiale des enseignants, qui passera dès 2020 de 3 à 4 ans. Cette réforme, jugée elle aussi cruciale pour améliorer la qualité de l’enseignement francophone, était annoncée depuis pas moins de deux décennies déjà.

En matières culturelles enfin, le bilan n’est pas mince non plus, même si l’action d’Alda Greoli (cdH) a parfois fait grincer quelques dents dans les milieux artistiques. Citons notamment la révision des contrats-programme, l’opération Bouger les lignes, la réforme de la gouvernance culturelle et des instances d’avis. Sans oublier bien sûr l’introduction du prix unique du livre, une réforme qui elle aussi se faisait attendre depuis plusieurs décennies.

La réforme du tronc commun votée en plénière jeudi

La commission Education du parlement de la Fédération Wallonie-Bruxelles a relu samedi, sur demande du groupe MR, le rapport de commission suivant les débats au sujet du projet de décret organisant le futur tronc commun dans le cadre du « pacte d’excellence ». Le texte en lui-même sera discuté et finalement voté jeudi (2 mai) en plénière.

Les députés de la commission ont accordé leur confiance aux rapporteurs, à la suite de cette relecture demandée pour cause de débats très tardifs. Dans la nuit de mardi à mercredi, la commission Education du parlement de la communauté française avait, après un débat-marathon de près de 18 heures, approuvé le projet de décret, qui doit redéfinir et moderniser le tronc commun pour tous les élèves de l’enseignement francophone, de la maternelle jusqu’à la troisième année du secondaire. La majorité PS-cdH a voté pour, le MR a voté contre, Ecolo, dans l’opposition, s’est abstenu.

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