Opinion

Mélanie Geelkens

La sacrée paire de Mélanie Geelkens: « La femelle humaine, souvent, préfère vivre dans l’enclos des convenances plutôt que de galoper librement dans les champs » (chronique)

Mélanie Geelkens Journaliste, responsable éditoriale du Vif.be

Tandis qu’elle s’impose dans le darwinisme égalitaire, la femelle humaine continue àse soumettre d’elle-même à certains étranges comportements serviles, à l’instar des chiens qui n’osent s’éloigner trop de leur maître, même lorsqu’ils ne portent ni collier ni laisse.

La femelle humaine est un spécimen paradoxal. Une espèce hautement résiliente: des millénaires de chasse violente, discriminatoire, infériorisante n’ont jamais entraîné son extinction. La rudesse du climat patriarcal semble même aiguiser ses capacités de survie. Là où, sous les coups, tant d’animaux finissent par courber l’échine, elle aboie, griffe et se cabre d’autant plus indomptablement.

Mais tandis qu’elle s’impose dans le darwinisme égalitaire, la femelle humaine continue à se soumettre d’elle-même à certains étranges comportements serviles, à l’instar des chiens qui n’osent s’éloigner trop de leur maître, même lorsqu’ils ne portent ni collier ni laisse.

Cette attitude singulière se manifeste clairement durant la parade amoureuse. Alors qu’elle pourrait aisément s’éprendre d’un spécimen masculin tout en chérissant sa propre liberté, la femelle humaine, généralement, commence à se soumettre. Elle ne sort, par exemple, quasiment plus jamais seule ou entre congénères soeurs, ou alors si peu, préférant adapter son mode de vie à celui du mâle, ne s’autorisant quelques distractions que lorsque celui-ci se distrait déjà lui-même. Pensant peut-être que le mâle sus-cité serait incapable de se sustenter par lui-même en son absence. Ou craignant de lui déplaire. A cet égard, il est frappant de constater que ce dernier ne souffre absolument pas de contraintes similaires (qu’elles soient réelles ou imaginées). Accouplement ou pas, le mâle humain continue simplement à vivre sa vie.

Bref, la femelle humaine, souvent, préfère vivre dans l’enclos des convenances plutôt que de galoper librement dans les champs. Cette inclination à l’oubli d’elle-même se manifeste d’autant plus fortement lorsque la parade amoureuse est suivie d’une fécondation puis d’une mise-bas. La femelle humaine ne se définit alors généralement plus d’abord en tant que telle, mais bien en tant que « mère ». Sorte d’espèce à part, supposément plus haut classée dans la taxinomie du monde vivant. Son degré de disponibilité, déjà faible, devient alors proche du néant. La mater, de son nom latin, ne s’autorise absolument plus à prendre du temps pour elle-même, ne consacrant son temps qu’aux tâches d’allaitement et d’éducation. Là où la chatte (comme bien d’autres espèces) ne prête ses mamelles qu’un court laps de temps, puis retourne vivre son indépendante vie lorsque ses chatons sont autonomes, la femelle humaine, elle, reste persuadée qu’elle est absolument indispensable à sa tribu, quitte à reléguer le mâle au second plan.

Souvent, elle ne part plus chasser l’euro, ou alors seulement à mi-temps, estimant que cette activité de subsistance est avant tout masculine. Et aggravant, par la même occasion, sa dépendance. Financière, cette fois. Fréquemment, sa congénère la plus proche devient sa belle-mère et elle ne se déplace plus qu’en meute familiale.

Parfois, cette existence devient oppressante (d’autant que la parade amoureuse n’est alors plus qu’un souvenir flou et lointain) et la femelle humaine rompt avec son mâle. Elle renoue, par conséquent, avec des congénères devenues étrangères à sa meute et les petiots vivent une semaine sur deux dans des tanières différentes (condamnant le mâle à assumer un rôle qu’il avait fui jusque-là). La femelle humaine l’admettra rarement publiquement, toute éplorée qu’elle est censée être à la suite de l’éloignement de sa progéniture, mais elle savoure dès lors ce mi-temps de liberté. Cette liberté qu’elle avait petit à petit délaissée. Bien qu’au fond, personne ne le lui avait jamais demandé.

Agence de casting cherche modèle impossible

Agence de casting cherche modèle… « à la cellulite et aux poignées d’amour ». Mais attention! Petites, les poignées. Taille 40, grand max (idéalement taille 36-38), stipule l’annonce sur ce site français, concernant le tournage d’une publicité ayant lieu à la fin janvier. Qui indique, par ailleurs, que la cellulite doit se situer sur le haut des cuisses (pas plus bas, gaffe! ) et sur les fesses. Qui doivent être « belles et bombées mais pas trop musclées ». Ou comment résumer toutes les injonctions impossibles faites au corps des femmes en une seule annonce.

L’exemple français

Sur proposition de la députée de la France insoumise Clémentine Autain, l’Assemblée nationale française a voté, le 13 janvier, une résolution visant à reconnaître l’endométriose comme une affection de longue durée. Ce qui permettrait une prise en charge des soins, le droit à un arrêt maladie et à des possibilités d’aménagement du travail. « Ce n’est pas un problème de femmes, c’est un problème de société », a déclaré, pour sa part, la députée Agir ensemble Lise Magnier. En France comme en Belgique, l’endométriose concerne en moyenne une femme sur dix.

La phrase

« La pornographie, c’est un immense mensonge que la société a maintenant l’obligation de regarder en face. […] La pornographie, tout ce que c’est, c’est du viol érotisé, de la violence sexuelle érotisée, de la haine érotisée. Ce n’est en aucun cas de la sexualité. »

L’ avocate française Lorraine Questiaux, le 12 janvier, sur le plateau de Mediapart, à propos du dépôt de deux plaintes pour incitation à la haine raciale, déposée à l’encontre d’acteurs du milieu du porno.

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