Opinion

Mélanie Geelkens

La sacrée paire de Mélanie Geelkens: « Il y a des sujets, comme ça, sur lesquels le féminisme ne se mettra jamais d’accord » (chronique)

Mélanie Geelkens Journaliste, responsable éditoriale du Vif.be

Les femmes ne sont pas une minorité parmi les autres. Elles sont, numériquement, majoritaires dans le monde. Tant que les discriminations à leur encontre n’ auront pas pris fin, les minorités (statistiquement réelles) ne pourront pas non plus prétendre à l’égalité. Un travail d’équipe. Pas d’opposition.

Ils s’étaient photographiés tous les trois devant cette belle bâtisse, la pose calculée afin que l’adresse n’apparaisse pas clairement. Cette demeure n’avait rien d’un hasard: derrière ces grandes vitres écrit (et vit) J. K. Rowling. Ceux qui avaient déniché son adresse personnelle n’avaient rien de Harry Potter. Militants des droits pour les personnes transgenres, ils avaient publié le cliché (durant vingt-quatre heures) sur Twitter. L’ autrice avait porté plainte, considérant qu’il s’agissait là d’une tentative – supplémentaire – d’intimidation, elle qui « a reçu tellement de menaces de mort qu’elle pourrait en tapisser sa maison ». Mais la police britannique a estimé, le 17 janvier, selon la BBC, qu’aucun acte criminel n’avait été commis.

Circulez, y a rien à voir. Même plus le nom de l’écrivaine sur certaines écoles qui le portaient, en Grande-Bretagne. Débaptisées. Distanciés, certains acteurs de la saga. Invisibilisée, la créatrice, dans la récente émission spéciale dédiée aux 20 ans de l’octalogie. Tout ça pour un tweet, datant de 2020 et réagissant à un article titré Créer un monde post-Covid plus égalitaire pour les personnes qui ont leurs règles. « Je suis sûre qu’on avait un mot pour désigner ces personnes, avant, avait-elle commenté. Que quelqu’un m’aide. Fammes? Fommes? Fimmes? »

Avec des menaces de mort, Dora Moutot pourrait, elle aussi, se refaire une déco. Créatrice du populaire compte Instagram tasjouis, qui démystifie la sexualité, elle est la cible d’un cyberharcèlement soutenu depuis qu’elle refuse d’utiliser le néologisme « menstruators » ou l’expression « personnes à vulve » à la place de « femmes ». « Je pense que [ce] mot ne doit pas refléter un ressenti mais une réalité biologique », a-t-elle justifié sur son compte. Ajoutant que l’effacement politique du sexe au profit du concept du genre est « un danger pour les droits des femmes ». En plus des centaines de messages haineux et menaçants (« On anéantira ta carrière », « Tu mérites juste la torture »…), son nom a été tagué dans les rues, assorti d’appels à la « buter ».

En octobre dernier, un reportage de la BBC racontait comment certaines lesbiennes étaient menacées de mort (encore) pour avoir déclaré n’avoir aucune envie de coucher avec une personne trans. A Bruxelles, une association de défense du droit des femmes a décidé de cesser d’utiliser le mot « femmes » de crainte d’être taxée de transphobe.

Il y a des sujets, comme ça, sur lesquels le féminisme ne se mettra jamais d’accord. Le port du voile, entre celles qui le voient comme un inoffensif (voire émancipateur) bout de tissu et les autres comme un outil d’asservissement. La prostitution, métier dégradant et réducteur versus moyen d’émancipation économique. Mais, aux dernières nouvelles, aucune fille de joie n’a organisé une campagne de cyberharcèlement à l’encontre d’émetteurs d’opinions contraires. Les idées se combattent à coup d’autres idées, pas de haine.

Questionner le concept de genre n’est sans doute pas synonyme de transphobie, et ne justifie aucunement une promesse d’agonie. Quel moyen d’action très masculin, la violence! Les femmes ne sont pas une minorité parmi les autres. Elles sont, numériquement, majoritaires dans le monde. Tant que les discriminations à leur encontre n’ auront pas pris fin, les minorités (statistiquement réelles) ne pourront pas non plus prétendre à l’égalité. Un travail d’équipe. Pas d’opposition.

R.I.P., Marie-Claire

Quand le procès s’est achevé, Marie-Claire a changé de prénom. Elle venait de l’ombre et voulait y retourner, après avoir bousculé l’histoire. En 1972, cette aide-soignante avait été poursuivie par la justice française pour avortement illégal. Violée alors qu’elle était mineure, elle avait avorté ; son violeur l’avait dénoncée. Marie-Claire, défendue par la jeune avocate Gisèle Halimi et acquittée, s’était ainsi retrouvée au coeur d’un retentissant procès devenu politique. Trois ans plus tard, la loi Veil autorisait l’IVG. Marie-Claire est décédée le 23 janvier, à 66 ans.

25e

La Belgique figure en 25e place de la première édition de l’Indice mondial de la santé des femmes. Cette étude, lancée dans 116 pays, sonde la santé des intéressées par le prisme des soins, de la maternité mais aussi des violences domestiques. En Belgique, 16% des 15 – 39 ans, 21% des 40 – 59 ans et 35% des femmes de plus de 60 ans se disent handicapées dans leur vie quotidienne en raison de problèmes de santé.

Virginie Efira
Virginie Efira© belga image

Ave Cesar

Trois actrices belges figurent parmi les candidates en lice pour la prochaine cérémonie des Césars: Virginie Efira, pour sa prestation dans Benedetta, de Paul Verhoeven (meilleure actrice), Cécile de France (meilleur second rôle féminin) pour Illusions perdues, de Xavier Giannoli, et Salomé Dewaels, dans la catégorie « meilleur espoir féminin », également pour Illusions perdues.

Vous avez repéré une erreur ou disposez de plus d’infos? Signalez-le ici

Partner Content