Opinion

Mélanie Geelkens

La sacrée paire de Mélanie Geelkens: dans l’industrie du porno, « excitant » rime avec « avilissant » (chronique)

Mélanie Geelkens Journaliste, responsable éditoriale du Vif.be

Le filme Pleasure, actuellement dans les salles, raconte l’histoire sombre d’une jeune fille prête à tout pour percer dans l’industrie du porno. Quitte à être battue, violée, torturée. Un long métrage dérangeant, heurtant. Mais pas très éloigné de la réalité: ces derniers mois, plusieurs affaires de viols dans le milieu X ont éclaté. Sans que ça rebute les consommateurs…

Le film était programmé à 22 heures, dans un cinéma où un bruit de chips mastiquées équivaut à un crime de lèse-majesté. Pleasure débute par un gros plan d’anus, que l’héroïne est en train de raser de près. L’industrie pornographique exècre les poils, et Bella Cherry, blonde platine de 19 ans, est bien décidée à en devenir la nouvelle star ; elle débarque expressément aux Etats-Unis depuis sa Suède natale. Au gars qui lui demande « T’as l’air d’être une fille intelligente, pourquoi? », elle raconte qu’elle a « été violée par son père, et qu’elle ne sait pas comment… » Mais son interlocuteur la coupe: « Arrête, vous dites toutes que c’est à cause de votre père mais ça n’a rien à voir. » Alors elle répond qu’elle aime juste la b***. Plus audible, sans doute.

Bella Cherry est prête à tout pour devenir la nouvelle Spiegler Girl. Reconnaissance qui est au monde de la fesse ce que le prix Nobel de la paix est à la philanthropie, et qui doit son nom au magnat de cette industrie, Mark Spiegler – qui, étonnamment, joue son propre rôle dans ce long métrage. Prête à faire tout ce qu’on exige d’elle, ce qui signifie être violentée, frappée, abusée. Donc elle accepte une double pénétration anale, du bondage, des plans avec deux hommes qui la frappent et la violent. Quand elle pleure, quand elle hurle pour que cette torture s’arrête, le réalisateur lui lance: « Fais comme tu veux, mais si tu stoppes ici, tu auras fait tout ça pour rien, tu ne seras pas payée. »

Pleasure est un film dérangeant, choquant, heurtant. Dur au point de chialer et d’avoir envie de quitter la séance. Mais il devrait malgré tout être diffusé dans des salles qui puent le pop-corn, puis à la télé sur des chaînes de service public. Parce que ce n’est pas un documentaire, mais presque: la réalisatrice, Ninja Thyberg (photo), a étudié le sujet durant cinq ans, elle a assisté à des tournages, rencontré celles et ceux qui font cette industrie. « J’ai interviewé tant de femmes que je sais exactement ce qui se passe sur ces plateaux », confiait-elle récemment à La Libre.

Alors toute ressemblance avec des faits réels ou ayant existé n’est pas fortuite. D’ailleurs, en France, fin octobre, trois acteurs porno et un cadreur ont été mis en examen pour viols commis lors de tournages, l’enquête ayant permis d’identifier une cinquantaine de victimes. Un an plus tôt, quatre autres hommes avaient été mis en examen pour proxénétisme et traite d’êtres humains, tandis qu’en juillet 2020, le site Jacquie et Michel était visé par une enquête pour viols et proxénétisme.

Ninja Thyberg dépeint cet univers-là, loin des extases factices et des éjaculations faciales joyeuses. Pas pour culpabiliser, mais pour conscientiser: la réalisatrice n’est pas (plus) abolitionniste, mais elle milite en faveur d’une industrie pornographique respectueuse des femmes – comme le « porna », le porno féministe – et non plus uniquement centrée sur les désirs et fantasmes masculins, pour lesquels excitant rime apparemment avec avilissant.

Ces messieurs devraient y penser, la prochaine fois qu’ils ouvriront leur braguette, leur smartphone à la main, planqués dans les toilettes, comme huit cents personnes dans le monde chaque… seconde sur Pornhub (et encore, ces chiffres datent d’avant le premier confinement). Puissent-ils jouir l’âme légère, en matant une fille possiblement forcée, probablement exploitée, certainement rabaissée. Sur ce, bien du plaisir, hein!

@unesacreepaire sur Instagram

Iel est dans Le Robert

Cela s’appelle une entrée remarquée: le pronom « iel » fait désormais partie du dictionnaire Le Robert. Dans son édition en ligne, mais cela n’a pas empêché une levée de boucliers de la part de ceux qui estiment que la langue française ne doit pas devenir davantage inclusive et que ce pronom personnel (utilisé pour désigner une personne quel que soit son genre) est un suppôt du « wokisme », mouvement actif dans la lutte contre les discriminations et les inégalités. Qui fera, lui aussi, peut-être bientôt son entrée dans les dictionnaires?

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femmes ont participé, l’été dernier, à l’enquête menée par la plateforme citoyenne pour une naissance respectée sur la manière dont elles avaient vécu leur accouchement. Une répondante sur cinq affirme avoir été victime de violences au travers de gestes comme l’expression abdominale, les actes à vif ou sous anesthésie inefficace, ou les points de suture trop serrés après une épisiotomie. Pour les mères racisées, cette proportion passe à une femme sur trois.

Condamnée pour une fausse couche

En octobre, Brittney Poolaw, une Amérindienne de 21 ans vivant en Oklahoma, a été condamnée à quatre ans de prison pour avoir fait une fausse couche. Elle était enceinte de quatre mois lorsqu’elle a perdu son foetus à l’hôpital. Comme elle avait reconnu avoir consommé des drogues durant sa grossesse, et bien que cela ne soit pas reconnu comme la cause irréfutable de sa fausse couche, elle avait été poursuivie pour homicide involontaire. Un cas qui serait loin d’être isolé, selon la NAPW, un groupe de défense des femmes enceintes cité par la BBC, qui en a recensé 1 600 autres entre 1973 et 2000, dont 1 200 rien que pour ces quinze dernières années.

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