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La plupart des divorces sont invisibles

Muriel Lefevre

Après quatorze ans, deux couples sur trois qui ne sont pas mariés ne sont plus ensemble. Mais ceux-ci ne sont jamais repris dans les statistiques des divorces. De quoi fausser l’optimisme ambiant qui veut que le taux de divorces soit en baisse.

Le taux officiel de divorce en Belgique est en baisse constante depuis des années. En 2016, on a enregistré 23 583 divorces, soit 4,4% de moins que l’année précédente. Cela semble être une bonne nouvelle, mais la réalité est moins rose. Statbel, l’office statistique belge, ne fonde ces chiffres que sur le nombre de mariages enregistrés. On occulte complètement les cohabitants légaux qui se retrouvent dans une autre statistique ; celle de la cessation d’un contrat de cohabitation. Ces chiffres ont par ailleurs encore un plus grand angle mort : les cohabitants effectifs, mais non reconnus comme tels. Il est extrêmement difficile de savoir combien de couples vivent effectivement ensemble et depuis combien de temps puisqu’on estime que seul un quart des couples vivant sous le même toit font une déclaration de cohabitation légale. Erik Vloeberghs de Statbel confirme dans De Standaard que ce groupe est très difficile à chiffrer et à représenter statistiquement. « S’il existe un tel contrat de cohabitation, seuls les notaires pourront le voir ».

Pour tenter de cartographier de façon plus juste de la situation des couples belges, les sociologues Dimitri Mortelmans et Layla Van den Berg (UAntwerp) ont donc examiné un panel de près de 20 000 couples belges issus de la base de données de la sécurité sociale. Les résultats sont très révélateurs: parmi les couples cohabitants qui ne se marient pas, seul un tiers d’entre eux est encore ensemble après quatorze ans. Alors que parmi ceux qui se marient, près de 80% sont encore ensemble.

Mortelmans et Van den Berg ont également déterminé les causes les plus fréquentes de rupture. L’âge, par exemple, joue un rôle important: les couples qui vivent déjà ensemble à un jeune âge ont plus tendance à se séparer. Ceux qui se mettent en couple après 26 ans ont, a contrario, plus de chance que cela dure. Un autre baromètre est le désir d’enfants. Les couples qui n’ont pas d’enfants dans les quatre premières années de leur relation divorcent plus souvent. Le revenu influe également sur la probabilité de divorce: ceux qui commencent une relation alors qu’ils sont économiquement plus faibles que leur conjoint ont plus de risque de voir leur relation finir par une rupture.

Qu’une grande partie des ruptures restent invisibles dans les statistiques n’est pas sans conséquence. « Les couples qui se marient sont juridiquement bien protégés », explique Dimitri Mortelmans. Tout comme, mais dans une moindre mesure, les cohabitants légaux. Or « cette protection légale n’existe pas pour les couples vivant ensemble. Les partenaires non protégés forment un groupe extrêmement fragile et invisible dans notre société. Ils sont souvent dans une position socio-économique plus vulnérable: jeunes, avec des revenus plus faibles et une probabilité plus élevée de séparation. C’est pourquoi il est important que les cohabitants « effectifs » soient également inclus dans les statistiques pour que les autorités puissent établir une politique capable de leur venir en aide.

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