Opinion

Carte blanche

La mendicité ternit fortement l’image de notre capitale, cinq pistes pour s’en sortir (carte blanche)

Bianca Debaets (CD&V) et Mathias Vanden Borre (N-VA) siègent au Parlement bruxellois et ils sont également conseillers communaux à la Ville de Bruxelles. Depuis l’opposition, ils se plaignent du fait que le Collège communal néglige la problématique de la mendicité depuis trop longtemps.

Quiconque se promène dans le centre de Bruxelles, prend un verre en terrasse ou s’arrête à un feu rouge se fait inévitablement accoster par des mendiants qui demandent parfois de l’argent de manière intimidante. Et cela ternit fortement l’image de notre capitale. Le Café Métropole, sur la place De Brouckère, vient à nouveau de jeter l’éponge, un an après sa réouverture, car ses clients fuient l’établissement en raison de problèmes récurrents. Ces dernières années, plusieurs appels ont été lancés lutter à la fois contre la mendicité et l’ivresse publique. Nous avons déjà fait un certain nombre de pas dans la bonne direction pour résoudre le deuxième problème, mais rien n’est entrepris par rapport au premier, pourtant majeur. Il est donc grand temps de mettre un plan d’action sur la table.

Ne vous méprenez pas. Ces personnes, souvent des familles avec enfants, se trouvent dans une situation précaire et elles ont absolument besoin d’aide. Mais on n’aide en fait personne en laissant cette situation perdurer. Les enfants n’ont pas leur place dans la rue, mais plutôt dans une crèche ou une école. Et les adultes doivent être dirigés vers des structures d’accueil pour qu’ils puissent reprendre leur vie en main. C’est pourquoi il faut investir davantage dans des initiatives telles que ‘housing first’, où les personnes ont non seulement un toit au-dessus de leur tête, mais où elles peuvent également compter sur un bon soutien social.

Cinq mesures relativement simples pourraient en faire en sorte que la mendicité ne soit plus source d’une multitude de nuisances :

  1. Bruxelles doit investir beaucoup plus dans des initiatives d’accueil telles que le logement d’abord et l’accompagnement social. Un abri d’urgence ne résoudra pas à lui seul les problèmes. De plus, nous devons continuer à nous concentrer sur une politique ferme pour les personnes sans titre de séjour valable, afin qu’elles ne se retrouvent pas dans une situation désespérée.
  2. Les services de police devraient accorder plus d’attention aux personnes sous influence qui causent des nuisances dans le centre-ville. D’autres villes montrent que le concept de very irritating police peut prévenir les nuisances, mais cela nécessite une politique cohérente.
  3. Ceux qui harcèlent les gens doivent être emmenés pour être interrogés avant d’être redirigés vers un centre pour sans-abri ou un service social. Dans ce centre, ceux qui en ont besoin recevront bien sûr les soins et les conseils nécessaires.
  4. Il faut cartographier les gangs de mendiants professionnels. Il est clair que la mendicité avec des enfants ne doit plus être tolérée et ces gangs sont coupables d’exploitation, de maltraitance des enfants ou d’actes liés à la traite des êtres humains. En tant que société, nous nous devons de condamner cela.
  5. Il faut instaurer une zone ‘mendicité interdite’ sur les boulevards du centre, sur les terrasses horeca et autour des distributeurs de billets. Il y a lieu dès lors d’adapter la réglementation des sanctions administratives communales pour agir contre la mendicité.

En réalité, Bruxelles ne doit pas inventer l’eau chaude, car on a déjà pu constater que cette approche porte ses fruits dans d’autres villes. Cependant, comme le Collège de la Ville reste inactif à ce niveau, les partis d’opposition se doivent d’unir leurs forces pour à nouveau mettre cette problématique sur la table. Plusieurs villes – en Belgique, aux Pays-Bas et ailleurs à l’étranger – ont déjà introduit une interdiction (partielle) de la mendicité. A Namur, par exemple, la mendicité est toujours autorisée, mais plus sur les terrasses, sur les marchés, dans les écoles ou près des distributeurs de billets. Ils s’assurent ainsi que des lignes rouges ne soient pas franchies : la solidarité et la générosité doivent certes être possibles, mais nous ne devons jamais permettre l’intimidation et l’agression.

A Bruxelles, en revanche, on opte plutôt pour la politique de l’autruche. Nous allons prochainement interpeller le bourgmestre lors d’un prochain conseil communal pour lui demander ce qu’il a prévu de faire à ce sujet, mais nous craignons de pouvoir déjà fournir la réponse – ou l’absence de réponse. Plusieurs tavernes et restaurants ont déjà tiré la sonnette d’alarme (en vain), car ils constatent que les clients renoncent à venir, faute de pouvoir prendre un café ou une bière en toute tranquillité. Ici et là, les établissements horeca doivent même engager leur propre personnel de sécurité afin de pouvoir limiter quelque peu les nuisances. Ou pire alors – tout comme le Café Métropole – ils jettent simplement l’éponge car ils se retrouvent dans un combat sans issue. De cette manière, les Bruxellois comme les navetteurs et les touristes doivent apprendre à vivre dans une ville peu sûre ou désagréable, et qui à cet égard est même indigne de son statut de capitale.

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