Opinion

Alain Mouton

« La liste de métiers lourds est bonne pour la poubelle »

Alain Mouton Alain Mouton est journaliste chez Trends

Pour notre confrère de Trends, Alain Mouton, la liste de métiers lourds dans la fonction publique est bonne à jeter.

Si cette aberration reçoit le fiat du gouvernement fédéral, on ouvre la porte à une liste interminable de métiers lourds dans le secteur privé, avec en conséquence des carrières plus courtes pour la majorité des employés. Notre système de pensions sera totalement impayable. Au fond, il faut tout simplement supprimer le principe des métiers lourds.

Cachant à peine leur triomphalisme, les syndicats ont annoncé la semaine dernière un accord avec le ministre des Pensions Daniel Bacquelaine (MR) au sujet de la liste de métiers lourds dans le secteur public. Mais rapidement, les critiques ont fusé dans les rangs d’experts en pensions, d’employeurs et de politiques des partis majoritaires N-VA et Open VLD. La liste était beaucoup trop longue.

Presque tout le monde, hormis les directeurs d’école et les pilotes figurent sur la liste. Si elle est approuvée, cela signifie que la majorité des fonctionnaires pourront prendre leur pension plus tôt que l’âge de la pension légale planifiée à 66 et 67 ans dès 2025 et 2030.

Le poids des fonctionnaires

En pratique, cela reviendrait à ce que presque tous les fonctionnaires partent à 60 ans. C’est aujourd’hui l’âge de sortie effectif moyen. Pourtant, il est grand temps de relever cet âge, si nous voulons que les pensions restent payables.

La vague de vieillissement n’arrive pas, on la sent déjà très fort. Depuis 2010, les dépenses en matière de pensions ont augmenté de 9,2 à 10,3% du produit intérieur brut (pib). Le poids des fonctionnaires dans ces charges de pensions pèsent déjà lourd maintenant. Il représente 19% du nombre de pensionnés, mais les fonctionnaires mangent 35% du budget de pensions.

Hans Maertens, administrateur délégué de l’organisation patronale flamande, remarque très justement: « Durant les années à venir, beaucoup de fonctionnaires vont prendre leur retraite : rien qu’à la SNCB et chez Infrabel 32 000 employés prennent leur retraite d’ici 2025. Ce sera impayable. »

La liste risque de miner la réforme de pensions déjà peu impressionnante du gouvernement Michel. Quelle est la pertinence d’un âge de la pension légal de 67 ans et d’une diminution de la prépension et de la retraite anticipée si le statut de métier lourd permet à tant de Belges de partir plus tôt ? L’expert du marché du travail Marc De Vos a raison quand il dit que les métiers lourds seront la nouvelle prépension.

La liste de métiers lourds est bonne pour la poubelle

C’est pour cette raison qu’il faut jeter la liste qui circule maintenant le plus vite possible à la poubelle, car l’accord du secteur public avec la liste interminable n’est pas sans conséquences pour un accord qu’il faut conclure dans le secteur privé.

Pour lutter contre la discrimination entre professions, une liste de métiers privés lourds ne peut pas trop différer de celle pour la fonction publique. Administrateur délégué de la FEB, Pieter Timmermans craint à juste titre « un grand effet de transfuge vers le secteur privé ».

Supprimer le principe de métiers lourds.

Au fond, il faut supprimer le principe de métiers lourds. Mieux vaut parler de « travail lourd ». À certains moments de la carrière, on peut exercer ce travail lourd, mais pas toute sa carrière. Et donc on a besoin d’une autre politique qui vise des carrières durables.

On ne peut attendre d’un ouvrier du bâtiment qu’il se tienne 45 ans sur un échafaudage. Mais en fin de carrière, il peut former les plus jeunes. Il est beaucoup plus utile de débattre de ce sujet que de discutailler pendant des semaines de qui sera ou pas sur la liste, où pour les syndicats il n’y a qu’un motif d’important : garder les privilèges acquis le plus longtemps possible.

On mentionne trop peu qu’on transfère la facture à la plus jeune génération.

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