Opinion

Nicolas De Decker

La certaine idée de Nicolas De Decker: le devoir à la paresse (chronique)

Nicolas De Decker Journaliste au Vif

Comme si le courage politique consistait à éviter de prendre une décision afin de ne pas embêter ceux à qui elle s’applique.

Tout récemment, entre le moment où il professait en mai son refus d’une « société de pass » avant de patronner la généralisation du Covid safe ticket en octobre, et le moment où il disait en octobre que les dogmatiques étaient ceux qui voulaient rester dans le nucléaire avant d’envisager fin novembre de construire des petites centrales nucléaires, le Premier ministre a trouvé assez d’espace et de temps pour, à sa manière toujours déliée, contribuer à réhabiliter l’action politique.

« Je trouve que l’argument de la vaccination obligatoire, c’est un peu de la paresse politique, dans le sens où l’on abandonne notre vrai boulot qui est de convaincre les gens, pas d’obliger », a-t-il posément défini, l’autre jour, dans les pages de Sudinfo (le nouveau nom de Sudpresse), quelques lignes après avoir craint qu’une telle décision ne radicalisât certaines personnes.

Comme si le courage politique, somme toute, consistait pour lui à éviter de prendre une décision, afin de ne pas embêter ceux à qui elle devrait s’appliquer.

Selon les critères tels qu’ainsi définis par Alexander De Croo, Premier ministre, alors, se seraient livrés à une coupable paresse ses lascifs prédécesseurs, ceux qui ont choisi d’obliger employeurs et salariés sans exception à cotiser pour remplir le pot commun de la sécurité sociale. Les règles de leur vrai boulot, abandonné lâchement à cette occasion, auraient dû leur imposer de demander poliment s’il n’était pas possible que chacun, oh, bien sûr, sans obligation, hein, contribuât non selon ses moyens mais bien selon sa volonté, à votre bon coeur comme on disait quand on n’était pas paresseux en politique, à la satisfaction de certains des besoins les plus basiques de certains des plus fragiles de ses compatriotes.

Quelle paresse encore que celle à laquelle s’adonnèrent ceux qui forcèrent les enfants à aller à l’école, alors qu’il aurait fallu convaincre leurs parents de ne pas les laisser à la mine ou au champ, quel honteux abandon de boulot que celui dont se rendirent coupables ceux qui interdirent aux uns de frapper sur les autres, alors qu’une argumentation bien pesée protège toujours mieux le faible du fort, surtout lorsque celui-ci s’apprête à taper sur celui-là, et quelle terrible démission que celle que donnèrent ceux qui, se refusant à accomplir la tâche, brave mais ingrate, d’expliquer pourquoi il était judicieux de payer des impôts, préférèrent la facilité de les percevoir plutôt que la noblesse de les quêter.

Justement, le ministre des Finances d’ Alexander De Croo, Vincent Van Peteghem, présentera bientôt à ses collègues du gouvernement un projet de réforme fiscale. Les éléments qui en sont sortis dans la presse (hausse d’un point de la TVA, progressivité accrue de l’IPP, fiscalité sur les loyers, taxation des plus-values sur les actions) laissent indiquer qu’ils pourraient déranger certaines personnes, voire les radicaliser: les plus pauvres, qui consacrent leur argent à le consommer, TVA comprise, et les plus riches, qui emploient leur argent à l’investir, plus-values incluses. On verra alors si Alexander De Croo fuira toujours cette paresse qui fait faire des choses, ou s’il osera conserver ce grandiose courage de ne pas importuner, qui, en lui imposant de ne pas obliger, lui permet de ne rien faire.

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