Afin d’assurer la sécurité, la police reste jour et nuit devant l’ambassade de Russie à Uccle. © BELGA IMAGE

La Belgique a été épargnée par les actes russophobes

François Janne d'Othée

Les incidents antirusses dans notre pays ont été rares, depuis l’invasion de l’Ukraine. Peu de signalements auprès d’Unia, encore moins auprès de l’ambassade de Russie.

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Le 21 juin, l’ambassadeur russe à l’ONU, Vassili Nebenzia, fustigeait la «politique de haine» menée à l’égard de son pays. En Ukraine, le Parlement vient de voter une série de lois qui interdiront l’importation de tout livre publié en Russie. Une campagne d’affiches #CancelRussia, lancée depuis Kiev et déclinée en cinq langues, appelle les Européens à rejeter la culture russe. Un peu partout, les noms à consonance russe peuvent susciter la méfiance, voire le rejet.

La Belgique semble avoir été épargnée. L’ambassade de Russie, située à Uccle, a mis en ligne un «formulaire de feed-back pour la protection des droits des compatriotes en Belgique» – moins de dix mille – invitant ceux-ci à faire part de cas de discrimination. Mais d’après une indiscrétion recueillie par Le Vif, l’adresse e-mail n’ aurait recueilli que… trois réponses. Certains auraient-ils préféré s’adresser aux instances belges plutôt qu’à l’ambassade?

Nous n’avons pas subi de problèmes comme en France ou en Allemagne.

Or, du côté d’Unia, les chiffres restent très mesurés. «Nous avons reçu une vingtaine de signalements, sur la base desquels nous avons ouvert quinze dossiers, signale Anne Salmon, porte-parole. Pour une petite partie, il s’agit de harcèlement ou d’insultes dans l’espace public ou à l’école, à l’égard de personnes d’origine russe. Pour la majeure partie, il s’agit de personnes ayant rencontré des problèmes avec les services bancaires», par exemple des comptes bloqués à la suite des sanctions édictées par l’UE. Des refus de bourses d’études ont également été signalés.

Clivages entre Russes

Ces plaintes ont surtout été enregistrées au début de l’invasion de l’Ukraine. «Nous n’avons pas subi de problèmes comme en France ou en Allemagne, résume Elena (prénom d’emprunt). Notre communauté russophone est très mélangée, et soudée, entre Russes, Ukrainiens, Moldaves, Ouzbeks, etc. De plus, nous sommes tous issus d’une génération qui n’a pas connu l’URSS et le poids du passé.» Le spectacle théâtral en russe, dont Elena est la coorganisatrice, avait été reporté en mars – «nous avons eu très peur les trois premières semaines», avoue-t-elle –, mais il s’est finalement tenu à la mi-mai, sans problème.

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«Je ressens davantage de répercussions dans les relations sociales entre Russes, et même entre descendants des Russes blancs (NDLR: les opposants monarchistes qui ont fui la révolution de 1917), car nous n’avons pas tous la même opinion sur la guerre, témoigne Pierre, de Uccle. Des amis ont rompu avec moi en me disant « comment peux-tu penser ainsi? ».» Ces clivages passent par-dessus la tête des enfants: «Dans l’école de mon fils, raconte Daria, le professeur a fait un grand discours de géopolitique, où le Russe avait le rôle du méchant. Mais mon fils l’a contredit en actes, en aidant deux enfants ukrainiens, qui ne connaissaient pas le français, à s’intégrer dans la classe.» Une jolie réponse à ceux qui veulent essentialiser des nationalités.

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